Il a changé leur vie. Ce livre, cet album, ce film, ce tableau...

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Une oeuvre a, un jour, bousculé à jamais tous leurs repères. Pour désigner de nouvelles voies, pour susciter d'intenses émotions et pour dessiner de nouvelles envies. L'Art, sous toutes ses formes, atomise, inspire et transforme les êtres. Depuis, ils n'ont plus été les mêmes. Chose fascinante que de rentrer pudiquement dans une aile confidentielle de leur panthéon. Le principe est simple. Chaque article est leur carte blanche pour nous faire partager un grand moment de leur vie. Aujourd'hui, Carole nous raconte.


INFLUENZARATHOUSTRATCHOUM !!!

Il y a de ces éternuements qui réveillent des souvenirs d'éclosion ! Celui là signe le jour de ma naissance, celle de ma trentième année : 01.01.00. Ma coquille a commencé à se fissurer dans le grenier où j'ai fini cette soirée d'apocalypse, incapable de résister aux tremblements provoqués, selon moi, par une overdose émotionnelle (un peu trop de délices acoustiques ?) et, selon mon corps, par l'intrusion sournoise du virus de l'influenza : LA grippe. Transportée d'urgence au petit matin à la Distillerie (mon antre à moi), je dus me résigner à assister à la prise d'assaut de mon territoire intime en toute impuissance. Foudroyée, je regardais ma coquille protectrice se craqueler, soumise aux tensions que le mal provoquait chez elle, et chez moi. Lorsqu'elle s’est brisée, tout ce qui m'avait soutenu jusqu'à lors s'est projeté au dehors, vidant mon espace de ce bon vieux liquide amniotique, chaud et sécurisant, qui m'avait fait grandir, me nourrissant sans effort.

Je me retrouvai donc là, hébétée, dans un espace inconnu, soumise à la pesanteur de mes sens et l’esprit désorienté par cette violente attaque physiologique. Je me rappelai du nombre de morts provoqués par ce virus et je n'espérai qu'une chose, trouver dans ma bibliothèque une couverture de fortune qui me protégerait suffisamment en attendant la fin. J'en choisis une digne d'une pochette d’un disque de punk-hardcore : Une main squelettique tendant la lumière du soleil à une ombre humaine tranchante posée en déséquilibre sur des cubes de pierres amalgamés. J'étais bien loin de penser qu'elle draperait mon existence pour le restant de mes jours : Ainsi Parlait Zarathoustra.


Ca tombait bien, Nietzsche évoquait pour moi le combat. Puisque j’étais toujours à terre et hors de l'abri, j’allais bien devoir apprendre à me battre. Le simple fait d'ouvrir les yeux et d'y faire entrer les mots était une première reconquête de moi-même. Puis, doucement, à l'insu de mon incapacité à me mouvoir, je transformais mon no man’s land de corps en forge de l'esprit. Sept jours de guerre dans cet Etat inconnu.

Zarathoustra, du nom de ce prophète moyen oriental dont on ne sait à peu près rien et duquel il ne reste aucune trace, a quitté la compagnie des hommes à 30 ans pour se livrer à La pensée dans les hauteurs des montagnes. Dix ans, seul, à se protéger des Autres par la solitude et à construire sa propre vision du sens des choses. Dix ans pour se rendre compte que la sagesse ne vaut rien si elle n’est pas partagée, si elle ne se confronte pas à la réalité des hommes. Il décide alors de redescendre dans le monde pour la mettre à l’épreuve. Pour la faire exister. Il entame un périple au cours duquel il croisera les thèmes et les hommes avec l’idée de délivrer l’Homme de la Bête (de ce vers quoi il va naturellement), pour l’amener à une démarche qui, en le dénaturant, l’amène à éprouver sa véritable existence.

Armé de son vocabulaire simplissime, il rencontre les thèmes inspirés de notre condition humaine et de nos liens sociaux. Il les arrache de leur évidence à grand coups d’effort et de dépassement pour satisfaire la volonté du corps de « créer par delà lui-même » ! Bon, beaucoup plus facile à lire qu’à raconter… Il faut dire qu’il ose, pour résumer, pointer l’aurore des choses. Pas plus avancé ? Je lisais cet enseignement vieux d’un siècle qui me poussait à mettre un pied devant l’autre, soulignant toute la dangerosité de l’action mais me certifiant que c’est dans cet ébranlement du corps qui mettait de la distance avec ce que fut ma coquille (mon histoire), que je trouverai le salut. Aller, faire, vouloir, créer : la voie de la liberté. Celle qui nous fait exister dans un monde où l’on construit avec joie, pas dans celui que l’on subit. 

Je lisais la possibilité d’agir pour ce que je voulais. J’avais beau avoir des yeux pour voir, un cerveau pour penser, c’est dans cette marche qui secouait mon corps que jaillissait mon esprit. Cette marche me demandait d’assumer l’éloignement de ma coquille. Une prise de distance déjà effective, hyper inquiétante mais, qui, portée par la lumière du monde à venir allait se transformer en détachement salvateur.

Abattre les broussailles pour continuer le chemin, à bras le Corps et ses petits outils, les mains pour écrire, les pieds pour penser, le rire pour tuer. C’est la force nécessaire que m’a transmise cette lecture. L’envie de me battre. Une violence. Positive.

Elle ne m’a jamais quittée. (Carole - juillet 2013)

« Ô mes frères, ce n'est pas en arrière que votre noblesse doit regarder, mais au loin ! Vous devez être des bannis de tous les pays de vos pères et de vos ancêtres ! C'est le pays de vos enfants que vous devez aimer : que cet amour soit votre nouvelle noblesse, ce pays encore à découvrir dans la mer la plus lointaine ! C'est lui que j'ordonne à vos voiles de chercher, de chercher encore. En vos enfants vous devez vous racheter le fait d'être les enfants de vos pères : c'est ainsi que vous devez sauver tout le passé ! »  Ainsi Parlait Zarathoustra. F. Nietzsche.



Hier Fred nous racontait...

