DAG NASTY cold heart/wanting nothing (Dischord records n°184)

Pour le tournage en 2012 du documentaire “Salad days” sur la scène de Washington DC, DAG NASTY avait joué un concert dans sa formation initiale, soit Shawn BROWN au chant (SWIZ, RED HARE entre autres), Brian BAKER à la guitare (MINOR THREAT, BAD RELIGION entre autres), Roger MARBURY à la basse et Colin SEARS à la batterie. Cette même formation avait enregistré les meilleures versions des morceaux du groupe, qui ont été rééditées par DISCHORD sous la référence n°168. La créativité et l’évolution du groupe se distinguent sur les deux premiers LP’s  Can I say  et  Wig out at Denko’s. Les productions postérieures sont rigoureusement à éviter sous risque de désoeuvrement. Le jeu inventif et novateur de Brian BAKER a permis une des évolutions du hardcore vers un aspect plus mélodique. Son influence a été notable dans les années qui ont suivi. Tout l’intérêt de la première formation de DAG NASTY résidait dans l’association du chant puissant et hardcore de Shawn BROWN avec la guitare de Brian BAKER proposant des variations plus mélodiques, l’ensemble porté par une vraie énergie. Vu la qualité et l’implication audibles des membres de la première formation, il est plutôt satisfaisant de voir une nouvelle sortie de DAG NASTY sous cette forme. Sur la pochette du disque, le groupe a noté à gauche de son nom « 85 » et « 15 » à sa droite. 30 ans se sont en effet écoulés entre les premiers enregistrements du groupe et ce vinyle 7’’ comportant deux titres. Est-ce par nostalgie, clin d’œil ou envie qu’ils ont souhaité les enregistrer ? Quoi qu’il en soit, ils ont collaboré avec la même équipe. Celle de l’époque et de toute une époque, notamment dans les années 90 : Don ZIENTARA à l’enregistrement et Ian MAC KAYE à la production. Sauf qu’en 2015, les « deux font la paire » n’ont pas brillé comme en 1985. La production est un peu brouillonne et faiblarde. Peut-être ont-ils tout fait pour sauver ces deux titres un peu légers ? On retrouve quelque part le style du groupe mythique, ce punk hardcore mélodique, mais en moins prégnant. La face A « Cold heart » est le morceau le plus rapide (ça reste relatif) et le plus marquant car il semble plus vécu. Même si je n’ai pas écouté BAD RELIGION depuis des lustres, je ne peux m’empêcher de penser, à l’écoute du solo, que ça fait peut-être trop longtemps que Brian BAKER joue dedans... La face B « Wanting nothing », mid-tempo, est moyennement convaincante, dans une structure et des arrangements basiques. En bref, ces deux titres sont de prime abord un peu patauds, voire poussifs, mais finalement sympathiques et plaisants à écouter en boucle. Si DAG NASTY a été un groupe majeur, ce 45 tours est mineur. Si ce n’avait pas été de nouveaux morceaux de DAG NASTY, qui plus est sur DISCHORD, jamais je n’aurais acheté ni écouté ce disque. Enfin, la pochette, sobre à l’extérieur, mérite quelques mots et le regard à l’intérieur. Les quatre membres se sont fait prendre en photo en 2015 dans des postures et vêtements proches de photos de 1985. Le parallèle des deux séries côte à côte est plutôt chouette. D’une part, on les voit s’amuser des 30 ans passés. D’une autre, ça nous incite à comparer avec les enregistrements de 1985. Et là, c’est au détriment des cinquantenaires. Est-ce que vieillir amène à être moins bons et un peu mollassons ? L’actuel projet de Shawn BROWN, RED HARE, démontre le contraire avec le récemment sorti et excellent 7’’ « Lexicon Mist », incisif, inspiré et franchement jouissif. (Arnaud Benoist – juillet 2016)

MARS RED SKY apex III (praise for the burning soul) (Listenable - 2016)

L’invitation à écarter les rideaux du troisième album du meilleur groupe bordelais toutes catégories confondues n’en est que plus tentante…surtout en écoutant les premières notes du court instrumental qu’est ‘Alien grounds’. Le morceau plante le décor. L’expérience se veut immersive. De ses écrans de contrôle MARS RED SKY vous assure un beau et bon voyage en huit titres pop prog heavy psyché. Depuis ses débuts, le trio propose une musique unique. Plutôt rare à notre époque, non ? A ma connaissance, nul autre groupe que MRS ne délivre une musique qui flirte autant avec SLEEP, THE BEATLES, BLACK SABBATH et PINK FLOYD (pour faire court). Drôle d’association d’univers sonores et pourtant ça marche. Riffs plombés, arpèges, voix claire, chœurs pop et planants, la recette repose sur quatre saveurs majeures : la lenteur, la lourdeur, le raffinement et l’élévation. Oui, les chansons de MRD sont longues et tournent comme un diesel. Les sons tendent carrément vers les graves, épais si possible. Ils sont entremêlés de lignes claires qu’elles viennent principalement du chant atypique de Julien Pras ou de notes de guitare subtiles. Qui dit progressif dit montées. Généralement, les chansons initient un mouvement qui, au fil des minutes, tend vers le plaisir. Le tout est parfaitement exécuté, maîtrisé, léché et propre. Apex III confirme que le potentiel musical teinté de références cinématographiques des bordelais peut continuer à surprendre (jusqu’où iront-ils la prochaine fois ?) même si ceux qui avaient déjà vénéré Stranded in Arcadia sauront où ils mettent les pieds. ‘Mindreader’ et ‘Shot in Providence’ (en bonus track) sont tout simplement parfaits. ‘Under the hood’, ‘Friendly fire’ et ‘Prodigal sun’ sont excellents. Chaque titre s’inscrit dans un concept cohérent qui fait la nique à tous les clichés. En plus, Julien Pras sait écrire de très bons textes et son anglais est tiptop. Bon, le hic, c’est que je ne suis toujours pas fan des illustrations du brésilien Carlos Olmo... Fallait bien trouver un petit point faible, non ? (chRisA – avril2016)

