ZËRO hungry dogs (in the backyard) (Ici d'Ailleurs)

10: 'Queen of Pain' ou l'histoire d'un morceau surf-rock qui roule à tombeau ouvert avant de faire une sortie de route vous arrachant à la vie. Une basse conclusive en mode cardiogramme. 9: 'Polly's On The Run' ou la toile d'amours sombres tout en ambiances. Les belles percussions, la voix d'Eric Aldéa tel un conteur tapi sous votre lit, comme les réminiscences du BÄSTARD qui sommeille en eux. 8: 'Feast of Freaks' ou l'agitation tumultueuse bouillonnant sous le feu des roulements d'une batterie du tonnerre. Une plongée au coeur de la foule. 7: 'The Trap' ou comment un titre fomente l'embuscade et lâche son attaque. Un exercice de haute volée. 6: 'First Turns To Last' ou comment un synth-rock aux pistes multiples passe de la colère à la fragilité. Entre puissance et doutes. 5: 'Speedball' ou peut-être l'un des meilleurs titres célébrant l'équilibre idéal et l'union parfaite entre machines, synthé, basse, batterie, guitare pour la même cause. Et ils vécurent heureux... 4: 'Hackin' Around' ou l'ambiance fin de rêve tissée autour d'un dialogue. Atmosphériques en pensées et pesant comme la mélancolie. 3: 'Clown in a Crowd' ou la prise de pouvoir salvatrice des claviers et des synthés dans l'univers rock et massif du quatuor lyonnais. 2: 'Cracker's Ballroom'. Direct dès l'intro, crooner à coeur, guitare solitaire ou à l'unison toujours façon high-energy. Ca vole dans la salle des fêtes... 1: 'Fast Car'. Vous êtes bien installés derrière le volant? Un bandeau noir sur les yeux et pourtant vous mettez le contact. La virée va vous mener sur des routes inconnues mais vous ne freinerez pas. A fond. Vous avez confiance. Et vous avez raison. La balade sera d'enfer! 0: ZERO et un troisième album genre number one. La démonstration par les chiffres n'aurait-elle pas été faite? (chRisA - déc2011)

                                                                   

CEREBRAL BALLZY s/t (Adult Swim)

On réunit les données mais promis, on ne va pas se prendre la tête. Un label qui, de par son nom, ressemble comme deux goutes d'eau à celui créé par Jeff Nelson mais vous connaissez la suite du slogan Canada Dry... Une pochette signée Raymond Pettibon. Un chanteur qui a l'air d'idôlatrer Stiv Bators. Des doigts d'honneur en veux-tu en voilà. Un discours post-ado régressif à la BEASTIE BOYS première giclée. Qu'est-ce que tout ça peut bien donner? Ca sent la débauche, le plan 'wannabe', l'esbrouffe et le réchauffé. Pourtant cet album est tout bonnement génial. Véritable concentré de nitroglycérine punk-hardcore premium en dix-neufs minutes chrono. Eh oui, ça se fait encore. Et quand c'est fait comme ça, impossible de ne pas jubiler en entamant un pogo enflammé. De 'On The Run' à 'Anthem', c'est une cascade de titres endiablés fonçant comme un skate dans le pare-brise de la voiture du voisin que vous détestez. Ces sauvageons de la banlieue new-yorkaise jouent juste. Avec une instantanéité et une efficacité redoutables. On ressort les bougies et on repense nécessairement à MINOR THREAT, BLACK FLAG et autres dieux du skate park harDCoreux sauf qu'ici, l'idéal politique punk, ils s'en torchent avec. La version des CEREBRAL BALLZY, c'est le skate, la défonce, la gerbe et fais pas chier. Anti-straight-edge just fun. La déception passée face à ce message aussi primaire et stéréotypé, restent les airs en quelques accords vintage. Ca envoie le bois. Ca ne se pose pas de questions; que des injonctions ('Don't Tell Me What To Do' et 'Don't Look My Way'). Ca joue à fond avec une multitude de petites pirouettes qui, l'espace de dix secondes, dessinent des sourires béats sur votre visage avant de continuer de vous agiter dans tous les sens. Les douze titres sont taillés dans le même bloc et n'ont d'autre utilité que de vous procurer un maximum de plaisirs. Pas de ballades ou de morceaux à la mords-moi-le-noeud. Cohérence totale avec le son qu'il faut pour ce genre d'exercice urgent. La grande perche black de chanteur, à la fois non-chalant mais aussi énervé, qu'est Honor Titus possède un super charisme. Il marque de son empreinte chaque titre pour en faire autre chose que de simples fusées supersoniques. Cette année, vous vous étiez pris une gifle avec les quatre EP de OFF!...là, c'est votre derrière qui va tout prendre, j'en ai bien peur. Et on vous fait croire qu'avec des energy drinks... CEREBRAL BULLZY! (chRisA - nov11)

                                                                  

RUSSIAN CIRCLES Empros (Sargent House)

C'est une évidence. Depuis Station sorti en 2008 sur Suicide Squeeze, le trio de Chicago n'a cessé de progresser en rendant ses instrumentaux plus mélodiques et plus dynamiques. En poussant leurs compositions encore plus loin. Fin 2009, Geneva avait fini d'installer la bande de Dave Turncrantz au rang des formations post-rock / post-metal les plus passionnantes et il va sans dire que deux ans plus tard la machine tourne toujours aussi bien. Empros n'est pas seulement leur album le plus lourd mais c'est sans doute aussi le plus abouti. Se déclinant en six titres et quarante et une minutes, il se montre concis et fluide. Avec son approche d'apparence conceptuelle, l'album enchaîne mieux les idées pour efficacement créer des ponts entre les chansons. Le groupe a visiblement misé sur l'unité plutôt que la disparité. Du coup, ce nouvel opus s'écoute d'un trait. Et voilà l'auditeur aspiré par un même souffle. Empros joue néanmoins de paradoxes. Il s'expose d'emblée comme une sorte de monolithe implacable. Puissant, compact et heavy. Les riffs appuyés de Mike Sullivan et la basse quasi-godfleshienne de Brian Cook sur certains titres ('309' et 'Atackla') matraquent cette impression. Mais rapidement et progressivement le bloc se fissure et, à l'image d'une pochette éblouissante, laisse filtrer des lumières chaudes et salvatrices. Dans une harmonie de contrastes, l'album ne perd pas en intensité. Le trio sait juste varier à merveille les dynamiques d'une musique qui s'écoute comme autant d'histoires mystérieuses. La cathédrale sonore qu'est 'Schiphol' nous porte vers des somments tandis que le conclusif et seul titre astucieusement chanté, 'Praise Be Man' nous ramène sur terre. La tension souvent se diffuse pour laisser place à des espaces aériens d'une grande clarté n'ayant rien de symphonique. Le groupe n'oublie pas de nous travailler au corps. Il sait aussi 'rocker' avec efficacité, 'Mladek' ayant même quelques similitudes avec l'excellent 'Malko' sur Geneva. En cela Russian Circlesne se donne pas de grands airs. Les chicagoans aux intentions louables fuient les titres pompeux et sur-arrangés. Empros est avant tout une aventure musicale faite de chair et de sang remplie de liberté et de poésie. Une oeuvre sensible et maîtrisée qui ravira tout fan de bon post-rock mais pas que... (chRisA - nov11)

                                                                 

FUTURE ISLANDS on the water (Thrill Jockey)