WORKING MARK HERO

« Mark Lanegan… MARK LANEGAN… inconnu au bataillon » telle fut ma (honteuse) réaction lorsqu’en août 2012 un individu que je ne nommerais pas mais qui se reconnaîtra (encore) me parlait du bonhomme pour la première fois. Pour mettre une musique et une voix sur l’artiste, j’héritais donc de Blues Funeral, son dernier skeud en date. Alors que le lascar à la casquette vissée sur le crâne allait se produire au festival ‘La Route du Rock’, l’album à la pochette de papier peint atterrissait donc sur ma platine. Et là… LE coup de foudre pour cette voix si particulière et les compos. Les douze pistes défilèrent une, deux, trois, en fait un nombre incalculable de fois dans les jours qui suivirent. Qui aurait cru que ses sons, mélanges d’électro, de beat répétitifs et de guitares rock puissent m’enthousiasmer ainsi ? Qui ? Quoi qu’il en soit, je tenais donc là MON album et MA découverte 2012… assurément. A partir de là, il ne restait plus que deux choses à faire. Acquérir les productions du sieur Lanegan et en apprendre un peu plus sur lui. Quelques clics plus tard, je ne tardais pas à trouver mon bonheur via une célèbre encyclopédie en ligne et plusieurs sites officiels ou non dédiés au personnage.


Mark Lanegan 1

A la lecture de ce curriculum, je découvrais sa discographie et la diversité pléthorique de ses collaborations. Tout commença pour Mark, dans la deuxième partie des années 80, avec son groupe les SCREAMING TREES et leur rock ‘grunge’ (ils font même partis des pionniers du genre). Mais à l’inverse des NIRVANA, SOUNDGARDEN, PEARL JAM ou encore ALICE IN CHAINS – également issus de ce mouvement musical from Seattle - qui exploseront au début des années 90 avec leurs respectifs Nevermind (et le single planétaire ‘Smells Like Teen Spirit’), Badmotorfinger + Superunknown et ses 2 hits ‘Spoonman’ et ‘Black Hole Sun’, Ten et Dirt, Mark et ses acolytes n’arriveront jamais vraiment à atteindre la même notoriété que leurs compatriotes. Assurément frustré, Lanegan se lancera dans une carrière solo (huit albums sortis à ce jour)… mais nous y reviendrons plus bas. J’apprenais ensuite qu’il avait participé à plusieurs albums des QUEENS OF STONE AGE dont le génialissime Songs For The Deaf (merci Dave Grohl) - leur meilleur album indéniablement (ils le disent eux-mêmes, les critiques et le public le clament également et c’est aussi mon opinion). De même, le nom de Greg Dulli faisait surface. En effet, Lanegan apparut à diverses reprises dans TWILIGHT SINGERS, l’autre groupe du leader des AFGHAN WHIGS. Mais surtout, ils créèrent ensemble un projet nommé THE GUTTER TWINS (deux albums au compteur) où l’on retrouve Alan Johannes (membre d’ELEVEN, qui produira Blues Funeral et qui accompagne Chris Cornell dans ses tournées acoustiques ‘Songbook’). Et puis… Que dire également de ses duos avec la BELLE (sans SEBASTIAN) Isobel Campbell. De cette improbable association entre le guttural américain et la gracieuse écossaise naîtront trois albums folk gorgés d’arrangements et de moments oniriques et envoûtants. Avec tout cela on en oublierait presque ses vocalises rauques en lead ou en backing pour les SOULSAVERS ou sur l’unique album – récemment réédité - de MAD SEASON (l’autre band du chanteur disparu d’ALICE IN CHAINS, Layne Staley). En marge de ses multiples expériences majeures, ‘Workaholic’ Mark s’est aussi accoquiné avec une kyrielle d’autres groupes. Citons en vrac, sans être exhaustif, et pas forcément dans l’ordre, Christine Owman, Maggie Bjorklund, MANNA, Martina Topely Bird, Steve Fisk, SWEET APPLE, MASTERS OF REALITY … ou encore WERK. Cette liste s’est encore allongée depuis début 2013 avec des noms comme Moby, le multi-instrumentiste Duke Garwood pour leur mi-blues mi-folk Black Pudding commun,… et de nouvelles participations sont déjà annoncées pour la deuxième partie de l’année. Vous croyez que c'était fini ? Que nenni les amis ! Notre boulimique chanteur a encore réussi à trouver du temps pour ficeler quelques titres pour des bandes originales de films dont « This is not a movie » (titre inédit avec Slash, l’ex-GUNS N’ ROSES), « I'm Not There », « Cook County », « Lawless » (Les Hommes Sans Loi) ou encore « The Hangover, Part II » (Very Bad Trip 2). Par envie de découvrir toutes ces collaborations et tous ces univers, et sans doute aussi un peu par jeu/défi, je me suis mis en chasse de tous ces titres. Une centaine de morceaux plus tard (et oui une bonne centaine), le tour était fait… ou presque.


Mais me direz-vous, « sa musique à lui, ses disques à lui, c’est comment ? ». Alors que pour ses innombrables collaborations, je les écoutais au fur à mesure de mes découvertes, je voulais, pour les albums solos de mon baryton préféré, les apprivoiser dans l’ordre de leurs sorties et ainsi mieux suivre l’évolution musicale. Le premier effort solo de Lanegan, nommé The Winding Sheet sort en 1990 alors que son groupe des SCREAMING TREES a déjà publié quatre albums. Déjà à l’époque, il fait appel à quelques copains musicos dont Steve Fisk, Mike Johnson (ex-DINOSAUR JR), Chris Novoselic et surtout un certain…Kurt Cobain. Entouré de ses petits camarades, le garçon accouche d’un disque très honnête où l’on sent déjà poindre son envie de sortir du ‘carcan’ rock grunge. S’ensuit le magnifique Whiskey For The Holy Ghost. Tout est dit lorsqu’on regarde la pochette de ce deuxième opus. Une (sainte) bible, une bouteille de whisky, un cendrier rempli de mégots et un paquet de cigarettes. On le sait tous, depuis plusieurs années maintenant, personne ne peut échapper à « Fumer tue » et à « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé » (c’est écrit sur les emballages/étiquettes). Pourtant, c’est sans risque que l’on peut affirmer que cette voix s’est forgée grâce à (ou à cause de diront certains) la consommation d’un grand nombre de litres d'eaux-de-vie maltés (ou non) et milliers de clopes. Pour son troisième album Scraps At Midnight de 1998, ‘Smoker’ Lanegan creuse un peu plus son sillon aux racines folk et rock. Mais le bonhomme est meurtri et malheureux. Il vient de perdre des amis très proches : Kurt Cobain (suicide ?) et Jeffrey Lee Pierce du GUN CLUB (hémorragie cérébrale). Quatre ans plus tard, Layne Staley viendra également grossir la liste (overdose). Du coup, les titres du disque sont mélancoliques et crépusculaires à l’image de "Last One In The World" et de ses lyrics qui se passent de commentaires ‘Good bye my friend ! Thank you for the dream’.