RED HARE lexicon mist (Hellfire/Dischord)

Après un premier album (Nites of Midnite) sorti en 2013, ces ex-SWIZ, DAG NASTY, BLUETIP (la liste pourrait être encore plus longue au vu de leurs C.V respectifs) reviennent avec deux compositions originales et une reprise pour un excellent 7’’ (espérons qu’il présage d’un futur Long Player).  La face A attaque avec un ‘Silverfish’ saignant et vif. Le son made in D.C ne trompe pas. Le savoir-faire parle de lui-même. La guitare de Jason Farrell est parfaitement reconnaissable, juteuse, bruyante, dissonante. Le chant de Shawn Brown est frontal et direct, chaud et vindicatif. ‘Faced’ démarre façon hardcore, pied au plancher avant de proposer  une deuxième partie mid-tempo puissante et maline. Le groupe entier fait corps. La basse de Dave 8 et le jeu de batterie de Joe Gorelick offrent une colonne vertébrale parfaite. Addiction totale pour ces deux titres punk rock impeccables qui en plus d’envoyer la sauce proposent deux breaks super excitants. La face B est réservée à la reprise d’un titre majeur de la discographie de LUNGFISH, le fameux et totalement inspirant et fondateur ‘Sphere of Influence’. Impossible d’imaginer d’autres personnes que Daniel Higgs et Asa Osborne pour interpréter ce bijou de chanson mais RED HARE s’en tire carrément bien. Le quatuor reste proche de la version originale mais apporte sa touche personnelle notamment sur la fin quand Jason Farrell pousse lui aussi la chansonnette, j’adoore.  Vous l’aurez sans doute compris, tous les jours, je m’envoie ces trois chansons avec un plaisir fou. 5/5 (ok, on passera sur l’artwork même si la photo intérieure est superbe et que la couleur vert clair bouteille du 45 tours est chouette aussi). La suite, vite ! (chRisA – avril2016)

MEC! Allain Leprest/Philippe Torreton/Edward Perraud (Tacet)
Dans ces pages, la poésie n’a jamais voix. Il est toujours temps de réparer. Si je n’étais pas allé voir le spectacle MEC ! (poésie 100%, musique 100%, vivant 100%), Allain Leprest serait resté un parfait inconnu à mes oreilles. A mon cœur. Ce chanteur-poète d’origine normande disparu en 2011 avait trouvé une place dans celui des amoureux de Ferrat, Brel, Gréco… Leprest était de ces écorchés vifs qui à la place d’un pistolet, d’un couteau préfèrent se saisir d’un crayon, d’une feuille de papier, d’un micro pour confectionner des guirlandes de mots. Qui d’autre que le charismatique et talentueux Philippe Torreton pouvait faire vibrer la musique de sa langue ? Leprest aurait sans doute aimé entendre et voir l’interprétation physique et orale du comédien tout comme le jeu créatif du percussionniste Edward Perraud. Car, en créant des ambiances très variées, le musicien connu des scènes jazz apporte aux textes une dimension et profondeur supplémentaires. Les 19 poèmes qui composent le spectacle et par conséquent  le CD sont sublimes de noirceur. Ils parlent du temps qui passe, d’amour, de souvenirs, de vies ordinaires, de solitude, de petits bonheurs…de la Vie quoi. Hommage à Rimbaud-Verlaine-Apollinaire , à Piaf et aux vrais artistes qui n’ont cessé d’influencer son œuvre et de magnifier sa vie. Tout est simple et sublime ici, tout est fait dans les règles de l’art sobre et brut. Les vers élèvent vos émotions vers des sommets insoupçonnés. Les mots résonnent dans vos oreilles pour que les ondes grattent les cordes de votre âme.  Personnifiés par celle d’un Torreton en accord parfait avec l’univers de Leprest, ils provoquent. Ils remuent. La poésie fait des dégâts… à en rester baba. MEC ! je suis content (et retourné) que tu sois venu à moi. Tout en émois. (chRisA – mars2016)

SAVAGES
adore life (Matador/Pop Noire)