C'est dans la petite ville tranquille d'Elizabeth City en Caroline du Nord que le trio s'est retiré pour composer ce nouvel album un an après l'excellent In Evening Air. Les pieds dans le sable, le regard face à la mer avec toute l'agitation somnolante d'un port de plaisance hors-saison en fond sonore. L'océan, ses courants, ses vents ont visiblement beaucoup inspiré un groupe nageant dans les eaux calmes et très mélancoliques d'un dix titres qui apparaît comme une suite logique voire sans surprise. Gerrit Welmers et ses vaguelettes synthétiques peuvent caresser les chansons tristes de Sam Herring, frontman moins démonstratif et moins fougueux ici, les embruns ont quelque chose de familier. 'On The Water' et 'Before The Bridge', les deux premiers titres, sont plaisants et font l'effet de retrouver un lieu, une île particulière où, dans la solitude de ses émois, on se sent bien et en sécurité. La basse de William Cashion est ce rayon réconfortant qui réchauffe. Les textes sont comme autant d'histoires intimes d'un copain, le coeur au bord des lèvres, qu'on aime entendre se dévoiler une fois par an. Ils parlent d'amours, de souvenirs, de pertes emportés par le ressac d'un synth-rock romantique plus sombre que clair. Désagréable, le goût de sel s'installe ensuite durablement avec quatre morceaux qui plongent l'album au creux de la vague. La participation de Jenn Wasmer (WYE OAK) ne sauve pas 'The Great Fire'. 'Open', le très court instrumental se révèle sans intérêt. Quant à 'Where I Found You' et 'Give Us The Wind', mièvres au possible, ces morceaux ne peuvent redresser la barre. C'est alors qu'on se dit que leur territoire musical va sombrer que les FUTURE ISLANDS sortent la tête de l'eau avec, tout d'abord, un 'Close To None' bien rythmé et surtout un superbe 'Balance', véritable tube dansant qui redonne de l'espoir. On sait qu'au bord de mer le temps change vite et on aime ensuite fermer les yeux pour se plonger dans le vaporeux et onirique 'Tybee Island'. Peut-être que le slow de 'Grease' n'était pas l'idée la plus brillante pour conclure ce séjour à la mer alors j'ai une meilleure idée: remettez-vous 'Balance' (http://vimeo.com/28190403)  et laissez vos pieds et vos bras s'exprimer. Le seul remède pour essayer de se persuader que ce nouveau disque n'est pas décevant. De croire que, parfois, le défaut d'être sur une île c'est d'en avoir vite fait le tour. Un FUTURE ISLANDS à l'amer? Pas sûr. Synthétique, miroitant comme une boule à facettes dérivant sur l'eau et mélodramatique à coeur, On The Water n'est jamais plus convaincant que lorsqu'il scintille de tous ses beats 80's, de ses lignes de basse magiques et de son identité vocale tout sauf larmoyante. A vous de voir si vous avez envie de vous jeter à l'eau. (chRisA - oct 2011)

                                                                  

THE PATRIOTIC SUNDAY actual fiction (Collectif Effervescence)

On sait depuis un petit bout de temps que PAPIER TIGRE ne peut pas lui donner toute la place pour totalement s'exprimer. Car Eric Pasquereau est de cette plume et de cette guitare qui en ont des choses à gratter. L'homme est non seulement productif mais surtout très inspiré. Plus de deux ans après Characters qui avait confirmé tout le bien qu'on pensait de ce side-project, Eric Pasquereau modifie les formules. Entouré ici des rennais (et compères de label) de LA TERRE TREMBLE!!!, il nous livre un indie-pop rock qui, en prenant toujours la tangente et en évitant les sentiers battus, affirme sa volonté, son désir d'éclectisme. Les douze titres ont de ça en commun qu'ils se font le porte-parole d'une musique au ton chaleureux et intimiste qui colle bien à la personnalité du compositeur perspicace. L'humilité ici n'empêche pas les ambitions. D'apparence faussement simples, les chansons sont fouillées. L'instrumentation est subtile et toujours efficace. Le phrasé, dans cet anglais si naturel, sciemment pesé. THE PATRIOTIC SUNDAY a du goût et aime le raffinement. Le groupe trouve très souvent le parfait point d'équilibre entre sonorités acoustiques et électriques ('Wet Blanket' et 'Belgrade'). Sur le terrain des émotions, que les chansons soient dépouillées (les très confidentielles 'Quiet And Calm' et 'I'll Talk If You Know What To Say') ou aventureuses ('Grey Hair' et 'Self-Employment'), il est toujours vainqueur. Cette sensation de proximité avec l'auditeur, qui est souvent quelque chose de difficile à créer, est une constante sur cet album. Comme une forme de lien, elle l'accompagne dans ce qui fait et nourrit son humanité. Un album comme une palette d'humeurs aux multiples couleurs souvent réhaussées de choeurs tendres. Même si ce n'est pas toujours évident, l'influence du Fab Four de Liverpool est perceptible dans l'écriture et les agencements. Dans la prise de risques mais aussi dans la fluidité. Tout le talent d'Eric Pasquereau est d'ailleurs sans doute là et dans ce titre, 'A Set Of Seemingly Disconnected Words', qui sert de premier single. Ou comment envoyer une chanson super-entraînante et hyper-chiadée de trois minutes comme une lettre à la Poste. A l'image des onze autres titres pétris de qualités et de belles intentions finement concrétisées, cette chanson coule tout bonnement de source. Elle sonne comme une évidence rare à entendre. Actual Fiction a tout pour naturellement surprendre et séduire. En attendant impatiemment la nouvelle production de son autre combo, Monsieur Pasquereau ne se prive pas pour nous régaler à nouveau. Chapeau! (chRisA - oct 2011)

                                                                   the patriotic sunday

SUUNS zeroes qc (Secretly Canadian)

Qc is for Québec. Bien joué! Première énigme résolue. Zeroes parce que c'était le premier nom de cette formation de Montréal. Et de deux! SUUNS, avec deux U, se prononce "soooons" parce qu'en thai ça veut dire "des zéros". CQFD! Plus difficle pourtant de cerner les contours musicaux de ce premier album aux dents longues et pointues. D'un morceau à l'autre, le groupe s'ingénie à triturer les formes. Il s'aventure à insuffler une bonne dose d'expérimentations. Il affectionne les métamorphoses. Tirant sur l'étrange et le sombre, il joue pourtant avec les éclairages. A croire que son leitmotiv est bien cette phrase que Ben Shemie, le chanteur, répète dans 'Gaze' "Don't you be yourself, you are someone else". Lors des premières écoutes, on pourrait penser que SUUNS a quelque chose du RADIOHEAD du temps de Kid A. L'envie de malaxer son rock à des sons synthétiques venus d'ailleurs. De déconceptualiser la guitare. D'offrir aux compositions ces touches très arty. Les petits bijoux que sont 'Pie IX' (http://vimeo.com/27222135)  et 'Up Past The Nursery' confirment cette pensée. Et pourtant le combo est là où on ne l'attend pas. 'Fear', la ballade dépouillée, tient en une guitare et une voix fragile et touchante. Les titres peuvent livrer des sonorités noisy d'un bel effet ('Marauder') tout en allant lécher d'une langue râpeuse une electro-pop trop personnelle pour finir en hit. A tout ça s'ajoute le malin plaisir d'envelopper cet album d'un psychédélisme subtil. Voix à distance, cotonneuse, murmurée, plaintes intériorisées, bile contenue, le travail du chanteur est en parfaite adéquation avec les ambitions recherchées: celles de développer un espace musical créatif, artistiquement inventif, accessible et complexe. Enregistré par Jace Lasek, leader de THE BESNARD LAKES, Zeroes Qc est le type d'album qui invite l'auditeur à se perdre. Du coup, il devient sensible et émerveillé au moindre détail, aux moindres idées lumineuses qui sont légion. Le parcours peut le laisser démuni mais après quelques repérages il mène au plaisir. Celui de vibrer avec émotions et admiration. Ce premier jet laisse entrevoir un potentiel énorme et excitant. Pour avoir fait partie des nombreux spectateurs qui ont été captivés par le groupe sur scène on sait que la formation québécoise peut encore hausser son niveau pour toucher au plus profond. En attendant, cet album vous laissera comme la jeune femme qui figure sur la couverture: secrètement boulversé et dans une forme d'extase inconsciente. A découvrir d'urgence! (chRisA - sept 2011)

