PHILM harmonic (Ipecac)

Ce nouveau power trio de Los Angeles ne passera pas inaperçu. En comptant en son sein Dave Lombardo, le célèbre batteur de SLAYER et de FANTOMAS, beaucoup seront curieux de jeter une oreille sur ce projet réunissant Gerry Nestler (CIVIL DEFIANCE-groupe de metal prog rock)) et Pancho Tomaselli (WAR-groupe de funk) autour de lui. Les trois se sont collectivement impliqués dans l’écriture et la composition de ces quinze titres –dont quatre instrumentaux- à ranger dans la catégorie ‘inclassables’.  Si leur base est bien rock, les titres errent constamment sur des terres moins familières et plus expérimentales. Composés à la manière d’improvisateurs, certains passages relèvent presque de jams. On sent très vite que le trio a voulu donner une élasticité maximale à ses envies. Le metal se mélange ici à des influences psychédéliques (‘Way Down’) et progressives. Il côtoie souvent l’ambient jazz (‘Harmonic’, ‘Exuberance’). Grâce à une basse au groove imparable, il se teinte aussi de sonorités funk (Mitch). Harmonic est le résultat d’un album au carrefour de tonalités généreuses et toujours surprenantes. Tenu par l’excellente maîtrise technique des trois musiciens, le disque semble repousser toute forme de limite. Dans ce désir d’émancipation, il s’affranchit de toute contrainte en multipliant les ambiances, les breaks et les styles de jeu. PHILM n’oublie pas de sortir des riffs furieux (‘Vitriolize’, ‘Area’, ‘Dome’) et de se montrer rageur et énergique mais la formation sait très vite redescendre en proposant des morceaux plus atmosphériques et pourvus d’une sensibilité plus marquante. A vouloir trop souvent pratiquer ces grands écarts, l’auditeur risque d’être finalement séduit par un aspect plutôt qu’un autre. Et à ce petit jeu, je préfère nettement l’ambition des parties novatrices aux coups de boule thrashy pas souvent très efficaces voire ringards. Point de jonction d’un savoir-faire et d’une impressionnante culture musicale, ce premier album s’avère très riche et très abouti. Il fixe un niveau élevé en termes d’exigences et de compétences. Parfois déroutant, souvent enthousiasmant, cet opus porte globalement bien son nom. (chRisA – avril2012)

                                                                          PHILM harmonic

SIDI TOURE koïma (Thrill Jockey)

L'union n'est pas banale, avouons-le. Qu'un songwriter-guitariste malien sorte ses albums dans le monde entier sur l'un des labels les plus expérimentaux et avant-gardistes tous styles confondus, c'est assez rare pour le signaler. Et pourtant le label chicagoan et l'homme s'entendent à merveille. Koïma fait donc suite au très remarqué Sahel Folk sorti en 2011. Ce deuxième album s'inscrit logiquement dans la veine musicale que l'artiste s'est fixée. En mariant folklore local (sa musique est originaire de Gao, une ville du nord du Mali), blues et rock, SIDI TOURE teinte ses compositions de multiples couleurs. Elles sont ici toutes des hommages à la musique traditionnelle Songhaï qui l'a vu éclore au sein des SONGHAÏ STARS. En délaissant quelque peu le côté intimiste de son premier disque, le compositeur s'est plutôt attaché à faire ressortir l'esprit dansant et festif de cette musique. Au rythme d'une calebasse et accompagné d'un autre guitariste mais aussi d'un joueur de violon (le sokou) et de chants féminins, le malien nous entraîne dans une succession de titres chaleureux desquels émane tout le pouvoir magique et mystique du lieu qui l'a inspiré. Dans le folklore malien, Koïma est le point de rencontre des sorciers les plus puissants du monde. Avec l'autorisation d'un chef, Sidi a pu gravir cette dune emblématique pour que sa tête touche le ciel. Aussi a-t-il pu se baigner dans le fleuve Niger. Ses dix chansons sont donc une sorte d'offrande à la beauté et à la force de cet endroit mythique. Même si les paroles sont de l'ordre du mystère, elles participent activement, au même titre que les mélodies douces et répétitives, à nous imprégner de cette culture séculaire si riche et si imagée. De toute sa sensibilité, son enthousiasme et son talent, Sidi nous invite à explorer et à admirer son pays et son peuple; à mille lieux des drames politiques qui se jouent actuellement. Comme un message de paix et d'espérance, Koïma se range indéniablement aux côtés de ces grands albums qui prouvent, si besoin en est, que le Mali est toujours l'un des plus beaux berceaux de la musique. Puisque Koïma veut littéralement dire "écoutez", ne refusez pas l'invitation!En extrait, la video de 'Ni See Ay Ga Done' http://vimeo.com/36983002 (chRisA - avril2012)