Pour le skeud suivant I'll Take Care Of You, exclusivement rempli de reprises, et paru en 1999, Mark rend hommage à plusieurs folk singers (Tim Hardin, Buck Owens...) mais aussi à son copain disparu Jeffrey Lee Pierce. [Les bordelais de NOIR DEZ’ le feront également avec le titre « Song for JLP », dernière chanson de leur album « 666.667 Club »]. Des chansons tristes à en pleurer où l’organe inimitable et rocailleux de notre chanteur fait une nouvelle fois merveille. Tout est simplement sublime (la puissante et profonde ‘On Jesus Program’ en tête) et on a juste qu’une seule envie, une fois les dernières notes de ‘Boogie Boogie’ finies de ce trop court (33 minutes et des brouettes) album,… Ré-appuyer sur ‘play’. Pour Field Song, le niveau monte encore d’un cran. Une production incroyable pour un nouveau chef-d’œuvre indispensable rempli de rock énervé et de ballades désespérées. A écouter, réécouter et réécouter… encore et encore. Courant 2003, tout juste sorti de son expérience avec les QOTSA, Mark prépare le successeur à Fields Songs. Pour faire patienter, l’EP Here Come That Weird Chill vient combler nos cages à miel. Le bonhomme semble quelque peu délaissé le folk rock acoustique pour expérimenter de nouvelles choses (production plus 'garage', piano jazzy,…). Les guitares se montrent plus rock, les  rythmes plus syncopés, les effets sur les voix (encore) plus travaillés… Là encore, les copains Homme, Olivieri et Dulli sont de la partie. Et zou, l’année suivante, le Mark Lanegan devenu Band débarque avec son Bubblegum. Encore des guests. Les sempiternels amis répondent une nouvelle fois présents mais aussi Chris Goss (MASTERS OF REALITY, producteur entre autre de KYUSS et des QOTSA) et surtout Polly Jean ‘PJ’ Harvey (rencontrée lors des DESERT SESSIONS) pour deux beaux duos. Une nouvelle fois, le songwriter Lanegan frappe fort. Le magnifique côtoie - à de nombreuses reprises - l’incontournable. Un nouveau voyage s’offre à nous, piloté par la voix de velours d’’Angel’ Mark. Ça vous fait frissonner, dresser les poils et vous tire les larmes (ou presque). Pour la suite de ses aventures solo, vu le planning plus que chargé de Mister Mark, il faudra patienter huit (longues) années avant de voir débouler le Blues Funeral début 2012.


On pourrait parler du gars d’Ellensburg, Washington, encore un bon moment mais au-delà de cette bafouille, vous savez ce qui vous reste à faire sous peine de passer à côté de magnifiques voyages, de belles pépites musicales et de grands frissons. Go ahead my friends. Anecdote amusante : Mark William Lanegan est né comme moi un 25 novembre. C’était un signe, assurément. Fred (Songs) (juin 2013)

 

Hier Fred nous racontait...

                                THE THING THAT SHOULD BE

1986-1987 - C’est ma dernière année de collège. J’écoute surtout ce qui passe en radio mais aussi les hits des clubs discothèques. C’est donc à cette période si importante dans la vie d’un adolescent, que deux copains de l’époque (et qui le sont toujours 25 ans plus tard) ont bouleversé mon univers sonore. En effet, comment parler de ce qui a changé ma vie musicale sans citer ces deux lascars. Donc, sans se connaître et sans se concerter, quasiment au même moment, un certain Laugo (qui se reconnaîtra sans nul doute s’il lit ces lignes) et nul autre que chRisA (tout ceci est de sa faute c’est sûr) m’ont mis entre les mains deux albums que l’on peut qualifier aujourd’hui d’incontournables du Heavy Metal. Master of Puppets fut le premier. Laurent me passa la cassette audio (désolé les gars, à cette époque-là on écoutait ce type de support ou des vinyles en 45 ou en 33 tours) du troisième album d’un groupe américain nommé METALLICA. La dite K7 (ça nous rajeunit pas je vous dis...) s’installa donc sur mon poste radio et elle y resta jusqu’à que je dégotte, quelque temps plus tard, le vinyle – mon 1er en Hard Rock – en picture-disc (la pochette recto-verso directement gravée sur chaque côté du disque).

                                                   Master of Puppets

 