                                                                   

RED FANG murder the mountains (Relapse)

Peu familier des groupes de la boucherie Relapse, je dois indéniablement reconnaître que RED FANG, en une vidéo promo très 'jackassienne' ('Wires' http://vimeo.com/23977941) a piqué ma curiosité pour ensuite véritablement me séduire avec cet album à la pochette hideuse. Imaginez un peu quatre rednecks barbus, le cheveux gras, péter dans de la soie. Ou s'il ne s'agit pas de soie visons au moins la dentelle. En proposant un heavy-rock de haute volée, le quatuor de l'Oregon surclasse ses camarades. Là où les MELVINS patinent depuis un bon nombre d'albums, où BIG BUSINESS ne provoque pas d'étincelle, où HIGH ON FIRE est insupportable et où MASTODON se veut toujours plus grandiloquent, les crocs de RED FANG brillent d'un sang rouge vif parce que la bête a faim et qu'en plus, elle est rusée. Ses techniques d'attaque n'ont rien de révolutionnaire mais elles démontrent un savoir-faire remarquable doublé qu'il est d'un sens du dosage et de finesse qui font la différence. Jamais trop ceci ni trop cela, le heavy-stoner rock du groupe régurgite quarante ans de musiques lourdes (de BLACK SABBATH aux premiers QUEENS OF THE STONE AGE en passant par MASTODON) sans être ridicule. Sa culture n'est pas limitée et certaines chansons comme 'Dirt Wizard' peuvent aller puiser leur force dans le punk-hardcore. A un bloc puissant, l'une des deux voix, dans un registre beaucoup moins pop que celle de Josh Homme, y ajoute souvent pas mal de mélodie ('Hank Is Dead', 'Number Thirteen'). Les guitares ont toujours quelque chose d'intéressant à exprimer (le grain sur 'Wires' est vraiment à se rouler par terre). Les solos n'ennuient jamais. Les compositions ouvrent presque toutes des portes inattendues. Avec l'ajout de claviers par-ci ('Wires') et de bons effets par-là ('The Undertow') on croque souvent de bonnes grosses cerises sur les compos qui confirment en permanence combien le combo a de la suite dans ses idées simples mais diablement efficaces. Intéressant aussi que de faire produire cette machine à riffs par Chris Funk de THE DECEMBERISTS. Sans jamais s'écarter de son sujet, Murder The Mountains est la réussite de quatre types qui ont su intelligemment combiner leurs influences très diverses pour se et nous faire plaisir tout au long de ces dix titres. Loin devant ses concurrents, RED FANG a peut-être sorti l'album de heavy-rock de l'année et se place, avec cette deuxième réalisation, dans une échappée de tête excitante et prometteuse. (chRisA - sept 2011)

                                                                 

ROLL THE DICE in dust (Leaf)

Il se passe souvent des choses intéressantes sur ce label anglais basé à Leeds. EFTERKLANG et ICY DEMONS, entre autres, en sont la preuve. Après un live (Live In Gothenburg) sorti à 750 copies l'été dernier, Leaf Records poursuit l'aventure avec le duo suédois pour le très attendu In Dust, leur deuxième album. En matière d'électro instrumentale minimaliste captivante, la paire composée de Malcolm Pardon et Peder Mannerfelt (FEVER RAY) a de nombreux arguments à faire valoir. Ayant séduit avec leur premier album les fans de CARIBOU et de FUCK BUTTONS par exemple, la formation scandinave a décidé ici de changer sensiblement la donne. Leur musique a d'abord gagné en émotions malgré une approche rigoureusement froide (mais pas glaciale). Les notes éparses de piano y sont pour quelque chose. Les nappes synthétiques spatiales créant souvent des bouches d'aspiration pour un ailleurs meilleur aussi. Les suédois ont voulu cet album oppressant en lui donnant ce caractère claustrophobique. Mais si l'ensemble est sombre, il n'est pas totalement fermé. Dans chaque morceau assez long, les espaces se gagnent dans un lent processus évolutif. L'air et l'espoir se respirent. Et ce n'est pas la pochette assez explicite qui pourra contredire cette idée. Il n'y a pas de beats dans In Dust, pas de bidouilles électroniques ronflantes. L'album écarte toute idée de fun. Des titres comme 'Calling All Workers' (excellent au demeurant), 'Cause And Effect' ou 'Way Out' ont une dimension politique assez forte. A l'opposé des albums super-arty appréciés d'une seule poignée de connaisseurs, In Dust s'adresse à tout le monde. Cette oeuvre exigeante et cohérente est donc très accessible. Elle se veut aussi très contemplative. Elle sollicite autant les sens que l'intellect. La technique la plus souvent utilisée ici est celle de l'évolution sur la durée d'où ces longues plages répétitives et progressives, à la fois fines et élégantes. Dans l'idée des créateurs, ce minimalisme doit provoquer des réactions. Si j'aime cet album c'est parce qu'il est autant cosmique qu'organique. Il place l'homme au centre de son univers. Du sol de ses souffrances jusqu'à ses espoirs démultipliés à l'infini. In Dust devrait facilement confirmer tout le bien qu'il se disait sur ROLL THE DICE. Full gagnant! (chRisA - août 2011)

                                                                  

OBITS moody, standard and poor (Sub Pop)

L'effet surprise n'aura pas lieu avec ce deuxième album puisque, globalement, il reprend les choses là où I Blame You les avaient laissées. Même line-up, même label, même équipe à la prod (Geoff Sanoff et Eli Janney), artwork toujours signé du chanteur, guitariste et même orientation musicale. Garage rock, rock sixties, surf rock , la bande à Rick Froberg (PITCHFORK, DRIVE LIKE JEHU, HOT SNAKES) creuse encore un peu plus son sillon et, même si elle n'est pas originale, elle s'impose comme une formation sacrément plaisante.  'You Gotta Lose' (voir Videos), le premier titre, donne le ton: rythmique assez basique couplée aux deux guitares qui ne cesseront de sonner à merveille. Simple et sans fioritures. La beauté du groupe de Brooklyn tient dans ce grain de grattes old-fashioned. Chaque composition en est gorgée et chacune laisse intelligemment de la place pour qu'elles s'expriment avec générosité (l'excellent finish par exemple sur 'I Want Results'). Cette beauté attachante est aussi dans la chaleur des amplis et dans tous ces gimmicks empruntés aux années soixante ('Everything Looks Better In The Sun'). Toutes les mélodies sont soignées; bonnes qu'elles sont à siffler voire à danser ('Naked To The World'). Malgré ces accents rétro, jamais le groupe ne sent la gomina éventée. Il y a un savoir-faire chez les OBITS qui les affranchit de toute débilité passéiste. On le trouve tout particulièrement de leur sens de la composition. Aussi les OBITS ne seraient certainement pas les mêmes s'il n'y avait pas la fabuleuse voix tendue du sieur Froberg. Elle n'aura jamais autant fait de malheurs qu'à l'époque de DRIVE LIKE JEHU mais ici encore elle contient toute cette force énervée et ce timbre irremplaçable apporte tellement d'émotions aux chansons (le génial 'New August'). Avec moins de profondeur mais avec un aplomb certain, le chant de Sohrab Habibion (EDSEL) délivre d'autres tonalités agréables qui enrichissent le son du quatuor. Comme I Blame You, cette nouvelle mouture façon rock intemporel s'écoute tout seul et mine de rien, elle peut se vanter d'avoir été MON disque de ces deux derniers mois. Moody, Standard and...Rich! (chRisA - août 2011) 