Depuis la sortie de Silence Yourself en 2013, on ne peut pas franchement dire que les londoniennes ont été si silencieuses que ça. La faute à de longues tournées et à une certaine présence médiatique. 2016 : l’étape du deuxième album. Une pochette singulière avec ce poing puissant dressé vers le ciel, un titre tel un ordre à la face de nos existences. Le noir et le blanc toujours de rigueur. Dès sa sortie, l’album s’installe en deuxième place des charts anglais, juste derrière DAVID BOWIE.  Au regard du potentiel de ces filles, ce disque était logiquement attendu et après deux semaines d’intenses écoutes, Adore Life s’impose comme un très bon album. Les dix nouvelles chansons forment un ensemble riche, intelligent et cohérent. Entre continuité et nouveauté, Adore Life évite l’imposture d’un Silence Yourself bis tout en rassurant les fans de la première heure. Une question d’esprit. Une question d’équilibre aussi que seule une formation mûre peut atteindre à force de travail et de compromis judicieux. Les titres tubesques et fonceurs (‘The Answer’, ‘T.I.W.Y.G’) côtoient des compositions plus intimes (le magnifique ‘Adore’, ‘Slowing down the world’). Viennent s’ajouter des morceaux plus ‘expérimentaux’ (‘I need something new’, ‘Mechanics’) qui témoignent d’une curiosité rassurante. Les quatre autres chansons ne sont pas en reste et marquent elles aussi des points tellement elles sont efficaces et intéressantes. Adore Life est un poing d’acier dans un gant de velours, le tout magnifié par une certaine classe. Les forces en présence sont toutes actives et décisives. La rythmique menée par Fay Milton (batterie) et Ayse Hassan (basse) constitue la colonne vertébrale de tous les morceaux. Mais sans le jeu tout en finesse de la guitariste Gemma Thompson et le charisme vocal de Jehnny Beth, ils ne seraient rien. L’unité est parfaite. Le son est ce qu’il doit être : percutant, clair mais pas surfait. Certains bloqueront encore sur le chant très avant de la frontwoman, d’autres  penseront que certains titres sont trop faciles mais il y a suffisamment de recherches pour ne pas confondre accessibilité et banalité. Franchement, un groupe de rockeuses qui en appellent à la vie et à l’amour avec un couteau entre les dents et des regards noirs, ça ne peut qu’être séduisant, non ? Je craignais que les SAVAGES se vautrent avec cette nouvelle production mais, fort heureusement, elles m’épatent en affirmant leur marque, leur style avec brio ! (chRisA – fév2016)

CORRECTIONS HOUSE know how to carry a whip (Neurot Recordings)

Le supergroupe comprenant Scott Kelly (NEUROSIS), Mike IX Williams (EYEHATEGOD), le producteur  Sandford Parker et Bruce Lamont (YAKUZA) n’a pas traîné pour donner une suite acérée à leur album éponyme de 2013. CORRECTIONS HOUSE ne lâche rien et nous agresse de leur metal electro-indus sur lequel le label Wax Trax n’aurait pas craché dans les années 90. On retrouve la puissance massive de la guitare mêlée aux beats entêtants et aux spoken words (difficile de parler de paroles de chansons) éructés par un leader de manifs des plus véhéments. La sauce pleine de pointes, de clous, de boue, de crachats, de sang, de haine et de poésie noire se déguste volume 9 et, sur la première partie de l’album, on se dit même qu’elle est encore meilleure car plus cohérente, plus collective, plus solidaire que sur l’exercice précédent. Les morceaux (‘Crossing my one good finger’, ‘Superglued tooth’, ‘White man’s gonna lose’) ont un côté catchy qui fait croître le plaisir immédiat. Le sax de Lamont s’intègre toujours aussi bien au monolithe noir, donnant un côté free noise pas dégueulasse. On retrouve un morceau dark folk séduisant (‘Visions divide’) et puis force est de reconnaître que la deuxième partie dévisse un peu. Elle reste intense mais pas aussi marquante, la faute à des titres un peu ratés (ou remplissages) comme ‘Burn the witness’ ou ‘I was never good at meth’. Dommage ! Privilégiez la face A et mettez-la en mode repeat. Si, à l’écoute des premiers titres, un filet de bave rageuse ne coule pas de votre bouche, alors je n’y comprends plus rien. (chRisA – déc2015)

THE WORLD s/t (Kythibong)

Fans de Magnum (non, pas les glaces ni l’agence de photos, on parle ici de la série télévisée), vous allez pouvoir revivre de grands moments. Imaginez-vous assis au volant d’une Ferrari rouge sous le soleil d’Hawaii, la moustache vous gratte un peu, un coup d’œil dans le rétroviseur pour vous assurer que le brushing n’a pas été dévasté par une blonde en spandex et qu’est-ce que passe l’autoradio ? THE WORLD, tout nouveau groupe français comprenant des agités de LES AGAMEMNOZ, SYNTAX ERROR, SEAL OF QUALITY, revisite à sa sauce les années 80. Une musique qui intègre tous les codes rythmiques et synthétiques de l’époque. Ça surprend au départ. Ça fait sourire parce que c’est bien foutu. ‘When Lovers Love’ et ‘Drugs’, les deux premiers titres énergiques sont plaisants (il se dit qu’à l’écoute de ces derniers, Phil Collins aurait eu une forte érection). La suite est pourtant un peu moins bandante mais ne sont-ce pas les effets prévisibles du syndrome dit du ‘Retour Vers Le Futur’ ? Au début ça fait marrer et danser, ça vient ranimer cette zone érogène appelée nostalgie mais passées les quinze premières minutes votre sens critique reprend un peu le dessus. Un projet qui ravira les oreilles de Marc Toesca et sans doute de tout hipster qui se respecte. (chRisA – nov2015)

ROOM 204 / PNEU split 7' (Kythibong)