                                                            SIDI TOURE

CLOUD NOTHINGS attack on memory (Carpark)

Est-ce que Dylan Baldi serait en train de véritablement marquer les esprits? Jusqu'ici le compositeur doué et prolifique de Cleveland avait inscrit son groupe dans la longue liste des groupes à suivre de près mais de là à être scotché par ce deuxième album... Le ton s'est durci et du coup mes oreilles se sont dressées. 'No Future/No Past' et 'Wasted Days' ouvrent magistralement les hostilités. Pesante, nerveuse, tendue, bruyante et virevoltante, l'entame est parfaite. Sous un ciel désenchanté, le premier morceau aux notes de piano éparses brille par son côté répétitif jusqu'à l'explosion finale. Quant au deuxième, étiré sur neuf minutes et magnifié par un break instrumental particulièrement juteux, il confirme, sans rétrograder, le virage indie noisy punk. Suivant une ligne droite bordée pourtant de paysages différents, l'album ne changera pas de trajectoire sinon pour prendre des accents un peu plus poppy ('Fall In', 'Cut You'). Le groupe donne l'impression de jouer en première intention, sans se poser trop de questions. Sans fioriture ni prise de tête. Une grande fraîcheur fortement teintée d'influences nineties se dégage de cet album enregistré par Steve Albini (bah, tiens...) Un atout qui se voit naturellement épaulé par une rage juvénile qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain groupe de Seattle. D'ailleurs, c'est bizarre mais la voix de Baldi s'énerve et déraille un peu comme celui que vous avez déjà reconnu. Les comparaisons s'arrêtent là mais quand même... CLOUD NOTHINGS a judicieusement décidé de faire court mais l'efficacité est au coeur même de cette réussite. Chacun de ces huit titres transpire d'une même envie et de l'énergie du moment. Sans rien révolutionner, Attack On Memory s'écoute avec un plaisir rare et une dépendance toujours plus forte. L'album de ce début d'année! Souvenez-vous-en! (chRisA - mars2012)

                                                                             cloud nothings

MARK LANEGAN BAND funeral blues (4AD)