Et la musique dans tout cela… L’album s’ouvre donc sur ‘Battery’ (prononcez ou beuglez Ba-to-ri). Imaginez ma surprise lors de ma toute première écoute. Une intro acoustique aux sonorités espagnoles. Alors c’est ça du hard rock ? Puis les six cordes déboulent, furieuses, saturées. Le choc, les grosses guitares et les textes ‘Cannot Stop The Battery’ sont martelés. Rien n’arrêtera le rouleau compresseur ‘TALLICA. S’ensuit, la chanson éponyme – pièce maîtresse de plus de huit minutes- et son découpage en plusieurs parties. Démarrage avec un gros riff thrash (qui a dit THE riff?), une première moitié de morceau sur base couplet+refrain et les chœurs ‘Master, Master, Master…’ qui hurlent… puis le surprenant break mélodique (longtemps amputé en concert) et sorti de nulle part, un nouveau riff plus sombre, solo ‘de la mort qui tue’ signé Kirk ‘the ripper’ Hammett et clac de fin sur les rires aliénés de James. Que dire à part cultissime. Basée sur les écrits de H. P. Lovecraft, ‘The Thing That Should Not Be’ ralenti quelque peu le tempo avec son riff lourd et oppressant. Ce morceau reste malgré tout le titre que j’aime le moins même s’il ne démérite pas. Après la fantastique ‘Fade To Black’ issue de Ride The Lightning (album précédent) et avant ‘One’ sur And Justice For All (méfait suivant), les Four Horsemen nous assènent ‘Welcome Home (Sanitarium)’. Cette semi-ballade, inspirée du film Vol Au-Dessus D’Un Nid De Coucou, monte crescendo jusqu’au magnifique solo avant un final destructeur.  Ça donne le frisson… ‘Just leave me alooooooooone’. A peine remis, que ‘Disposable Heroes’ enfonce le clou. Encore des solos de folie et les chorus de Hetfield font mouche… ‘Back to the front … You will do what I say, when I say… You will die when I say, you must die, … You coward, You servant, You blindman’. Fini? Que nenni… ‘Why, Am I dying?... Kill, have no fear… Lie, live off lying… Hell, Hell is here…I was born for dying’. Que c’est bon. Sans doute, un de mes morceaux préférés de l’album. Bien que moins connu, ‘Leper Messiah’, diatribe contre les religions et les télévangélistes, demeure solide  avec son coté bien heavy et ses fameux « Lie, Lie, Liiiiiiiiiiiiiiiie’ endiablés. L’instrumentale ‘Orion’ (encore une référence au mythe du Cthulhu) est juste derrière. Toutes les influences et le génie du bassiste hippie sur une chanson qui dépasse là encore les huit minutes. A écouter et à réécouter en boucle. Majestueux. Vous en avez assez ? ‘Damage, Inc.’ porte l’estocade. Là encore, ça bastonne. ‘F**k it all and f**king no regrets’ (cela se passe de commentaires...) résonnent sur ce dernier morceau qui fleure bon le thrash metal. Et la pochette me direz-vous ? Un ciel rouge, le logo du groupe qui impose avec son effet de profondeur… et puis ces mains qui agitent des dizaines de fils au-dessus des tombes d’un cimetière américain. Explicite et efficace. Mémorable… En seulement huit chansons, le quatuor nous livre donc ici son meilleur album (mon humble avis) qui les fera passer de groupe de première partie (pour Ozzy Osbourne) à future tête d’affiche. Vous imaginez donc le choc quand vous apprenez que les METS ont été victimes d’un accident au retour d’un concert. L’année ’86 est donc maudite… Après le ‘put*** de camion’ pour Coluche au mois de juin c’est un ‘put*** de bus’ qui met fin à la vie de Clifford Lee Burton, une nuit de fin septembre sur les routes de la campagne suédoise.

 

                                       Cliff Burton

 

Les trois autres membres du groupe, plus chanceux, s’en tireront avec quelques menues blessures. Après quelques jours de doutes sur l’avenir du groupe, des auditions seront faites pour poursuivre l’aventure METALLICA vaille que vaille comme pour exorciser ce malheur. Jason ‘Doomsday’ Newsted intégrera donc le band environ un mois après la tragédie. Alors, la (bonne) question à 15 euros 24 cents est …Que seraient devenus nos Horsemen si ce tragique événement n’avait pas eu lieu ? Le parcours aurait sans nul doute été différent et nous aurions certainement un autre combo en face de nous aujourd’hui tant la personnalité de Cliff paraissait très présente et de plus en plus influente. On ne le saura jamais... Ce que je sais par contre c’est que la bande à Lars Ulrich m’a tellement marquée que je me ruais sur le fameux 5 titres The $5.98 E.P. Garage Days Re-Revisited dès sa sortie et me procurais pour mon Noël ’87 la cassette vidéo (aux images fournies par les fans) de Cliff'em All, hommage du groupe à l’homme aux pattes d’eph disparu. Indispensables dans les deux cas. Le second skeud à venir irriter mes cages à miel fut Among the Living. L’ami Chris, au retour d’un séjour linguistique en Angleterre, me prêta l’album d’un autre groupe américain nommé ANTHRAX. N’ayez pas peur, rien à voir avec les lettres piégées post-attentats du 11 septembre 2001…

 

                                            Anthrax Among The Living

 

Le guitariste du quintette Scott ‘j’ai encore des cheveux à l’époque’ Ian est d’ailleurs un grand ami de longue date de … METALLICA (le monde est petit). C’est donc tout naturellement  que ce troisième enregistrement studio (tiens, là aussi) sera dédié à son copain Cliff décédé fin ‘86. On peut considérer cet opus comme LE disque d'ANTHRAX de l'ère Belladonna car il recèle bon nombre de classiques des cinq new-yorkais. C’est une invitation en règle au headbanging (je vous dis pas le mal à la nuque après…). Etirements donc recommandés avant l’écoute de l’album. Vous êtes prêt ? Le titre éponyme ouvre le bal…euh je veux dire le mosh-pit. ‘Disease, Disease, Spreading the Disease’ nous sont balancés à la face en guise d’amuse bouche, les chœurs sont littéralement gueulés, les grosses rythmiques sont là et fracassent tout... ‘Caught In A Mosh’ (là, tout est dans le titre) déboule. « What is it? … Caught in a Mosh, Mosh , Mosh…’ véritablement scandés nous explosent à la figure. Les compositions s’enchaînent sans répit …’I Am The Law’ (la loi c’est moooooooooiiiiiiiiiiiii), hommage au Judge Dredd et son riff imparable met tout le monde d’accord. Le Hardcore ‘Efilnikufesin (N.F.L.)’ et ses ‘Nice Fuckin’ Life’ est des plus furieux mais reste néanmoins mélodique. Ca bastonne je vous dis… “A Skeleton In The Closet“, groovy à souhait avec son refrain chanté en groupe cogne dur, sans délicatesse. L’engagé ‘Indians’ fait place. Vous vous souvenez de la vidéo live J ? Des gars en bermuda, le chanteur et sa longue coiffe indienne… Il n’est pas question ici de Pow-Wow sous le tipi mais plutôt du Pogo dévastateur dans le public. Irrésistible. ‘One World’ rapide et agressive apporte un chant aigu inattendu tandis que ‘A.D.I./Horror Of It All’ et son intro acoustique nous embarque pour près de huit minutes de plaisir jouissif. Les accélérations foudroyantes d’’Imitation of Life’ finissent d’achever les derniers survivants.Certains diront que tout cela a un peu vieilli (d’autant que le chant de Joey B. peut attirer ou vraiment irriter) mais ce savant mélange de punk, de thrash old-school, de son garage et de mosh feeling emporte le tout. Un chef-d’œuvre du Thrash Metal je vous dis, rien de moins…et qui sera mon premier CD métal acheté. Voilà… merci Chris pour ces quelques lignes de liberté et ce retour en nostalgie qui m’a permis de réentendre ces deux pépites honteusement délaissées depuis quelques temps. Merci pour avoir donner, sans le savoir et sans forcément l’imaginer, l’impulsion il y a un quart de siècle. Merci enfin de faire perdurer Musique, Amitié et plein d’autres choses années après années et pour longtemps encore. (Fred No More - autre révélation commune mais comme l’a si bien dit Rudyard Kipling “Mais ceci est une autre histoire“)

 

                                                         

Hier Sullivan nous racontait...