                                                                   

JELLO BIAFRA and the GUANTANAMO SCHOOL of MEDICINE enhanced methods of questioning (Alternative Tentacles)

Eric Reed Boucher alias Jello Biafra. Signe distinctif: inoxydable. A tout juste cinquante-trois ans, l'ex-frontman des légendaires (et irremplaçables) DEAD KENNEDYS ne s'arrêtera donc jamais. A un âge où certains se contentent de capitaliser pour leurs plans retraite en lorgnant déjà sur un p'tit bout de paradis factice made in Florida, le gars Biafra, lui, continue à jouer les trublions de l'ordre et de la morale établis. Avec son petit côté conservateur, ses méthodes n'ont pas beaucoup changés: plume incisive, chant guignolesque, humour caustique et punk-rock bruyant, le tout façon tarte à la crème. Après un premier essai (l'album The Audacity of Hype), le directeur de cette école très particulière propose ici un programme en cinq titres. Composée de Ralph Spight (VICTIM'S FAMILY, FREAK ACCIDENT), Jon Weiss (SHARKBAIT), Billy Gould (FAITH NO MORE) et Kimo Ball (FREAK NATURE), l'équipe pédagogique est toujours aussi prestigieuse. Elle se donne à coeur joie dans un proto-punk assez classique quand on connaît bien l'oeuvre des DK. 'Dot Com Monte Carlo' ouvre parfaitement les hostilités. La machine à tailler férocement des shorts semble bien lancée mais dès 'The Cells That Will Not Die' et son refrain pas du meilleur effet, les compositions laissent poindre quelques signes de faiblesse. Et ce ne sont pas les quelques percussions métalliques glissées ici ou là qui vont masquer les plans parfois poussifs ('Victory Stinks'). On croit reprendre espoir avec un bon heavy-rock ('Invasions Of The Mind Snatchers') mais encore une fois le refrain manque de tranchant, et le break de second souffle. Le peu inspiré 'Miracle Penis Highway', quant à lui, taille la route sur sept longues minutes. Et que dire du groove de la version interminable 'Metamorphosis Exploration On Deviation Street' (uniquement présente sur CD) des anglais de THE DEVIANTS? Il est clair que cet Ep ne brille pas par sa créativité. Sans totalement ennuyer car tout de même proche de celle des DK, la formule a un côté eventé. Elle garde néanmoins un aspect attachant dans le pur style Biafra mais on aurait vraiment préféré que ce nouveau disque s'intitule 'Enhanced Methods Of Entertaining.' (chRisA - juin2011)

                                                                 

BORIS attention please / heavy rocks 2011 (Sargent House)

Prolifique et iconoclaste, le trio japonais ne faillit pas à sa réputation en sortant simultanément deux albums aux visages bien différents et forcément déroutants. Attention Please a tout d'abord la particularité d'être composé de dix titres tous interprétés par Wata, la guitariste. L'état d'esprit des chansons se marie bien à la voix douce, sucrée et souvent soyeuse de la tokyoïde. L'accent est définitivement pop; qu'elle trouve son inspiration dans l'electro (avec, entre autres, les beats de 'Party Boy') ou dans des sonorités shoegaze (avec l'excellent 'Tokyo Wonder Land' et ses dérives noisy). Parfois vaporeuses ('You'), enjouées ('Hope' et Spoon'), intimistes ('See You Next Week'), chaudes ('Aileron'), les ambiances se multiplient sans écarter les mélodies. Si certaines chansons sont plus réussies que d'autres (les approximatives 'Aileron' et 'Les Paul Custom 86'), elles témoignent toutes d'une envie d'expérimenter, d'explorer pour mettre à mal les formats stéréotypés. Esprit crossover oblige. Néanmoins l'album affiche une cohérence certaine et il la doit incontestablement au chant de Wata, véritable garant d'une musique mystérieuse mais peut-être pas encore assez décomplexée. Ce premier essai plutôt agréable appelera sans doute le combo nippon à creuser cette voie. Chose que l'on n'espère pas au sortir de l'écoute de la version 2011 de Heavy Rocks, le deuxième album de cette fournée. Qu'on se le dise, et ce, même si l'artwork est trompeur, il ne s'agit pas d'un dépoussiérage de l'album sorti en 2002. Les dix titres ici sont bien nouveaux et font la part belle aux guitares, le titre étant du coup assez évocateur. Mais que penser de cette collection fourre-tout de chansons inutiles ou non-abouties et parfois même ridicules ou grotesques? A-t-on affaire à des chutes d'enregistrements? Sans queue ni tête, on passe d'une blague thrash metal ('Czechoslovakia') à des rocking songs aux solos hard rock ('Jackson Head' et 'Window Shopping'). Avec ça, il faut avoir le courage de supporter le chant de Takeshi sur 'Leak' et la ballade interminable de 'Missing Pieces' et ses douze minutes. Et les collaborations d'Ian Astbury (THE CULT, BXI-projet d'ailleurs partagé avec le trio même), de Faith Coloccia et Aaron Turner (MAMIFFER) n'y changent rien tellement elles passent inaperçues. Si quelques passages comme l'ultra-heavy 'Aileron' à la sauce JESU peuvent relever un peu le niveau, Heavy Rocks, cru 2011, a des allures de piquette qui fouette. Avec ce disque, BORIS signe une sorte de nanard du rock mais sauve sa tête avec un Attention Please assez recommandable. (chRisA - juin2011)

                                         

LOW c'mon (Sub Pop)

Vous aviez aimé Drums and Guns pour son côté ténébreux, pesant et presque funeste? Vous aimerez l'engageant C'mon pour son côté plus léger et serein. Si sur la pochette de ce nouveau disque un certain soleil darde de ses rayons dans le dos de Mimi Parker, cette dernière reste dans l'obscurité. C'est précisément à ce jeu de lumières auquel ces dix titres nous invitent. L'introductif 'Try To Sleep' et le conclusif 'Something's Turning Over' sont deux ballades gentilettes (voire cul-cul) d'une grande simplicité (non, je n'ai pas écrit banalité). Entre ces deux parenthèses bat le coeur de l'album. Avec des compositions intrinsèquement plus denses, C'mon hausse le niveau. Les mélodies sont imparables soutenues qu'elles sont par leur force harmonique ( 'You See Everything' et 'Done'). Comme toujours, il suffit que Mimi Parker, en lead singer ou choriste, pose sa superbe voix pour que les chansons prennent une autre dimension. Elle pourrait faire dresser n'importel quel poil d'avant-bras. Avec sobriété et grâce, elle véhicule à chaque fois des rivières d'émotions ('Especially Me') qui font que sans elle, LOW ne serait pas LOW. Bien sûr, Alan Sparhawk, son époux, est lui aussi très touchant sur les très réussis '$20', 'Majesty/Magic' et 'Nightingale'. D'une sublime lenteur, ces compositions sont magnifiquement dépouillées pour ne retenir que l'essentiel. L'instrumentation y est d'une grande subtilité sur tout l'album. En plaçant ici un banjo, un clavier, un piano là, des cordes par-ci ou une guitare lap-steel par-là, le trio de Duluth, Minnesota, brille d'ingéniosité et d'une totale maîtrise. Est-ce que chaque détail vise à toucher la perfection? Sans doute. Enregistré, comme l'album Trust au Sacred Heart Studio- qui n'est autre qu'une ancienne église- par Dave Fridmann (MOGWAI, SPARKLEHORSE, MERCURY REV...), C'mon bénéficie d'un son qui frise la pureté mais pas d'un genre glacial. Bien au contraire, l'ensemble respire d'une chaleur qui augmente encore plus la charge émotionnelle des titres. Quatre ans après un album qui lorgnait vers quelques expérimentations electro, LOW se recentre sur ses fondamentaux qu'il domine majestueusement. La magie opère toujours. Qu'on se le dise, C'mon est un nouveau très beau psaume dans l'Evangile selon Alan et Mimi. (chRisA - juin2011)