Le duel devait avoir lieu. Les deux groupes se vouent une telle haine depuis des années à écumer les mêmes saloons pour devenir célèbres… D’un côté de la rue poussiéreuse battue par les vents, les nantais de ROOM 204 (ils sont comme les Dalton sauf qu’on ne sait toujours pas ce qu’ils ont fait d’Averell) ; de l’autre, les tourangeaux de PNEU (à cette époque, ils font figure d’extraterrestres puisque la matière caoutchouteuse dont ils se réclament n’existe pas encore). A bien les regarder dans les yeux, ils ont tous l’air remontés comme la montre à gousset du shérif Kythibong. Et ils doivent être carrément cintrés pour prendre autant de risques. Figurez-vous que le trio n’a mis que trois cartouches dans leur barillet alors que les roues de carriole ont décidé d’en mettre qu’une seule. Si l’affrontement paraît carrément déséquilibré, une chose est sûre c’est que leurs pétoires savent faire des dégâts. ROOM 204 a visiblement joué la carte de la balle courte, vive et nerveuse tandis que les frères Dunlop ont plutôt opté pour une balle longue, taillée au bout pour faire un trou de la taille d’un shot de whisky. La pression monte, les desperados jouent avec nos nerfs, les filles de joie sorties pour respirer autre chose que l’air vicié de leurs chambres miteuses commencent à moins rigoler. Elles mettraient bien une pièce sur les nantais, histoire d’avoir plus de clients ce soir. Quant au croque-mort, il tire la gueule parce qu’avec tout le boulot qui l’attend, c’est pas encore ce soir qu’il va gagner à la table de poker. Même si le sang va bientôt couler, on remercie cette putain de Constitution qui nous donne le droit de porter des armes et régler nos comptes comme des hommes. Sans elle, on se ferait carrément chier ! Les bons, les brutes et le split qui tue ! (chRisA – oct2015)

CHELSEA WOLFE abyss (Sargent House)
Deux ans tout juste après la sortie du très remarqué Pain Is Beauty, la diva post-gothique fait son retour avec un certain degré de contradictions qui est tout sauf déplaisant. Celle qui pensait, souhaitait passer à des compositions très minimalistes signe avec Abyss un album au combien ambitieux. S’étirant sur 55 minutes, ce 11 titres n’est pas avare en pépites. Généreuse dans la noirceur, l’américaine plonge ici un peu plus dans une introspection (certains utiliseront le mot psychanalyse ?) des plus créatives. La première surprise vient du fait qu’elle n’avait jamais écrit des chansons aussi heavy. Les trois premiers titres exsudent de riffs plombés (‘Dragged Out’ est même carrément doom) d’une saveur exquise. Mais CHELSEA WOLFE ne fait pas dans le metal. L’accent heavy est accompagné de sons electro, de loops, de samples très appropriés. Sur la moitié des titres, le violon (superbe) d’Ezra Buchla  apparaît. La guitare acoustique n’est pas en reste et même un piano volontairement désaccordé pleure sur le titre éponyme de conclusion. De chansons puissantes en plaintes intimistes portées par la voix aérienne de la donzelle, l’américaine fait de son spleen un territoire fertile, solitaire et touchant clôturé par une production de très haut niveau. Un jour, il faudra peut-être que les albums portent le sticker suivant : ‘Enregistré par John Congleton’ (PAPIER TIGRE, DISAPPEARS…), tellement le travail sur le son et les arrangements sont parfaits. A des dizaines de mètres de profondeur, Chelsea Wolfe se sent comme un poisson dans l’eau froide et mystérieuse de son univers. Onirique, spacieux, mélodique, sombre et torturé à souhait, cohérent sans être répétitif, Abyss est une œuvre rare. Sans doute celle de la maturité, assurément la plus aboutie à ce jour. (chRisA – sept2015)

MUTOID MAN
bleeder (Sargent House)

C’est l’histoire de deux larrons, Steve Brodsky (chanteur-guitariste de CAVE IN) et Ben Koller (batteur de CONVERGE) qui, s’ennuyant dans leur coin (non, je plaisante) décident en 2012 de monter un projet metal un peu foufou. Le EP Helium Head (7 titres en 17 minutes) sort en 2014 et reste dans la catégorie des curiosités rayon supergroup. Metal excentrique pulvérisant tous les codes certes…mais pas encore assez bien dégrossi. Arrive alors dans l’affaire Nick Cageao (bassiste dans le groupe thrash new-yorkais BRÖHAMMER et sonorisateur au fameux Saint Vitus Bar). L’assise rythmique devient plus notable. Les choses peuvent devenir un peu plus sérieuses même si c’est le fun, le plaisir et une certaine forme de second degré qui animent ce combo américain. Bleeder place tout de suite la barre à une autre hauteur. Niveau son (tiens, c’est bizarre, mais j’ai cru voir un Kurt Ballou !), niveau écriture, niveau efficacité. Le bolide de 10 titres (en 29 minutes chrono) une fois lancé dans sa course en avant est inarrêtable. Surtout imparable tellement il est jouissif. Avec ses riffs sortis tout droit des forges les plus divines, sa propulsion arrière 16 soupapes graissées à l’huile de coudes par un Koller toujours aussi joueur et génial, une basse tantôt dantesque, tantôt chevaleresque, ce premier album est le meilleur disque de speed thrash metal new wave of British heavy metal grind sludge prog pop punk space metal qu’il m’ait été d’écouter depuis des années. Vous l’aurez compris, de cette tambouille diabolique millimétrée se dégage une fraîcheur qui met de bons coups de lattes aux mauvaises odeurs d’un genre (le metal) souvent trop conservateur pour nous surprendre. Le trio ne s’interdit rien, ni les plans thrash old-school, ni les breaks mortels, les chœurs, la voix haut perchée (quand elle n’est pas sublimement mélodique ou bourrine), les soli de guitar-hero, le tout avec un tel brio ! Chaque chanson peut être sifflée dans sa salle de bains avec un air niais mais conquérant. Le bonheur, c’est simple comme un coup de Bleeder. Ces trois-là se sont vraiment trouvés. Tels des gosses remplis de malice, ils s’amusent, ils ont la banane, de la folie dans leurs idées de génies. Pas un seul titre à écarter. Bleeder va faire un malheur ! (chRisA – août2015)

