ILILTA! new ethiopian dance music (Terp)

Si vous êtes familiers avec les albums Ethiopiques, la fameuse série de musiques éthiopiennes, sachez qu'une nouvelle génération de compilation est née. Toujours sous l'impulion du label néerlandais, ILILTA! réunit, depuis l'année dernière, beaucoup de jeunes artistes très prometteurs. Influencée par une pléiade de musiciens issus des 'golden seventies' aujourd'hui exilés ou décédés, une nouvelle garde est en train de voir le jour. Comme si, par miracle, après des décennies de productions locales sans aucun intérêt, il s'agissait d'une reprise de flambeau. Ce nouveau 12'' ( ou CD Ep) a été enregistré à Addis-Abeba durant l'un des projets d'échanges musicaux montés par les membres de THE EX. Et autant vous dire que les deux titres ici présents sont du niveau des morceaux trouvés sur les compilations Ethiopiques. Ils donnent immédiatement envie de dodeliner de la tête et de faire danser toutes les autres parties de votre corps. Durant sept minutes, face A, le rythme bien cadencé et la voix toute en originalité de Tirudel Zenebe vous ensorcellent. Aucune résistance à cette forme d'hypnotisme n'est possible. C'est chaud et frais à la fois. Coloré et riche. Pareil pour la face B interprétée par Tesfaye Taye. Il paraît assez surprenant que les rythmes traditionnels s'acoquinent avec des beats dance et que les instruments typiques côtoient d'autres plus modernes, et pourtant l'osmose est parfaite. Le jeu de guitare très inspiré et approprié d'Andy Moor comme la basse synthétique discrète d'Arnold de Boer trouvent leur place dans ces chansons aux mélodies circulaires et donc entêtantes. Elles respirent la créativité et l'envie de faire quelque chose de nouveau sans vouloir tricher ni duper. Grâce à un très bon mixage, l'équilibre musical y est subtil. Les lignes de guitares s'entrelacent, les mélodies se superposent, les beats et autres percussions s'épousent; le tout avec beaucoup de spontanéité, d'enthousiasme, d'ouvertures et de respect au legs culturel laissé par leurs aînés. Il n'y a pas d'arbre nouveau sans un sol profondément fertile. Cette jeune scène qui cartonne à tous les coins de rue de la capitale a bien compris que pour aller de l'avant il fallait aussi regarder derrière. ILILTA!, c'est le fruit de cette inspiration et de nouvelles aspirations. Prêtes à donner un second souffle artistique à tout un pays, ces collaborations sont un beau mariage culturel et musical entre traditions et nouvelles sonorités. Le seul défaut de ce CD Ep réside forcément dans le fait qu'il est trop court. On en redemande et vite... (chRisA - fév2012)

                                                         ililta!

 

FUTURE OF THE LEFT polymers are forever (Xtramile)

The Plot Against Common Sense, le successeur de Travels With Myself And Another (sorti en 2009), est déjà en boîte et devrait exploser dans les mois à suivre. L'eau à la bouche s'appelle Polymers Are Forever. Une sorte d'amuse-gueule de six titres très élaborés aux relents de noise rock virevoltant, mordant, parfois excentrique mais surtout excitant. Les gallois ne faiblissent pas et affichent une forme à toute épreuve. Les synthés de Julia et d'Andy ont beau prendre de plus en plus de place ils ne déstabilisent pas l'ossature indie punk rock qui reste, telle la cheville ouvrière, toujours de mise. Avec succès, le groupe apporte de plus en plus de nuances à ses titres. La basse groovy et la trompette sur 'My Wife Is Unhappy', la guitare funky sur la première partie de 'Destroywhitchurch.com', les accents sci-fi rock qui jalonnent 'With Apologies to Emily Pankhurst', le rythme fun de 'New Adventures' sont autant de zestes acidulés qui agacent certains et émerveillent les autres. Choisissez votre camp. C'est à contre-courant que les quatre de Cardiff avancent. En bousculant les formules toute faites et en shootant dans les fourmilières, FUTURE OF THE LEFT donne un souffle d'ordre épique à ses chansons racontées par un Andy Falkous toujours aussi délicieusement volubile et sarcastique. Les ambiances se multiplient, les mélodies sont imparables, les histoires faussement loufoques et on ne sait toujours pas si c'est du lard ou du cochon. Cet EP est un excellent apéritif pris au comptoir d'un pub crasseux de banlieue un jeudi soir en compagnie d'une bande d'anciens mineurs lucides, expérimentés, aventureux, aux propos acerbes, à la hargne et à l'humour tranchants. Si parfois on dit que l'appétit vient en mangeant, ici on sait qu'il est déjà sérieusement affûté. Mais savourons avant d'attaquer d'une faim de loup le plat principal qui en aucun cas ne devrait décevoir. (chRisA - jan2012)

                                                          future of the left

DUCHESS SAYS in a fung day T (Alien8)

Dès la sortie de l'album, un seul titre avait suffi à ce que je mette ce quatuor canadien au fond du placard. Jusqu'au jour où 'Narcisse', l'un des morceaux phares, s'invite mystérieusement sur mon PC; comme ça, l'air de rien. Son rock métronomique a fait un bon boulot de sape, tandis que le clavier étonnant et le chant non moins épatant ont joué le rôle de cerise sur le gâteau. Il n'y a que les imbéciles qui ne rouvrent pas leurs placards...et que m'a alors dit la Duchesse? "Abandonne tes préjugés -oui, d'accord, mais tout de même cette pochette est lamentablement affreuse et que dire de ce titre d'album à la noix...- enlève ton pull, rejoins-moi et laisse-toi aller..." C'est vrai que...dit comme ça mon esprit a vite fait corps avec ces dix bonnes chansons accrocheuses et astucieusement entraînantes. Elles ont beau souvent transpirer la cold wave réchauffée, les claviers saturés rendent fou et les vocalises corrosives d'Annie-C Deschênes parachèvent le travail. Synthétique, hypnotique, hystérique, acrobatique et atomique, la Duchesse a de quoi surprendre. Et elle nous gâte. Le groupe joue autant sur son côté electro-rock dansant bien sur lui avec la raie au milieu que sur son addiction au bruit et à la déjante. Construite sur les reins solides d'une basse puissante et vindicative, la rythmique est souvent basique et brute. Autour de cette infrastructure viennent s'agripper les sonorités effrontées du clavier généreux et inspiré d'Ismaël. Un tissage en règle qui n'étouffe pourtant jamais les velléités rock et punk du combo de Montréal. Quant à la chanteuse, sorte de Karen O sous amphétamines, Annie-C se place en véritable électron libre donc... incontrôlable, même quand les morceaux se font plus calmes ('Yellow Pillow', 'Gainsbourg'). Son charisme vocal injecte une dose de folie communicative très plaisante car jamais excessive. Sa voix épouse souvent les formes de la musique quand ses borborygmes ne vont pas carrément jusqu'à calquer les sonorités du clavier. Après L'Anthologie des 3 Perchoirs, premier album visiblement fourre-tout sorti en 2008, les canadiens ont su canaliser leur énergie et recentrer leur propos ainsi que leur son. Aaaah la fameuse maturité du deuxième album... Ca nous donne ici un disque sans faille, super efficace, mélodique, rythmé avec surtout beaucoup de caractère. Vous semblez plus disposé à écouter ce que la Duchesse a maintenant à vous dire, n'est-ce pas? (chRisA - jan2012)