                                                                 

YOUNG WIDOWS in and out of youth and lightness (Temporary Residence)

Personnellement je n'ai jamais vraiment compris le petit buzz que suscitaient les productions de ce groupe américain. Y retournant souvent par petites touches, je ne suis pourtant jamais rentré dans leur univers sonore. C'est grave, Docteur? Annoncé comme un album de rupture, In and Out of Youth and Lightness était peut-être l'occasion de voir le trio de Louisville sous un nouveau jour, sous un nouvel angle. Est-ce un défaut d'être optimiste et tenace? Ce troisième album amène ses neufs chansons sur des terrains aux ambiances plus sombres et plus pesantes. Les morceaux s'étirent et s'imposent par leur lourdeur. Ils creusent un sillon qui cherche à approfondir et définir une nouvelle approche émotionnelle qui ne laisse peu de place à la folie. Peut-on encore vraiment parler de noise-rock ici? Tempos ralentis, voix monocorde, guitare s'efforçant péniblement de trouver des lignes mélodiques salvatrices. A l'exception de 'Miss Tambourine Wrist' et de 'White Golden Rings', ce nouveau disque est ennuyeux et on se demande qu'est-ce qui a bien pu les piquer pour sombrer dans cette léthargie. Le trio donne l'impression de s'enferrer dans des plans stériles (même, 'Future Heart', le morceau le plus enlevé, manque de coeur) et dans des idées sans issue. Loin de toute magie, d'énergie bouillonnante, d'expérimentations et de sonorités excitantes, l'album s'avachit et nous, on pique un roupillon avec. Les Jeunes Veuves ne sont pas en forme et ont pris ici un coup de vieux. Et n'allez pas me raconter qu'il s'agit là de l'album de la maturité... (chRisA - mai2011)

                                                                 

OVO cor cordium (Supernatural Cat)

Si cet album devait être une personne, il serait l'enfant terrible de Rosemary à la fin de l'excellent film de Roman Polanski. Un enfant conçu et mis au monde derrière la porte des Enfers par le couple atypique italien que nous sommes gaiement apeurés de retrouver pour leur-déjà- sixième progéniture. Des dreadlocks jusqu'aux chevilles, Stefania, la mère masquée au chant d'outre-tombe et à la basse ou à la guitare d'une lourdeur satanique. Derrière, le catcheur masqué sorti tout droit d'un film SM qui, debout, se bastonne avec son tom basse, sa caisse claire et sa cymbale, c'est Bruno, le père. Voici pour le portrait de famille. Quand les deux taquinent leurs instruments, c'est un peu comme s'ils plongeaient leurs mains dans votre corps pour étreindre votre coeur affolé. Leur noise-rock d'avant-garde n'a sans doute pas d'équivalent. Fleurtant constamment avec des sonorités doom ou proches du drone, il vous traîne dans les ténèbres de la musique heavy. Il dégage une puissance maléfique qui fascine par sa dangerosité. Imprévisible, il attaque, mord, persécute et terrorise. Aux limites de la folie, les compositions explorent un concept entre lourdeur et douleur. Toutes bestiales qu'elles sont, elles n'écartent jamais l'envie d'expérimenter. 'Penumbra y Caos' et 'The Owls Are Not What They Look Like' sont, par exemple, les fruits empoisonnés d'une electro-noise inventive. 'Lungo Computo', quant à lui, lorgne plus vers le free rock. Dépourvue d'effets sur la voix, Stefania développe un registre impressionnant à faire pâlir Mike Patton. De la diablesse enragée à la petite fille sadique, Stefania donne véritablement corps à ces cauchemars musicaux qui captivent du début jusqu'à la fin si vos nerfs tiennent le coup. Même si cet album reste très proche de Corcevia, leur disque précédent sorti à l'époque chez Load Records, Cor Cordium pisse d'un sang visqueux et riche, donc peu commun. Autre atout, Cor Cordium retranscrit vraiment bien ce que le groupe dégage sur scène. Son direct, brutal, primaire. Folie palpable presque malsaine. D'une force saisissante, cette nouvelle réalisation garde un esprit créatif tout en combinant celui d'un jusqu'au-boutisme qui invite plus qu'il n'exclut. Si une promenade dans les entrailles d'un rêve en décomposition vous dit... Hauts les coeurs! (chRisA - mai2011)

                                                               

DIE DIE DIE  form (Flying Nun/ Golden Antenna)

Enregistré en 2009, il en aura fallu du temps à ce troisième album pour qu'il nous parvienne. Même si quelques titres étaient en ligne depuis près d'un an, Form, dans son ensemble, représente une surprise. Il se démarque du très séduisant et attachant Promises, Promises. Tout d'abord il a un son cheap avec une production presque typée années 80-90. Celle-ci met assez mal en relief les instruments et la voix mais c'était sans doute l'effet recherché. Dignes héritiers de leurs compatriotes de BAILTER SPACE, les DIE DIE DIE tissent ensuite une enveloppe sonore étonnante aux accents post-punk voire new-wave et shoegaze. Tous les morceaux s'inscrivent dans une ligne high energy noisy pop donnant du coup l'impression d'un album linéaire. Avec cette/ces guitares en avant, cette basse aux accords efficaces et cette batterie basique pressée, les fondamentaux sont bien là. S'ajoutent des effets de synthés ou samples ('Lil Ships', 'Daze' entre autres) qui donnent des couleurs particulières à ce rock qui se veut pourtant direct et entraînant. Le trio néo-zélandais s'est encore particulièrement appliqué sur ses mélodies entêtantes ('Howye', 'Shine Through') et enfilent tout du long perle sur perle, l'une des plus brillantes étant 'We Built Our Own Oppressors'. DIE DIE DIE est absolument épatant de simplicité. Sa recette tient en trois ou quatre minutes qui filent droit au but sans chercher plus ceci que cela. Jamais trop dur, trop lisse, trop agressif, trop mou ou mièvre, son rock énergique est sans fioriture, comme la pochette d'ailleurs avec ses mots tapés et collés vite fait. Il est emprunt d'une urgence contrôlée et libre qui doit particulièrement être communicative sur scène et qui est assurément addictive sur disque. A l'époque de Promises, Promises, je pensais que mon attirance pour ce groupe serait éphémère mais ce nouveau disque confirme tout le bien et le bon de cette formation du bout du monde que j'adore. A fond la Form ! (chRisA - mai2011)

                                                                   
         

GRAILS deep politics (Temporary Residence)