JOHN GARCIA s/t (Napalm Records)

Il en aura fallu de la patience à John Garcia pour sortir ce premier album solo ; fruit d’années de créations et de réflexions. Sorti du fond du tiroir, il ne ressemble en rien à une collection de titres défraîchis mis bout à bout. Bien au contraire, exigeant comme l’est le chanteur de VISTA CHINO, cette première œuvre personnelle s’inscrit totalement dans la lignée musicale du bonhomme. Telles les émanations s’élevant d’un asphalte brûlant, les chansons transpirent d’une sincérité touchante, d’un univers big rock / hard rock assez proche de UNIDA et HERMANO. L’album délivre des décharges électriques (‘My Mind’, ‘Rolling Stoned’, ‘5000 Miles’…) d’une bonne facture sans être non plus très originale. Encore une fois, LA plus belle voix du rock rehausse intelligemment les compositions en apportant cette chaleur et cette variété mélodiques. Accompagné d’un bon nombre d’amis aux instruments (on notera, entre autres, le doigté de Robby Krieger – THE DOORS – sur la version acoustique et très espagnole de ‘Her Bullets Energy’), John Garcia se fait plaisir sans se trahir. Les titres sont directs, très accessibles (ils investissent rapidement votre cortex sans en avoir l’air), et vraiment agréables. Mention spéciale pour la chanson ‘Confusion’ sur laquelle Garcia chante simplement accompagné d’une guitare électrique légèrement distordue. Espérons que l’homme aux lunettes noires n’en restera pas là et qu’il nous offrira une suite à ses aventures musicales forcément dignes d’intérêt. (chRisA – juillet2015)

UFOMAMMUT ecate (Neurot Recordings)
C’est le septième album du trio italien fondé en 1999. L’album porte le nom de la déesse grecque des trois mondes : le monde des humains, le monde des dieux et le monde des morts. En six longs morceaux aux ambiances pesantes voire étouffantes, UFOMAMMUT expose les visions démoniaques de la païenne. Les compositions sont plutôt épiques, ambitieuses en terme d’évolution et de textures. Elles laissent souvent poindre un goût prononcé pour le psychédélisme mais malheureusement, comme bon nombre d’albums de doom, de sludge, elles ne peuvent éviter d’être roboratives au but de la dixième minute…alors vous imaginez bien quand l’album en fait quarante-cinq… (chRisA – juin2015)

FAITH NO MORE
sol invictus (Reclamation! / Ipecac)

Il est des reformations qui vous la rendent molle dès la première note d’un nouveau répertoire (prenons tout récemment celle des mannequins suédois de REFUSED). Et puis, il y a celles qui vous excitent comme dans les années folles de votre adolescence. Elles sont très rares mais elles laissent généralement peu de place aux doutes quant à l’acquisition du nouveau disque. ‘Motherfucker’ et ‘Superhero’, les nouveaux tubes des cinq californiens lâchés sur le Net ces derniers mois, assuraient des retrouvailles joyeuses. Dix-huit ans que la bande à Billy Gould n’avait rien sorti ! Et quand vous savez que des albums comme Angel Dust et The Real Thing (les autres aussi) trônent toujours au panthéon de votre discothèque personnelle…vous imaginez l’émoi… FAITH NO MORE ARE BAAACK !! Depuis deux semaines, l’album est quotidiennement passé au crible d’une analyse qui se veut autant subjective qu’objective. Pas de complaisance ! Démarrons par les reproches (on commence toujours par dire les mauvaises nouvelles avant les bonnes, non ?). L’album est trop court (39 minutes en dix titres, pouvait vraiment mieux faire !) L’introductif ‘Sol Invictus’ et le conclusif ‘From The Dead’ sont des morceaux courts qui donnent une impression d’inachevé ; des chansons d’une facture assez moyenne. Entre ces deux tranches de pain de mie LIDL, plantons les dents dans la Matière, la garniture…et, autant l’écrire de suite, nos papilles ont libéré les grandes eaux. De ‘Superhero’ à ‘Matador’ en passant par les géniaux ‘Separation Anxiety’ et ‘Cone of Shame’, Jon, Mike, Billy, Roddy et Mike sont à la fête. Aussi insaisissables que les anguilles dans la baie de San Francisco, les huit chansons nous agitent dans tous les sens, avec ce sourire stupide aux coins des lèvres. Qu’il est bon de retrouver des amis ! Qu’il est fantastique de retrouver cette énergie créative si unique dans la musique dite rock. Car comme à son habitude, FAITH NO MORE se fout des cases, des niches, des catégories, des styles. Le groupe continue de faire ce qu’il a toujours fait : écrire d’excellentes chansons. Le savoir-faire FNM est là, la mayonnaise a (re)pris.  L’album se dédouane de toute nostalgie, de cette inclinaison à patauger dans le passé. Les FNM ne se la jouent pas vieux-jeunes non plus, ils n’insufflent aucune ‘modernité’ dans leur façon d’opérer. C’est un album fidèle à l’identité du groupe, à son talent. Contrairement à leurs précédents opus, le piano tient ici une place prépondérante dans les compositions. La rythmique est d’une forme éblouissante et Mike Patton reste le maître inconditionnel de cette cérémonie qui tient vraiment toutes ses promesses. Qu’écrire de plus ? Tout est là pour que cette nouvelle pièce vienne rejoindre une discographie impressionnante et épatante. Les photos  d’Ossian Brown qui composent l’artwork de cet album sont superbes. Sol Invictus est le soleil musical que nous attendions, merci les gars ! (chRisA – juin2015)