Raconter Mark Lanegan, ça peut être autre chose que de dresser un CV de quatre pages en citant exhaustivement toutes les collaborations auxquelles l'homme aux doigts tatoués d'étoiles a participées. Ce lonesome cowboy à la voix sablonneuse a beaucoup de talent et c'est, à chaque fois, un petit événement lorsqu'il l'expose ouvertement dans ses propres albums. Huit ans après Bubblegum, quelques duos et un nombre incalculable d'apparitions ici et là, l'homme ouvre à nouveau son journal intime sonore pour nous offrir un disque d'electro-rock magnifiquement produit par son ami et complice Alain Johannes. Composées à l'origine avec une boite à rythmes, les douze chansons ont presque toutes en commun des beats et des effets électroniques et synthétiques. Les guitares, la basse et la batterie, notamment assurée par Jack Irons, sont bien là mais elles se fondent aux textures et s'harmonisent parfaitement à la direction choisie ici. On frôle pourtant la sortie de route sur 'Ode To Sad Disco' qui, sans ironie aucune, porte vraiment bien son nom et sur 'Harborview Hospital' qui sonne comme du U2 version 2.0 mais, aussi déroutants que ces titres sont, ils charrient ces mêmes vagues de désenchantement et de spleen. A l'image de l'artwork, Funeral Blues est un bouquet de fleurs faussement défraîchies et assurément voluptueuses. Elles décorent une masse sombre mais belle. Epineuses et mélodieuses, les chansons s'étirent dans un registre spirituellement bluesy. De par leur fragrance entêtante, elles s'insinuent dans votre système et le neutralisent. D'une sève troublante, la voix chaude et grave à souhait de l'ex-SCREAMING TREES bourgeonne de cette mélancolie rouge et noire. La poésie du songwriter fait des merveilles ('The Gravedigger's Song', 'Bleeding Muddy Water' et 'St Louis Elegy'). Elle libère des effluves dramatiques sans pour autant plomber notre entrain à nous mêler, titre après titre, à cette danse lente mais pas macabre. Désireux d'afficher encore plus son côté electro aux dépens de ses amours folk, Mark Lanegan a sorti un album ambitieux qui peut surprendre sur les formes mais qui rassure sur le fond. L'inspiration et la patte du sieur sont intactes et toujours excitantes. Aucune raison de tirer une tête d'enterrement, Funeral Blues auquel le maître a bien sûr convié tous ses amis fidèles est une très belle cérémonie. (chRisA - mars2012)

                                                            mark lanegan band

DISAPPEARS pre language (Kranky)

Les revoilà déjà! Après Lux en 2010 et Guider en 2011, les chicagoans de DISAPPEARS battent le fer tant qu'il est chaud brûlant. Steve Shelley (SONIC YOUTH), désormais membre à part entière, a activement participé à la composition de l'album -écoutez 'Hibernation Sickness' pour en être convaincu. L'enregistrement s'est effectué à Echo Canyon, le studio à New York des Sonic. John Congleton, une fois de plus, s'est brillamment occupé du mixage. Bref, tout pour faire un bon album me direz-vous...alors? Pre Language se présente indéniablement comme la production la plus affirmée et la plus convaincante du quatuor. Les guitares comme langage commun, elles consolident et renforcent les bases d'un rock faisant encore plus la part belle à la réverb et à la distorsion. Sans doute moins krautrock et plus noise, ce troisième album marque des points par son sens de l'efficacité. Nourris au minimal rock à caractère répétitif et traversés de jets de guitares fulgurants et mélodiques, les titres possèdent instinctivement ce côté accrocheur idéal pour vous envoûter dès les deux premières écoutes ('Replicate', 'Pre Language'). Ce rendu joue sur un paradoxe constant, celui de souffler le chaud et le froid. Ventilées par la voix platonique et le timbre cassant de Brian Case (ex-90 DAY MEN), les compositions vous glacent naturellement. Mais les deux guitares ne sont jamais loin pour annoncer le réchauffement climatique. Elles libèrent des rayons de lumière aveuglante ('All Gone White'). Elles s'excitent pour mieux bouillonner. La glace se fissure, craque et les plaisirs jaillissent. Cette dichotomie se répète souvent quand elle ne cède pas la place à de longues chansons langoureuses, lancinantes qui tendent à engourdir ('Minor Patterns', 'Love Drug'). Tel un venin aux apparences inoffensives mais pourtant toxiques. Pre Language est du genre vicieux mais aussi très direct. Qui s'en plaindrait lorsque l'on joue avec nos nerfs de cette manière? Et quelque chose me dit que, sur scène, ce type d'attaque doit valoir son pesant de décibels. DISAPPEARS a franchi un cap très intéressant et nul doute que cette formation devrait désormais bien restée dans la lumière. (chRisA - fév2012)

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