CATHY ET LES 4 CDS

Des chocs, des claques : on en connaît quelques uns dans une vie. Mais s’il faut n’en décrire qu’un, c’est bien sûr au choc originel, celui qui a permis les suivants, qu’il faut donner la priorité. Et ce choc esthétique a été double pour moi. Je m’explique…

C’était en 1994. Le jeune Sullivan avait 18 ans et commençait à user ses fonds de culotte (bon, là, j’exagère un peu quand même…) sur les bancs des amphithéâtres de la fac d’anglais de Nancy. Heureux de découvrir les joies de la grande ville (mes parents habitent la campagne meusienne…), un peu moins l’ennui de certains cours. Comme celui de littérature anglaise (donné par un certain Jean-Louis Picot, pour ceux qui ont fréquenté les mêmes lieux). Pour rétablir la vérité, ce n’est pas que je ne trouvais pas d’intérêt à Swift, Chaucer ou Milton ou aux cours de ce Monsieur Picot en général. Mais le problème, c’est que Cathy était assise à côté de moi dans ce cours. Et Cathy, ben elle était juste super jolie. Cathy était grande, elle avait les cheveux noirs et un look punk que je trouvais cool. Sur elle, parce que moi j’aurais eu du mal à assumer cette singularité. L’ennui, c’est qu’elle sortait avec un mec : le guitariste de SU, un groupe de Chaumont, en Haute-Marne. Mais bon, ça ne nous empêchait pas de discuter pendant les cours, hein. De tout et de rien. De cinéma, d’art en général (elle était artiste dans l’âme) et de musique bien sûr. Cathy, elle n’écoutait que des trucs dont je n’avais jamais entendu parler. Il faut dire qu’à l’époque, je ne connaissais pas grand chose en musique. Je m’y intéressais déjà mais les trucs les plus originaux que j’écoutais alors, c’était NOIR DESIR ou NIRVANA… Des groupes que je ne renie d’ailleurs pas mais bon, tout cela pour dire que mon horizon musical était limité. Il faut dire que n’ayant pas de grand frère, j’ai découvert la musique au travers des vinyles de mes parents : de variété de ma mère (vous savez les Boney M, Desirless et autres Gold…ça doit aussi vous dire quelque chose…) et de rock, heureusement, de mon père : DEEP PURPLE, LED ZEPPELIN et aussi de pop avec les BEATLES.

Du coup, elle m’a prêté des CDs. Je m’en souviens comme si c’était hier. Il y en avait 4 : le Steady Diet Of Nothing de FUGAZI,  Doolittle des PIXIES, Goat de JESUS LIZARD et un FUDGE TUNNEL (je ne me souvenais plus du titre de celui-là, il m’a moins marqué à cause de ses guitares très métal mais après vérification, il s’agit de Hate Songs In E Minor). Et là, bien sûr, ce fut la révélation. Cathy (peut-être parce que c’était Cathy mais aussi, c’est sûr, à cause de la musique) venait de m’ouvrir une porte débouchant sur un autre monde, dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Oui, il y avait bel et bien des groupes inconnus du grand public qui proposaient autre chose que ce que nous servaient la radio et la télévision. Des groupes qui avaient des univers à part, difficiles à pénétrer de prime abord d’ailleurs, et qui avaient tout autre chose à dire. Les pochettes étaient inquiétantes (un singe avec une auréole d’ange au-dessus de la tête, un corps dont on avait retiré la peau pour ne laisser apparaître que les muscles en-dessous, un adolescent mélancolique), le son agressif (c’est en tout cas l’effet que cela me faisait à l’époque) et la musique bousculait et prenait aux tripes.

jesus lizard goatfugazi steady diet

D’ailleurs, je dois dire que je n’ai pas adhéré à la musique tout de suite. Il me fallait un temps d’adaptation : la folie des guitares, les chants viscéraux m’étaient peu familiers. Mais ces groupes m’intriguaient. C’est le moins que l’on puisse dire. Leur univers mystérieux, provocateur ou étrange m’attirait. Un peu comme le côté obscur de la force. Il n’était pas forcément facile d’accès et résistait mais il me fallait l’explorer. Pour comprendre ces chanteurs écorchés vifs qui semblaient vivre ce qu’ils exprimaient et dont les émotions et la sincérité vous sautaient littéralement à la gorge. David Yow, Guy Picciotto, Ian MacKaye, Frank Black : je ne savais pas encore que j’étais là en train d’écouter quelques unes des voix (ou des cris parfois…) les plus marquantes du rock indépendant. Du coup, des morceaux comme "Tame", "I Bleed", "Monkey Gone To Heaven", "Exit Only" (son intro m’hypnotisait véritablement), "Long Division", "Polish", "Then Comes Dudley" ou "Nub" sont depuis restés gravés dans mon cortex. D’ailleurs, tout en écrivant ces quelques lignes, j’écoute FUGAZI et le chant de MacKaye me donne toujours autant la chair de poule… Ces groupes me donnaient l’impression d’appartenir au même monde parallèle : sombre (encore une fois c’est comme cela que je percevais leur musique à l’époque), singulier et complètement en marge du reste de la production musicale.

pixies doolittle      fudge tunnel hate songs

J’apprendrais bientôt à en saisir les différences, à en percevoir les nuances. Mais bref, l’important était bien cette porte qui s’était ouverte et qui allait bientôt me mener aux autres groupes  du label Dischord (JAWBOX et MINOR THREAT en tête), à BAD RELIGION et aux autres combos de punk-hardcore américain, à THREE MILE PILOT (et ensuite ses cousins THE BLACK HEART PROCESSION et PINBACK), KARATE, UNWOUND, JUNE OF 44, ROCKET FROM THE CRYPT ou GODSPEED YOU BLACK EMPEROR, pour n’en citer que quelques uns. Et qui allait me pousser, chemin faisant, à écrire pour le fanzine KEROSENE puis à rejoindre l’équipe du webzine POSITIVERAGE, site sur lequel mes chroniques ont eu la chance de côtoyer celles de Chris (mais oui c’est bien du grand gourou d’ IAALS dont je parle) pendant quelques années… Plus globalement, ce choc m’avait aussi révélé quelque chose d’encore plus essentiel : qu’il ne fallait pas se contenter de ce dont les médias parlaient en matière d’Art (mais aussi en matière de politique ou d’actualités) Qu’il fallait chercher ailleurs d’autres formes d’expression, d’autres sons de cloches, que ce soit en musique donc mais aussi en cinéma, littérature, bd ou théâtre…Que rien ne valait la curiosité pour accéder à des œuvres plus singulières et aventureuses.