Ce nouvel album a d'abord fait l'effet d'une énorme surprise et d'une grosse déception ensuite. Mais chemin faisant il s'est progressivement imposé sur la platine. Si depuis 2003 les quatre de GRAILS ne se sont pas imposés de limites et de règles dans leur trip musical, une s'est pourtant logiquement incrustée au coeur de leurs albums: celle de ne jamais faire deux fois le même disque. Vos souvenirs de leur production d'il y a deux ans (avec Doomsdayer's Holiday) doivent donc quelque part disparaître. Exit les riffs sombres et si les nuages psychédéliques n'ont pas été totalement chassés du ciel ('Almost Grew My Hair'), ils sont un peu plus dissimulés dans l'impressionnant tableau sonore proposé ici. Et il ne serait sans doute pas ce qu'il est si Timba Harris, violoncelliste et compositeur ayant travaillé avec SECRET CHIEFS 3 et MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE n'avait pas activement mis son grain de sel dans ces huit compositions instrumentales. Dans un esprit avant-rock lorgnant toujours vers des influences progressives, GRAILS signe une bande originale d'un film imaginaire très déroutant. En cela Emil Amos nous donnait déjà une des clés de leur art. "En plaçant dès le départ imagination et fantasme au coeur du processus musical..." disait-il dans le numéro 8 de NOISE "...la B.O. s'affranchit de toute considération du genre. Et c'est avant tout la façon dont une chanson influe sur l'imaginaire qui fait sa qualité." Les cultures musicales et les influences s'entremêlent, parfois s'entrechoquent. Quel rapport peut-il en effet exister entre les très Morriconiens 'All the Colors of the Dark' et 'Deep Politics' et le beat hip-hop sauce orientale de 'Corridors of Power'? La musique classique se marie aussi avec celle des 70's. Des sérieux coups de coudes à PINK FLOYD aux touches world, de la musique transcendantale aux arpèges hispanisants, les américains nous brinquebalent comme les oeuvres d'Angelo BADALAMENTI pourraient le faire dans une bande son d'un film hallucinant de Lynch. Les ambiances très cinématographiques associent une multitude d'instruments. Les guitares se font parfois discrètes au profit d'un piano, d'un violon ou d'une flûte. L'atmosphère apaisée des chansons parfaitement orchestrées nous convie plus à la rêverie qu'au cauchemar. L'imagination débordante du quatuor n'a d'égal que son envie d'expérimenter pour peut-être enfoncer des portes. Toujours est-il qu'il vous faudra indubitablement ouvrir vos chakras pour apprécier la politique de cette formation qui s'amuse à nous en faire voir de toutes les couleurs. La première surprise passée, le plaisir naît. (chRisA - avril2011)

STUNTMAN the target parade (Prototype)

Découverts au travers du bon split 10' partagé avec CHERE CATASTROPHE, les montpelliérains reviennent en creusant toujours un peu plus le sillon labouré par KNUT, COALESCE, KEELHAUL, CONVERGE et consorts. D'entrée leur metal-hardcore pare-buffle déboule avec un son taillé pour les routes cahoteuses. Chant bovin, assise rythmique puissante, guitare au spectre machiavélique. En pleine forme, le groupe est en confiance, sûr de son fait, très à l'aise dans cette approche frontale et viscérale. 'Wounds and Visions' et 'Razor in my Eyes' vous prennent parfaitement à la gorge et vous savez que la bête ne va rien lâcher. Sans que ce soit flagrant car l'album reste homogène, il multiplie les tentatives d'aborder sa folie musicale sous des angles différents. Math-metal, doom, thrash, hardcore, l'unique guitare déploie une palette de riffs éléphantesques, malsains et vicieux. L'omniprésence de larsens derrière ceux-ci confère une étonnante atmosphère noisy aux morceaux. Si les dix titres, tous introduits par des samples d'extraits de films, s'enchaînent bien, ils peuvent aussi pécher par leur excès de générosité. L'envie de mettre un peu trop de plans parfois affaiblissent l'épine dorsale des chansons. Celles-ci n'échappent pas non plus à quelques clichés musicaux du genre (et la pochette, elle ne vous fait pas un peu penser à celle de 'Arise' de SEPULTURA?) Vers la moitié de l'album, on peut sentir le groupe glisser vers une certaine facilité mais il arrive toujours à tirer son épingle du jeu en logeant des attaques bien vues derrière les oreilles. 'Feeble Fear of Truth/I Deny' clôture très bien cette écoute intense et éprouvante. STUNTMAN possède deux armes de destruction massive: des riffs à tête chercheuse et un sens de l'assaut qui ne se refuse aucune stratégie pour vous anéantir. Hit the Bull's Eye! Cible atteinte! (chRisA - avril2011)

L/O/N/G American primitive (Glitterhouse)

Certains projets prennent plus de temps que d'autres et le nom du groupe est sans doute un clin d'oeil à ces trois longues années d'échanges, de rapprochements et de travail. American Primitive voit l'étroite collaboration entre Chris Eckman (The Wlakabouts, Dirt Music) et Rupert Huber (Tosca) pour un album electro-folk rock entre la fin d'une nuit 'dansante' et le lever d'un jour intimiste aux rayons pleins d'une lueur neuve. L'image du soleil entre les rideaux d'une chambre de la pochette est du coup assez évocatrice. Ce premier essai commun est comme autant de croisements et de décroisements entre une culture rock américaine et celle de la musique électronique européenne. L'album marie judicieusement piano, guitares, percussions, keyboards, beats et bidouillages parcimonieux pour dix compositions très bien ficelées et très cohérentes au vu du projet artistique. Les influences de chacun sont perceptibles et nourrissent chaque titre pour les porter vers des horizons peu observés avec des sonorités tantôt jazzy, world ou de musique de chambre. Marquée du sceau de l'équilibre parfait et d'un savoir-faire indéniable, cette rencontre est peut-être plus en réussite sur des morceaux calmes et introspectifs; le piano de Huber, les voix féminines, les paroles d'Eckman, sa guitare acoustique trouvant souvent le ton juste pour délivrer des émotions simples sur 'Run of Days', 'Night Fishermen' ou 'Wrong Train Comin' '. De même pour les intrumentaux ('Longitude Zero' et 'Stockerau') qui s'inscrivent bien aussi dans cette lignée. Quant aux chansons plus rythmées et donc plus légères, 'Shoot Your Dog', 'American Primitive' et 'Shame This Darkness' montrent un intérêt beaucoup plus limité. A défaut d'être passionnant, American Primitive se révèle attrayant de par son caractère hybride, de par ses intentions 'free style' qui en font un disque assez inclassable. (chRisA - mars2011)

OFF! first four eps (Vice)

Seize morceaux en dix-huit minutes. Ca explique sans doute le point d'exclamation. La tentation d'écrire une chronique du même jet que celui qui a inspiré le combo de Los Angeles est bien là. Car il n'y a presque rien d'autre à ajouter tant cette compilation de 7 pouces (quatre comme le titre l'indique) est un MUST! Achat obligatoire de l'ordre du jouissif si le punk-hardcore des 80's, le vrai, peut vous dire quelque chose. Si BLACK FLAG, MINOR THREAT, CIRCLE JERKS et THE DEAD KENNEDYS (pour ne citer que les plus emblématiques) ont une signification particulière à votre coeur et à vos oreilles. Car c'est trempé dans le même sang, la même bile, gorgé de la même colère, infecté de la même furie que ces titres vous giclent au visage. Une musique qui, quand elle est jouée comme ça, garde toute sa force, son impact, sa fraîcheur...bref toute son essence. Quelle fantastique surprise de voir le vétéran aux dreadlocks Keith Morris (Black Flag/Circle Jerks) reprendre du service et s'entourer à la guitare de Dimitri Coats (Burning Brides), à la basse de Steven McDonald (Redd Kross) et à la batterie de Mario Rubalcada (Earthless, Rocket From The Crypt, Hot Snakes) ! Ses attaques vocales sont frontales et elles s'unissent à l'urgence de riffs et de rythmiques qui savent tout dire en un minimum de temps et de mots. Précision (de la baffe) et concision (du propos) sont les maîtres mots pour tous ces morceaux implacables qui crachent le feu. Il n'y a aucun titre à mettre plus en valeur que d'autres tellement ils sont tous excellents. Y a rien à jeter. Tout y est ! Du son de la guitare, de la mise en avant du chant jusqu'à la production sèche et virile à souhait. Et puis quand c'est Raymond Pettibon (graphiste incontournable des Black Flag) qui s'occupe du visuel...ça ne peut pas sentir le coup foireux. C'est du très haut niveau ici. Du pur jus sans fioriture et ça s'injecte plusieurs fois dans la journée tellement ça fait du bien. OFF!, c'est pas du revival à tiroir caisse ni un coup de nostalgie de vieux briscards qui tuent le temps. C'est génétique. C'est comme ça que le punk-hardcore doit sonner et s'exprimer. De tout son caractère physique, philosophique et politique. Inespéré! Salutaire! Historique! (chRisA - mars2011)