KEN MODE success (Season of Mist)

Autant être honnête. Jusqu’ici KEN MODE n’avait rien provoqué chez moi sinon une certaine indifférence. Trop metal ou pas assez. Trop de déchets noyés dans une ‘excentricité’ musicale mal définie (chaotique ?). Un chant gonflant au bout de quelques titres et surtout des compos pas nécessairement passionnantes.  Il aura donc fallu accoucher d’un sixième album au trio de Winnipeg, Canada, pour allumer la bougie de mon excitation. D’abord, quand vous avez la bonne idée de l’ouvrir avec un titre totalement mortel, vous vous offrez de bonnes chances d’agripper l’auditeur, non ? L’introductif ‘Blessed’ est tout simplement génial. Pesant, sombre, fou (la présence d’Eugene Robinson –OXBOW - ?), dérangé et dérangeant, le groupe marque immédiatement des points. Le son est énorme ! Merci Monsieur Albini ! D’autre part, dès le second morceau ‘These Tight Jeans’, on sent que KEN MODE  a voulu donner un angle certain à cette nouvelle galette. Placée sous le signe d’un noise-rock made in the nineties, elle régale le fan de KEPONE et de THE JESUS LIZARD que je suis. ‘The Owl’ ne fait pas que d’évoquer la basse de David Wm. Sims ou le jeu de guitare d’un Duane Denison, la composition inclut des ruptures de rythmes ainsi qu’un magnifique violoncelle. Du beau travail. ‘Just Liked Fire’ enchaîne sur un punk rock brut de décoffrage, simple et très direct. ‘Management Control’ va encore vous chercher sur un autre terrain émotionnel tout comme le conclusif ‘Dead Actors’. Ces titres parmi d’autres révèlent une vraie maturité dans l’écriture et le rendu final. Même si les frères Matthewson et Andrew LaCour ne révolutionnent en rien ce que leurs pairs ont livré chez Touch and Go et Quarterstick Records il y a presque vingt ans, ils donnent une multitude de couleurs à leur rage. Au profit d’une efficacité immédiate, ils sont moins démonstratifs techniquement parlant. Le chant de Jesse (je ne sais pas si c’est dû à sa nouvelle coiffure et aux lunettes) est mieux posé que jamais. Pas une seconde d’ennui pour un album qui ne pouvait pas mieux se nommer (même la pochette est réussie, c’est pour dire !). KEN MODE va vous surprendre. Déjà dans la liste de mes meilleurs albums de 2015. (chRisA - mai2015)

THE SOFT MOON deeper (Captured Tracks)

Depuis sa création en 2010, le projet THE SOFT MOON porté à bout de bras par Luis Vasquez n’a cessé d’interpeler. Opportuniste pour certains ; le revival cold-wave ayant fait beaucoup d’émules plus ou moins inspirés ces derniers temps. Trop arty pour d’autres. Trop sombre, trop simpliste… THE SOFT MOON aussi plaisant soit-il n’avait pas jusqu’ici franchi ce cap menant aux portes de la reconnaissance. Cinq années plus tard, Deeper pourrait bien en être l’une des clés. Epuisé par des tournées interminables, profondément déprimé, Luis Vasquez a eu la bonne idée de s’exiler. De quitter la Californie pour s’installer à Venise. Une mise au vert profitable pour se ressourcer, pour se recentrer et donner un ton encore plus introspectif à ce troisième album qui n’élimine en aucun cas les obsessions du maestro mais qui le propulse vers d’autres canaux (Venise…bon, d’accord…). Les boucles sont là, hypnotiques et profondes. L’empilement synthétique est toujours de rigueur. Les mélodies claustrophobes sont toujours là mais Deeper initie des changements profonds. Multiplicité des textures, variation des ambiances, contrastes musicaux plus flagrants (l’album alterne des sensations post-punk, cold-wave et indus, EBM), affirmation d’une rythmique parfois tribale et clarté du chant (enfin !). Que des ingrédients qui rendent alors ce disque plus accessible que les autres ? Définitivement oui ! S’il est plus immédiat, plus direct, il ne manque pas d’être exigeant, intelligent et surtout vraiment maîtrisé de la composition à la production. Deeper réaffirme avec passion tous les fondamentaux  du groupe mais apporte en même temps de la modernité et de la fraîcheur. Ce disque peut autant faire siffler, danser que crier. Il peut autant caresser dans le sens du poil que provoquer. Dès les premières écoutes, Deeper m’a fait penser à l’approche actuelle de NINE INCH NAILS. Luis Vasquez – Trent Reznor = même combat ? Il y a en tout cas ce désir de porter un univers personnel vers des horizons toujours plus innovants. Pour continuer à explorer mais sans forcément rebuter. Attrayant, émouvant, excitant, Deeper nous tient au bout de son aiguille. Une des intraveineuses de l’année, c’est sûr ! (chRisA – mars2015)

GRATUIT (Kythibong/ Ego Twister)