Eh bien, si Cathy savait tout ça… Ce "post" me donne en tout cas l’occasion de la remercier une nouvelle fois (je ne l’ai pas revue depuis mais peut-être tombera-t-elle dessus, sait-on jamais) de m’avoir prêté ces 4 fameux CDs ! Qui sait ? Sans elle je serais peut-être toujours en train d’écouter Bon Jovi ou Guns ‘n Roses… (Sullivan - juin2012)

 

Hier Sébastien nous racontait...

INTO THE WILD

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C’était un beau matin. Non pas qu’il y faisait particulièrement beau. Non, c’était un jour pour ainsi dire comme les autres, sauf  que… Je me rendais sur mon lieu de travail comme tous les jours à bicyclette. Assise à l’arrière du vélo, ma fille attendait patiemment que je la dépose à son école. Il faisait plutôt frais. Sur le chemin du travail, comme tout à chacun, mes pensées vagabondaient. A cet instant, je me demandais si ma place était ici. Là et maintenant. En effet, je n’avais qu’une envie; c’était de fuir cette journée dont je me faisais une montagne. A gravir: une réunion d’équipe en matinée, l’encadrement du temps de restauration scolaire du midi des enfants, deux séances de sport peu évidentes à animer l’après-midi, l’accompagnement du pédibus… je reprends mon souffle avant l’ascension finale, une nouvelle intervention sportive en début de soirée (par 0°C) et enfin la participation à une Commission municipale 'enfance/jeunesse'. Que des réjouissances !

Alors en ce beau matin, mon sourire se crispait ; ma mâchoire se serrait et je commençais à rentrer la tête dans les épaules ou dans le guidon -à votre convenance. Pas de temps à me consacrer. Ni à moi ni aux miens, pensais-je. Que des contraintes. Ou plus précisément des temps d’entrevues que je redoutais plus ou moins. La peur de prise de décisions importantes peut-être, de la rencontre, du jugement voire de la confrontation. Du coup, je m’interrogeais sur mon positionnement.  Sur mes engagements. Mes choix de vie. Bref, sur mon quotidien. C’est alors qu’une voisine de quartier m’interrompait dans mes pensées et me faisait par la même mettre pied à terre à deux pas de l’école: « Bonjour, ça va ? – Mouaip.  - ‘Fait pas chaud ce matin. - Non(p). » Pas causant ce matin le gars devait-elle penser.« Pourriez-vous ce soir après le pédibus, remonter les enfants chez moi ? - Sans souci. » En fait, c’en était un de plus. Mais, je n’en étais plus à un près. Elle me quittait en pensant certainement que j’étais tracassé. C’était vrai. J’aurais dû profiter à cet instant de ce lever de soleil sur la cour de récréation encore embrumée. Mais je ne l’ai pas savouré. J’aurais dû profiter de la main de ma fille à mes côtés avant de rentrer en classe. J’aurais pu écouter aussi ces bruits de cour d’école au réveil. Non, rien à faire. Je buvais le monde sans en retirer la moindre saveur. Ma journée se passait. Comme prévue. Du début jusqu’à sa fin. Réunion, cantine, sport, pédibus, mairie… Sans relief. Et sur le coup de 21 heures, retour au bercail. Ouf ! « Comment s’est passée ta journée ? » me demandait mon amie. « Chargée. » lui répondais-je. « Si j’avais pu fuir au bout du monde, j’aurais été l’homme le plus heureux aujourd’hui », ajoutais-je. «  Ah bon ? »

En passant à table, j’allumais mécaniquement la télévision, histoire de m’évader, d’échapper à mon quotidien. Je tombais alors sur une programmation d’Arte : Into The Wild, un film de Sean Penn. C’est le récit authentique d’un jeune homme qui pour mieux se connaître part à l’aventure. Ses rencontres lui permettront de mieux appréhender le monde. De mieux le connaître. Au bout du voyage, Christopher atteindra son but ultime en s’aventurant seul dans des étendues sauvages. Seul au bout du monde, il se découvre.  Il comprend mieux qui il est. Certes. Hélas, il se meure aussi. Seul. Dans l’oubli. Il écrira cette dernière pensée à la fin du film : ‘Le bonheur n’est réel que s’il est partagé’. Sa gorge se serra. La mienne aussi. Il leva les yeux au ciel et vit cette lumière blanche jaillir en lui. Quant à moi, je ne l’ai pas vue mais c’était bien sûr : ce n’était pas seul que je veux vivre, perdu au bout du monde. Ma vie est bien là, ici et maintenant avec les autres et aux côtés des autres. J’existe à leurs côtés. Je vis avec eux et pour eux. Je n’existe qu’au travers de leurs regards.

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Je me suis levé. C’était un matin. Ce matin, je m’en souviens. J’ai "lâché-prise". Je ne me suis pas projeté sur ma journée. Je me suis laissé surprendre par celle-ci. Par mes rencontres. Cette journée ne m’a pas paru longue. Je me suis laissé porter par son flot : « Bonjour Sébastien. - Tiens, comment allez-vous ? - Bien. Ma fille, Cindy, appréhendait (au sens redouter) les séances de judo. Vous lui avez donnée le goût de l’activité. A présent, elle s’y rend avec plaisir et enthousiasme.» Mes pensées étaient là. Je l’ai écoutée. Puis nous sommes rentrés dans la cour de l’école. J’ai pris une grande respiration, fraîche et j’ai savouré le monde. Ma fille me tenait la main. Des enfants couraient, s’exprimaient, criaient autour de moi. J’ai levé les yeux. J’ai vu la lumière du soleil se lever. La même que Christopher hier soir à la fin de son existence. Celle d’une révélation. 'Partage l’œuvre de ta vie. Ne la garde pas en toi. Délivre-la. Transmets-la. Là ici et maintenant. Vivant…' Aujourd’hui, j’ai écouté, participé, transmis, délivré, reçu et appris des autres et avec les autres. Je n’appréhende désormais plus mes temps de rencontre. Ils se présentent. Je les aborde. Je les savoure. Ils me nourrissent. Ils ne me semblent plus contraignants. Je les vis. (Sébastien - avril2012)

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Un film de 2007 réalisé par Sean Penn avec Emile Hirsch adapté du roman de Jon Krakaeur

 

Hier MkRec nous racontait...