MOGWAI hardcore will never die but you will (Rock Action/Sub Pop)

Titre croustillant. Superbe pochette. Vous avez remarqué? Chez MOGWAI, la qualité du contenu musical est proportionnelle à celle de l'artwork. Si si... Je ne sais pas si les photos d'Antony Crook les ont particulièrement inspirés mais disons-le de suite, les écossais nous ont servi un très bon cru ce coup-ci. Comme si les cinq gars de Glasgow avaient mis du Red Bull dans leur whisky. Peut-être que leur arrivée dans la maison Sub Pop Records les a aussi boostés? Des titres electro-rock 'dansants' comme 'Mexican Grand Prix' et 'George Square Thatcher Death Party' avec des parties vocales apportent beaucoup de fraîcheur. De par leurs points d'accroche immédiate, ils cassent le cadre systématique dans lequel le groupe peut parfois s'enfermer. Plus classiques et mélancoliques, il y a les titres taillés pour figurer en bande sonore dans les sujets de Stade 2. Composés au piano, l'introductif 'White Noise' illumine brillamment l'entrée des artistes tandis que 'Death Rays' et 'Letters to the Metro', sans être mauvais, sentent un peu le réchauffé. Dans une troisième catégorie qui a toutes mes faveurs, il y a les compositions aux multi-couches guitaristiques qui devraient bien péter live. 'Rano Pano' et 'San Pedro' sont mélodiques et puissantes. Elles mettent superbement en valeur la force de leur savoir-faire. Intelligence, sens du détail et de l'efficacité, concision. D'autres morceaux ne sont pas en reste comme les très bons 'How to be a Werewolf' et 'Too Raging to Cheers'; ce dernier lorgnant un peu du côté de leurs compatriotes de BOARDS OF CANADA. Et que dire du final sensationnel de gravité et de beauté qu'est 'You're Lionel Richie' ?Quand MOGWAI sait, lui-seul, atteindre ce type de sommets. Car si le groupe n'hésite pas à utiliser de plus en plus d'éléments électroniques, il sonne toujours comme nul autre. Unique est sa vision artistique des espaces sonores, des textures et des émotions qu'ils arrivent à générer. Pas étonnant que cette formation soit LA référence en matière de post-rock si tant est qu'on puisse leur coller une étiquette. Quel autre groupe instrumental peut aujourd'hui allier la dérision (le choix des titres), la finesse et la sensibilité pour des tableaux sonores souvent emprunts de grâce ? Et avec ça, sans se prendre la tête, ils ont décidé de retravailler en toute simplicité avec Paul Savage qui, rappelons-le, s'était mis aux manettes pour produire 'Young Team', leur tout premier album. Vous savez ce qu'on dit des équipes qui gagnent... MOGWAI will never die but we will! Procurez-vous la version avec l'excellente pièce de 23 minutes 'Music for a Forgotten Future' que les écossais avaient spécialement composée pour une oeuvre d'art moderne en Allemagne signée Douglas Gordon et Olaf Nicolai. Indispensable ! (chRisA - mars2011)

ARBOURETUM the gathering (Thrill Jockey)

Pourquoi pas Jardiland, non plus, hein? ! Drôle de nom pour ce groupe américain qui pourtant en est déjà à son quatrième album. Menée par Dave Heumann (vocals, guitars), la formation a encore vu un changement. Exit une guitare pour laisser la place à la variété de claviers et au Rhodes de Matthew Pierce. Les racines bien ancrées dans la culture rurale américaine et à ses grands espaces, les morceaux du quatuor libèrent un stoner rock très atypique puisqu'à défaut de jouer sur la loudeur absolue, il puise plutôt ses forces dans des influences hippies voire folk. Teinté aussi d'un léger psychédélisme, il se développe sur un tempo assez lent rendant l'écoute très apaisante. Chaque composition léchée est empreinte d'une mélodie qui s'incruste et ressort plus tard lors d'un sifflotement qui vous surprendra car si cet album n'a rien pour être particulièrement excitant, passionnant, il s'avère très plaisant et très attachant. Directement inspiré par les travaux de sciences humaines de Carl Gustav Jung, fameux médecin et psychologue suisse, The Gathering est de ces oeuvres qui se dévoilent lentement et progressivement. On s'étonne en effet de vouloir toujours plus rentrer dans ces ambiances, dans ces textes. De se laisser entraîner par ces solos pleins d'humilité; Dave Heumann n'étant pas loin d'égaler un Josh Homme aux heures du Grand KYUSS sur l'excellent 'Song of the Nile'. La voix très monocorde du leader nous berce et le ronronnement de tous les titres (à l'exception du plus rythmé 'The Empty Shell') nous plongeraient presque dans une forme de léthargie positive. Comme si ce disque cherchait, pendant quelques minutes, à nous dévier de notre chemin pour mieux le retrouver (transformé?) après. Très différente de celle proposée par Om et plus mystérieuse que celle offerte par DEAD MEADOW, The Gathering est en soi une vraie expérience qui mérite bien d'être partagée. (chRisA - mars2011)

LE PLUS > écoutez la version acoustique en solo de 'When Delivery Comes'...c'est ici et c'est bien ! http://vimeo.com/16215929

                                                                    

THE SKULL DEFEKTS Peer Amid (Thrill Jockey)
Deux ans après un puissant et trippant 'The Temple' sorti chez Important Records, les suédois reviennent avec un nouveau label et un cinquième membre de prestige aux lead vocals. Le lion de Daniel Higgs, chanteur charismatique de Lungfish, en pleine forme ici, a posé sa gimbarde pour apporter tout son savoir-faire poético-mystique à la science des loops qui labourent le cortex du quatuor de Stockholm. Et force est de reconnaître que l'alchimie fonctionne. Et si l'ont peut parler aussi de magie, alors il doit s'agir de magie noire. Dans un registre différent de celui qu'on lui connaissait, le gourou à la crinière et au regard de feu libère des messages venus d'un autre monde. Cette voix est portée par un noise rock expérimental d'obédience minimaliste qui soit vous lasse et vous épuise au bout de quelques minutes, soit il vous hâpe et vous invite dans une transe hallucinante. Sur le mode répétitif, à deux ou trois idées étirées à l'infini par titre, 'Peer Amid propose autre chose que des chansons. Il s'agit plus ici d'incantations électriques, de mantras mélodiques. Musicalement, si les guitares se font moins tranchantes et lourdes que sur l'album précédent, elles sont toujours accordées bizarrement et délivrent donc des sonorités étonnantes. Elles sont souvent gonflées d'effets et étayées de bidouillages électroniques. Si la batterie sonne assez rock sur 'No More Always' et 'Fragment Nimbus', elle s'inscrit souvent, avec les multiples percussions, dans un registre world aux accents tribaux. L'originalité de THE SKULL DEFEKTS réside dans sa capacité à explorer autant les sonotités primitives que modernes. Elle fait se rencontrer un tas d'influences (musiques orientales, amérindiennes, rock, electro-noise...) pour proposer un univers très singulier. L'étrange (et bluesy?) 'Gospel of the Skull' se frotte à l'instrumental pharaonique 'In Majestic Drag'. 'What Knives, What Birds', dans un esprit free-rock très inspiré, lâche un grain supplémentaire de folie. Enregistré au Dustward Studios dans la capitale suédoise, cet album bénéficie d'un bien meilleur son que sur 'The Temple'. Les huit titres résonnent en effet d'une ampleur obsédante et captivante. Adeptes des compositions circulaires et venimeuses, ce disque est pour vous! Méfiez-vous du magnifique serpent qui illustre la pochette... A lui tout seul, il résume très bien ce qui vous attend sur cet excellent disque! (chRisA -fev2011)