Quand dans ‘Je crie’, l’homme au tee-shirt de loup dit qu’il n’a plus d’idées, on sait tout de suite que c’est une blague. La preuve : quel morceau introductif ! Quel farceur cet Antoine Bellanger ! Toute l’essence de GRATUIT est là. Sans plomb dans l’aile. Plutôt de la caillasse dans les griffes. Ca déchire les chairs, ça brise les vitres, au choix. Et qu’est-ce qu’il veut faire avec la pierre, le monsieur, hein ? Un homme au synthé sort les belles nappes. C’est minimaliste, percutant, beau, sincère. Minimaliste ? ‘Attendre’ me fait mentir car, tout d’un coup, les sons s’étoffent, les espaces se remplissent, oh et puis on danserait presque. Le mélancolique ‘Je m’élance lent’ fournit un peu de chaleur avec les bois d’un violoncelle, de violons. La poésie contemporaine des mots imprègne chaque coin noir de ce disque. ‘Ca craque’, ‘Chut’ et ‘Reviens’ confirment que l’animal a progressé dans son approche de la composition, qu’il maîtrise mieux les formes et les volumes. Âme blessée, la bête se sublime et ne nous touche pas qu’au cœur. GRATUIT, c’est vrai, c’est unique et ceux qui croient que c’est nul ne verront jamais la dimension artistique d’un projet beau comme un sac de supermarché gonflé au vent, accroché dans les épines de genêts fanés. ne manque pas d’air. C’est dit. Je suis contre la gratuité mais je suis pour GRATUIT. Chut ! (chRisA – fév2015)

MARK LANEGAN BAND phantom radio + no bells on Sunday (Heavenly)

En 2012, sur Blues Funeral, ‘Ode to Sad Disco’ avait enfoncé une porte. Nappes synthétiques et beats electro bousculaient le classieux édifice folk/rock érigé par le bonhomme de Seattle depuis le lancement de sa carrière solo. Dès les premières notes de ce nouvel effort, la surprise peut laisser place à l’incompréhension, le plaisir au dégoût. On ne pourra pas reprocher à l’ex-SCREAMING TREES de ne pas prendre de ‘risques’ pour éviter de se répéter mais de là à sonner new wave ou comme U2 (‘Floor of the Ocean’, ‘Harvest Home’…). A-t-il été bien inspiré d’utiliser cette application iPhone qui déshumanise les rythmes de presque chaque chanson ? L’omniprésence d’Alan Johannes à l’instrumentation et à la production ronde et mièvre n’a pas non plus aidé. ‘Seventh Day’ est proprement insupportable comme ‘Torn Red Heart’(‘Death Trip to Tulsa’ pourrait aussi rentrer dans cette catégorie). Heureusement que ‘The Wild People’, ‘Judgement Time’ et ‘I Am the Wolf’ redonnent un peu de couleurs à l’âme laneganienne. Le EP No Bells On Sunday souffre un peu moins des mêmes maux quoique… Avec quelques bonnes mélodies, il se fait plus agréable à écouter mais la messe est dite : la déception est le sentiment prédominant qui accompagne ces choix artistiques. Après le TRES dispensable Imitations de l’année dernière, Mark Lanegan s’enlise. Les fondamentaux ! Vite ! (chRisA-jan2015)

DISAPPEARS irreal (Kranky)

Dans la famille des groupes en perpétuelle mutation, DISAPPEARS s’impose tel le chef en bout de table. Cinq albums certes cohérents mais à chaque fois un peu plus déstabilisants. Encore chauds de la session d’enregistrement du EP Kone, les Chicagoans persistent et signent pour plus d’expérimentations et d’abstractions. Ça donne ici un album d’art-rock pour musées consacrés aux créations contemporaines. La musique pas dégueu au demeurant est comment dire…à l’image de la pochette : sombre avec des patterns bizarres et des loops trippants tendance post-rock/krautrock. Guitares anorexiques mais inspirées, basse en mode dub/reggae, batterie heureusement impulsive (mais contrôlée,  merci Noah !) pour d’assez longues plages futuristes carrément impossibles à siffler sous la douche. Concernant l’approche artistique, Brian Case (qui chante-enfin parle de moins en moins) parlait de « totalitarisme moderne » et de « décadence urbaine » (dixit New Noise # 18) et bah, on y est ! Moins bien que le génial Era mais sacrément original et jusqu’au-boutiste. On craint quand même le pire pour la suite… (chRisA-jan2015)

FUGAZI first demo (Dischord)

Toujours et encore documenter la scène locale, la créativité et l’engagement d’une époque, tel est l’un des crédos du label de Washington, D.C. First Demo, de la cassette enregistrée qui circulait à leurs premiers concerts en 1988 à la sortie officielle aujourd’hui de ces onze titres devenus presque tous mythiques, c’est le bonheur d’écouter le combo américain dans sa forme la plus brute. D’être avec eux dans ce sous-sol familial d’où le génie de quatre musiciens a percé pour ensuite électriser des millions de fans. Ces enregistrements montrent bien l’originalité d’une formation nourrie au punk-hardcore mais surtout soucieuse d’en briser son carcan. Le groove reggae de la basse de Joe Lally, le jeu tout en nuances de Brendan Canty, le batteur, l’émotion viscérale de la voix de Guy Picciotto couplée à celle rageuse d’un Ian McKaye tricoteur de riffs ciselés et déjà tellement plus subtils que la moyenne. Ce disque intéressera en premier lieu tous les fans de la première heure qui prendront un malin plaisir à voir toutes les différences notables entre les pierres originelles et les diamants définitifs. FUGAZI avait déjà tout pour devenir l’un des groupes punk-rock les plus passionnants au monde. Brendan, Joe, Guy et Ian l’ont ensuite prouvé en huit albums qui, de toute leur classe, n’ont jamais cessé de briller dans nos discothèques. Merci à eux ! (chRisA-dec2014)