MA 'RENCONTRE' AVEC DOMINIQUE A

Ses premiers disques sont sortis alors que j’étais à la fac. Ces années-là étaient des années de découvertes pour moi, après une période plutôt métal au lycée et quelques excursions dans le rock dit « alternatif » à l’époque, et le punk français. Je m’initiais donc aux musiques de traverses, l’industriel, la musique répétitive, la cold-wave et le post-rock qui commençait à faire parler de lui. Mes amis de l’époque avaient découvert Dominique A récemment et, titillé, je m’étais penché sur son dernier album Si Je Connais Harry. J’avais trouvé certaines choses intéressantes mais, à mon goût, l’ensemble était un peu « chiant » car trop minimaliste. Pourtant, j’ai continué à suivre les sorties du Monsieur, même si j’ai revendu cet album à l’époque…

L’album suivant m’apparut beaucoup mieux, car plus élaboré et avec déjà un tube : 'Le Twenty-Two Bar'. C’est ainsi que progressivement, Dominique A devint ma référence majeure d’aujourd’hui. En effet, sa progression est un quasi sans faute (à part Tout Est Calme, le résultat d’une collaboration à mon avis plutôt ratée), ajoutant à chaque fois de nouveaux éléments, album après album. La musique tendue, n’éclate jamais vraiment, ce qui a le mérite de nous tenir en haleine de bout en bout. Les textes, mystérieux, nous laissent la liberté de construire nos propres histoires et nous émouvoir beaucoup plus, puisque nous y mettons ce qui nous touche le plus. Bien sûr, certains titres me plaisent moins que d’autres, mais l’ensemble de chaque album est largement au-dessus de la moyenne. Cette progression semble être le fruit d’une rigueur et d’une exigence dans le travail de création et aussi d’un éclectisme dans ses goûts culturels. Il les livre parfois dans son blog: http://commentcertainsvivent.org/  par de petites chroniques très personnelles, de disques, livres ou BD, actuelles ou anciennes, au gré de ses pérégrinations récréatives. C’est souvent l’occasion pour moi de faire une ou deux découvertes très intéressantes.

Dominique A

Je n’hésite jamais non plus à retourner le voir en concert, étant certain d’y trouver mon compte, quelque soit la formation avec laquelle il se présente, tant est forte sa présence sur scène, en accord avec sa musique: en tension et en retenue en même temps.  Dans ces moments-là, il y a un décrochage, comme au visionnage d'un film (récent) de David Lynch: pas d'analyse ici, je vis le moment, baigné dans les mots et la musique, sans même chercher à comprendre le sens du texte. C'est la musicalité qui me porte, les breaks, les apparitions/disparitions des différents instruments et ce que les musiciens font passer à travers leur musique et leur présence sur scène. La maturité est là, depuis déjà plusieurs albums, mais je m’attends toujours à quelques surprises, tant le bonhomme sait remettre à plat son travail par rapport aux précédentes productions. A suivre donc…

Albums conseillés: L'Horizon + Sur Nos Forces Motrices (MkRec - fév2012)

 

Hier Arnaud Benoist nous racontait...

DISCHORD n°12

Eté 1987, le n°2 du fanzine N est sorti. Dans plusieurs de ses pages, le mot « hardcore » apparaît de ci de là et est souvent associé à un nom de groupe qui m’est complètement inconnu et qui semble être une référence pour les groupes interviewés. Ce qu’ils disent de ce style de musique et ce groupe aiguise ma curiosité, d’autant plus que je n’ai aucune possibilité de découvrir comment ils sonnent.

Plusieurs mois passent et en 1988, alors que je me trouvais dans une boutique de disques installée à l’intérieur de Polyshop, centre commercial accolé à un Carrefour, je tombe sur un disque du groupe qui m’a tant intrigué : MINOR THREAT, 12’’ réunissant les deux 7’’ Ep’s sortis en 1981, DISCHORD n°12, pochette bleue, 4 US dollars port compris en commandant directement au label, Made in France.

Au recto, un type, crâne rasé à blanc, semble dépité, la tête posée sur ses bras croisés tandis qu’il est assis non loin d’une cannette de bière vide, d’un paquet de cigarettes et de ce qui semble être une seringue. Le nom « MINOR THREAT » est inscrit en grands caractères et on voit le logo du label en bas à gauche.

Au verso, une bouteille, portant un tee-shirt des SEX PISTOLS, un perfecto et qui tient dans une main une bière avec l’étiquette « Hate », se distingue derrière les titres des morceaux en jaune.

Le prix en francs est peu élevé pour un disque vendu dans un magasin. Je l’achète alors en ignorant tout du groupe et du disque, excité par la curiosité.

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Arrivé chez moi, je ne comprends rien. L’insert qui se déplie est très bien imprimé, bien mis en forme, et montre des photos de jeunes types dont certains ont le crâne rasé. Les textes me paraissent avoir des consonances puritaines, parlent de baston. Il y en a même un qui évoque le fait d’être coupable d’être blanc. En 1988, grande époque du SCALP (Section Carrément Anti Le Pen), tout blanc crâne rasé est d’office un Nazi. Si en plus, ses sujets d’expression sont la baston et les questions raciales, cela ne fait que rajouter des doutes et de la confusion, car ces types n’ont pas l’air bien méchant et les paroles ont un aspect positif.

J’écoute le vinyl, et là, direct, je me prends la grande méga baffe.

Je n’avais jamais entendu une telle musique. Ca joue vite, très bien, le son est parfait, la voix puissante de sincérité. Sur cet enregistrement, les membres de MINOR THREAT sont Ian MAC KAYE au chant, Lyle PRESLAR à la guitare, Brian BAKER à la basse et Jeff NELSON à la batterie. Ils ont entre 16 et 19 ans. Les mecs jouent avec leurs tripes et avec honnêteté, ça s’entend, ils ne font pas semblant. Ils ont une incroyable énergie qu’ils me transmettent instantanément.