MY DISCO little joy (Temporary Residence)

Qu'on se le dise: il n'y a pas vraiment de dichotomie entre la pochette de cet album et la musique de ces australiens. Presqu'uniforme, rugueux et froid d'apparence mais pas totalement... Les feuillets du schiste sont autant de subtilités dans l'art répétitif créé par le trio. Et dès les trois premiers titres, on s'étonne que ce disque se la joue modeste...little joy...ouais mais pour un grand post-punk aux vertus transe tout de même! Les neufs titres ont de ça en commun qu'ils vont à l'économie et jouent merveilleusement avec nos nerfs. Quand, par exemple, Ben Andrews tient pendant cinq minutes la même note de guitare sur 'Young', on se surprend à ne pas trouver le temps long. La magie est là et elle captive même. Adeptes du 'less is more', les frères Andrews et Rohan Rebeiro n'en sont que plus généreux. Ils arrivent à envelopper chaque composition d'un aluminium qui brille... MY DISCO est cette boule à facettes qui tourne et tourne inlassablement jusqu'à hypnotiser. C'est un super son clair de guitare, une batterie brute qui se transforme souvent en machines à rythmes tropicaux. Ce sont quelques paroles (mantras?) qui sont répétées en boucles. C'est un rock rêche qui se double d'une esprit dancefloor, genre tapis de fakir. Le lightshow ne connaît que quatre teintes: le blanc pour la pureté, le gris pour la complexité du désenchantement, le noir pour la menace et le rouge pour la chaleur du sang qui bat contre les tempes. Aucune vulgarité. L'efficacité dans la simplicité. Une sobriété d'art-rock contemporain de grande classe. Sans compromis. Sans prétention (et ce n'est pas le clin d'oeil à leurs compatriotes d'ACDC sur 'A Turreted Berg' qui nous contredira). MY DISCO tire son patronyme d'une chanson de BIG BLACK et cet album a été mis en boîte de mains de maître par le bien nommé Albini, Steve...vous voyez une quelconque forme d'illogisme là-dedans? Les petites idées font souvent les grandes joies. Il ne me reste plus qu'à compléter MY DISCOthèque de leurs deux premiers albums distribués uniquement dans leur grand pays. (chRisA - fev2011)

THE EX catch my shoe (Ex Records)

Quand GW Sok, chanteur charismatique et l'un des fondateurs du groupe, a annoncé en 2009 qu'il mettait un terme à l'aventure, on s'est bien sûr posé quelques questions sur l'avenir de THE EX. Mais pour ceux et celles qui connaissent la passion, la générosité, l'insatiabilité et l'optimisme des hollandais, il ne pouvait en être autrement: THE EX continuerait à jouer et à développer son art immortel! Le groupe nous a toujours montré que dans ses mues il savait parfaitement se régénérer. Il sait toujours mettre à profit artistique l'arrivée de sang frais pour alimenter son coeur tonique et créatif (souvenons-nous des fantastiques passages, entre autres, de Tom Cora et Rozemarie). Et ce changement de line-up, une fois encore, ne saurait nous contredire. Le nouveau venu s'appelle Arnold de Boer et dès les premières notes il réussit tout simplement à s'imposer avec son chant clair, son écriture politique peut-être moins revendicatrice mais très imagée et subtile. Après avoir passé beaucoup de temps à jouer avec Getachew Mekuria, THE EX revient à son ethno-punk militant, rêche, coloré et noisy à coeur. Et c'est avec un immense plaisir qu'on se lance dans ce nouveau chapitre au combien excitant. Les sonorités et mélodies éthiopiennes ('Maybe I Was The Pilot', 'Eoleyo' pour ne citer que ces titres) sont très présentes. Appuyées par les rythmes atypiques de Katherina, elles confèrent souvent un aspect assez remuant (dansants?) à l'album. La trompette de Roy Paci (sur 'Maybe I Was The Pilot' et 'Cold Weather Is Back') apporte un petit côté 'free' et nous remet en bouche les excellents albums de DOG-FACED HERMANS. Le tissu guitaristique de Terrie, Andy et Arnold, parfait de complémentarité et de complicité, libère autant de touches entêtantes que de flots d'énergie jouissifs ('The Bicycle Illusion', '24 Problems'). La grande force-toujours perceptible après tant d'années-du combo néerlandais, c'est toujours d'injecter beaucoup de spontanéité et de libertés dans leur jeu (faut vraiment s'imaginer le grand gosse qu'est Terrie avec une guitare en mains). C'est aussi d'expérimenter. Il n'y a pas de basse ici. Il y a quelques samples (on pouvait néanmoins espérer que l'idée soit plus ambitieuse). 'Catch My Shoe' (en référence au journaliste irakien qui avait balancé sa godasse sur George) est le fruit d'un travail d'experts en diatribes sonores. L'album, vraie force positive, ne souffre d'aucun temps mort ni d'aucune faiblesse. Il sonne comme il doit sonner (Steve Albini est toujours aux manettes), c'est à dire presque 'live', sans arrangements. Il est comme à chaque fois l'expression de quatre individualités qui ne pensent qu'à jouer collectif. L'éthique de ces musiciens est indissociable de ce qu'ils puisent de leurs inspirations et de leurs instruments. Sans révolution mais avec la même ferveur, THE EX continue d'avancer et je ne suis pas prêt d'arrêter de les suivre. Bedankje! (chRisA - fev2011)


SHIPPING NEWS One Less Heartless To Fear (Africantape)

Qu'on se rassure, les nouvelles sont bonnes, très bonnes! Si l'on n'aurait pas parié une seule cacahuète, c'est bien sur le retour des américains de SHIPPING NEWS! Un retour en forme de résurrection tellement cet album est pétri de belles intentions et réalisations. On ne pouvait pas rêver mieux sur le fond et la forme. One Less Heartless To Fear est l'association de deux enregistrements live, l'un dans leur ville d'origine du Kentucky (Louisville keeps rockin'!) en 2009 et l'autre à Tokyo en 2006. Deux témoignages qui laissent paraître beaucoup d'envies (une libération de nombreuses frustrations?), une certaine urgence et beaucoup de spontanéité. Les quatre ne nous avaient pas habitués à ça. Chaque composition a une approche directe. Les instruments sonnent parfaitement. La voix de Jason Nobles gagne en impact et gravité. Et voilà trente-six minutes de noise-rock made in the nineties comme on en fait peu de nos jours. SHELLAC et JUNE OF 44 (on reconnaît bien toute la beauté dissonante de la guitare de Jeff Mueller) sont deux références indéniables ici. Les mots claquent façon Albini et retiennent autant l'attention que la musique. L'ensemble produit une tension permanente qui aime exploser avec minutie ('Morays or Demon'). Homogénéité parfaite entre les morceaux les plus bruts ('The Delicate') et les plus expansifs ('Axons and Dendrites' et le magnifique instrumental 'Half a House'). Equilibre talentueux entre force et finesse auquel les mélodies répondent de tout leur éclat à tout instant. On se passionne pour chaque morceau en se plongeant dans ces textes d'une veine littéraire. La basse et la batterie s'imprègnent en vous pour ne jamais vous lâcher. Et chanson après chanson on ne cesse de se demander quel moustique a bien pu piquer ces quatre lascars pour nous pondre des perles aussi fiévreuses. Un des albums incontournables de 2010 sur l'excellent label de Julien Fernandez, toujours  formidablement créatif dans la conception artistique de l'objet. Quand le plaisir des oreilles se marie à celui des yeux... (chRisA - jan2011)