A cette époque, le courant dit alternatif français cartonnait. BERURIER NOIR, LUDWIG VON 88, PARABELLUM représentaient pour moi le summum du Punk, du subversif et de la grosse patate. Les groupes anglais, comme SEX PISTOLS, DAMNED, EXPLOITED, ne m’ont jamais touché car, soit musicalement, je les trouvais mous et inintéressants, soit le style de vie nihiliste basé sur l’alcool et les drogues dures m’intéressait encore moins. Tout d’un coup, ça a été un choc que de m’apercevoir que de jeunes types aux Etats-Unis souhaitaient et réalisaient aussi autre chose et qu’en plus, ils avaient fait cela 7 ans auparavant ! Il m’a alors semblé qu’il y avait plus qu’un océan entre la scène musicale punk européenne et une autre possible.

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Je n’ai pas compris de suite le discours du groupe et n’ai saisi que plus tard la portée de MINOR THREAT. A titre personnel, il a été très important car je n’étais pas intéressé par la défonce et la pression sociale qui fait que tu dois l’être pour être punk et/ou cool m’agaçait. MINOR THREAT a montré que tu pouvais être toi-même, tout en exprimant tes émotions grâce à une musique puissante. Plus largement, le « Straight edge » exprimé par le groupe s’est mué en mouvement, ce dont je n’avais nullement conscience. De nombreuses personnes ont pu se reconnaître dans le fait de ne pas souhaiter boire, fumer, se droguer. D’autres y ont vu une abstinence sexuelle. Le végétarisme est aussi devenu une composante de ce mode de vie et de pensée. Pour ma part, la meilleure expression du concept du « Straight edge » est contenue dans le livret de la compilation « State of the union », sortie, évidemment, chez DISCHORD. Non seulement, on y trouve un titre rare et excellent des débuts de FUGAZI, mais aussi une présentation de la philosophie de vie en tant qu’engagement politique total, sans moralisme ni prosélytisme.

J’ai tellement adoré le 12’’ de MINOR THREAT que je suis retourné chez le disquaire de Polyshop fiévreusement acheter la compilation « Flex your head », présentant la scène de Washington DC en 1981, puis le LP de EMBRACE.

Et j’ai tellement adoré le 12’’ de MINOR THREAT et tous leurs disques, que, dès que je les trouve, j’acquiers les différentes éditions sous tous formats simplement parce que la couleur, voire le prix inscrit sur la pochette, changent. Il en va de même pour les bootlegs. Je vous laisse deviner le bonheur et l’énorme cadeau que Christophe MORA de STONEHENGE records, de FINGER PRINT, UNDONE etc, m’a faits en m’offrant l’édition avec la pochette rouge. Je vous laisse par contre imaginer l’horreur quand un pote, excité par l’énergie de MINOR THREAT, a agité un marqueur bleu sans son bouchon, aspergeant d’encre les murs de ma chambre, un de mes yeux par la même occasion, mais aussi, sacrilège absolu, le vinyl qui tournait sur la platine. J’en suis encore dégoûté aujourd’hui.

De plus en tant que fan total, j’ai voulu suivre ce que chacun des membres du groupe a fait en dehors de MINOR THREAT, même lorsqu’ils produisirent d’autres groupes, ce que je conseille d’approcher avec prudence car ce ne fut parfois pas très heureux, en terme de choix musicaux. Au final, en ce qui me concerne, les autres formations de certains des membres que je considère comme majeures sont FUGAZI, DAG NASTY, 3. Bien sûr que je trouve chouettes les autres groupes qu’ils ont faits, mais ça reste une question de goûts.

Grâce à MINOR THREAT, la découverte du mouvement Hardcore a été une révélation. J’ai voulu aussi écouter les groupes qui avaient partagé les mêmes scènes qu’eux et dont les noms apparaissaient sur des copies d’affiches de concerts. J’ai halluciné de découvrir que ce mouvement existait depuis 10 ans et d’appréhender son étendue. Il commençait à toucher la France et de fait, les disques (me) semblaient plus facilement accessibles, d’ailleurs grâce aux premières distributions gérées par différentes personnes dans leurs chambres. C’est un univers énorme, varié, engagé et enragé qui s’ouvrait alors ! J’ai été impressionné par la force des énergies musicales et des capacités d’organisation du mouvement.

Grâce à MINOR THREAT, la découverte d’un label a été une révélation : DISCHORD. Leur éthique et la richesse des groupes ont été une influence majeure. Chacune des décennies depuis sa création en 81 a marqué le Punk : on pourrait citer, pour les années 80, outre MINOR THREAT, DAG NASTY, RITES OF SPRING, pour les années 90, des groupes et disques aussi fabuleux que HOOVER, JAWBOX, FUGAZI, LUNGFISH, CIRCUS LUPUS et pour les années 2000, BLACK EYES, Q and NOT U. Je pourrais en mentionner plus encore, mais l’objet de cette chronique n’est pas celui-là. DISCHORD semble aujourd’hui en perte de vitesse et n’a pas sorti de disques importants depuis longtemps. Il paraît vivre sur son passé. Pendant un temps, je me jetais sur toutes les sorties qui portaient le logo de ce label. Je faisais des commandes directement chez eux pour être sûrs d’avoir les coproductions en tirage limité. Jusqu’à la centième sortie environ, je me faisais un point d’honneur de tout avoir et puis DISCHORD n’a pas eu que des périodes d’excellence et quand vous commencez à avoir des trucs comme BRANCH MANAGER, vous pouvez être sûrs que ça vous calme. Depuis je n’achète plus DISCHORD les yeux fermés.

MINOR THREAT et DISCHORD m’ont été de très forts exemples et générateurs d’envies : jouer pendant une dizaine d’années dans des groupes au sein de la scène punk-hardcore, créer un label. Et le credo reste le même : « puisqu’ils le font, pourquoi pas nous ? »-« Avec peu de moyens, on peut faire beaucoup. »

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Enfin, l’ensemble de la discographie, en vinyls et CD, de MINOR THREAT est tout simplement indispensable. Le DVD officiel regroupant divers concerts l’est tout autant. Le « First démo tape » 7’’ est néanmoins peut-être plutôt à réserver pour les fans car il ne présente pas d’intérêt majeur.

Les livres Dance of days de Mark ANDERSEN et Mark JENKINS, aux éditions AKASHIC BOOKS, et Banned in DC : photos and anecdotes from the DC punk underground (79-85), dont je crois qu’il a paru chez plusieurs éditeurs au fil des ans, sont de très bons témoignages concernant MINOR THREAT. (Arnaud Benoist - jan2012)