HAMMERHEAD global depression (Learning Curve)
La
reformation en 2010 de cette légende du noise rock américain ayant fait les beaux jours du label Amphetamine Reptile Records dans les années 90 avait accouché d’un EP qui n’avait guère convaincu. Un peu plus de trois ans après, Global Depression a plutôt le mérite de remettre les pendules à l’heure. Poussés par la basse démentielle de Paul Erikson, le matraquage en règle de l’impressionnant batteur qu’est Jeff Mooridian et la guitare bulldozer de Paul Sanders, HAMMERHEAD nous rappelle que, dans le genre, on n’a pas vraiment fait mieux depuis. La face A de ce très beau vinyle transparent maculé de taches rouges nous livre trois brûlots assez expéditifs, ‘Like a Wizzard’ cristallisant merveilleusement l’ADN du trio. On sera un peu plus dubitatifs concernant la face B qui, sans être mauvaise, offre un peu moins de raisons de s’extasier. Le conclusif ‘Descended From Apes‘ et son rythme electro-dansant , s’il a le mérite d’ouvrir d’autres portes, manque quand même d’enfoncer le clou. Mais ne soyons pas bégueules car cet EP a de quoi rendre un peu marteau. Aussi il vous redonnera envie de réécouter les géniaux ‘Ethereal Killer’ (1993), ‘Into The Vortex’ (1994) et ‘Duh,The Big City’ (1996). (chRisA – nov2014)

OLD MAN GLOOM
the ape of god (Profound Lore)
Longtemps ce groupe ou ‘superband’ comprenant Aaron Turner (ISIS…), Nate Newton (CONVERGE/DOOMRIDERS), Caleb Scofield (CAVE IN… ) et Santos Montano aura déçu. Faute d’intellectualiser un projet musical expérimental voire intouchable, OLD MAN GLOOM en oubliait l’essentiel : écrire de bonnes chansons. La mise en écoute, il y a quelques mois, du titre ‘The Lash’ laissait pourtant entendre que l’album avait enfin la capacité d’être excitant. Rectification, ce huit titres est une ‘tuerie’ ! L’album le plus abouti. Celui dans lequel l’exigence avant-gardiste se marie à merveille avec cette brutalité primaire d’une puissance phénoménale. Celui où l’on peut passer aisément d’une plage harsh noise à un bon gros morceau direct et rentre-dedans à la ENTOMBED. La dimension électronique/synthétique se love subtilement aux riffs ultra-plombés pour leur donner un souffle supplémentaire et rarement usité. Les morceaux s’enchaînant bien, aucune digression ne vient cette fois perforer cette sombre toile sonore d’une richesse et d’une exigence exceptionnelles. A l’exception d’un dernier et (trop long) titre (‘Aarrows to Our Hearts’) manquant quelque peu sa cible, les sept autres pièces nous font dire qu’on tient là un album de metal des plus inventifs et jouissifs de 2014.  A l’heure où certains se paluchent tristement sur le revival thrash metal, The Ape of God porte en lui l’avenir des musiques extrêmes…mais accessibles. (chRisA –nov2014)

GODFLESH
a world lit only by fire (Avalanche Inc.)
Il y a quelques mois Decline and Fall avait rassuré tout le monde. Annonçant un retour probant, cet EP remettait la machine GODFLESH en marche. Comme au bon vieux temps d’un Streetcleaner unique et indémodable. Riffs implacables en avant, basse dominatrice façon Caterpillar, chant grave et incisif. Avec  A World Lit Only By Fire, le duo anglais assène une nouvelle démonstration qu’en matière de metal industriel, les dieux, ce sont eux. ‘New Dark Ages’ ouvre ce dix titres de la plus belle des manières. Tout y est.  Avec noirceur, agressivité, ruptures et puissance, GODFLESH use d’une formule qui pourra peut-être paraître éreintante sur la longueur mais qui a le mérite de ne rien céder comme terrain. La boîte à rythmes fait le boulot. Les samples ne masquent rien. L’approche chirurgicale et épurée n’en laisse pas moins la place à des arrangements efficaces qui attestent d’une clairvoyance et d’un savoir-faire d’experts. ‘Life Giver Life Taker’ accélère le tempo et laisse filtrer un chant tout en échos. ‘Obeyed’ est carrément jouissif quand, dans sa deuxième partie,  il libère toute sa force. Quand ‘Curse Us All’ sonne comme un morceau déjà entendu mille fois, les riffs tranchants de ‘Carrion’ se font helmetiens à souhait. ‘Imperator’ porte parfaitement son nom. Justin K. Broadrick et BC Green concluent avec le doomy ‘Forgive Our Fathers’ des plus rampants et inquiétants qui n’est pas sans évoquer les travaux du maître d’œuvre dans son projet JESU. Si vous n’avez jamais aimé GODFLESH dites-vous que le changement ce n’est pas pour maintenant. Pour tous les autres masochistes dont je fais partie, la messe n’a jamais autant été aussi bonne. (chRisA – oct2014)

THE HEALTHY BOY and THE BADASS MOTHERFUCKERS
dolce furia (Kythibong)

Adeptes du ‘pourquoi ferait-on long quand on peut faire court’, THE HEALTHY BOY and THE BADASS MOTHERFUCKERS ressortent du bois pour livrer un Ep 4 titres bien dans la veine de ‘Carne Farce Camisole’(2013) et ‘Tonnerre Vendanges’ (2010). L’alchimie entre la voix noire, la poésie grave (l’inverse marche aussi) de Benjamin Nérot et la dentelle musicale cousue main des gars de ZËRO n’en finit pas de nous plaire et nous toucher. Toujours plus classieux et raffinés, les titres (‘The Rule’, ‘Out of Way Guilt’) s’enveloppent de ces ambiances captivantes. Ils s’étirent  et jouent la carte de la retenue pour mieux laisser filtrer un jus émotionnel, véritable concentré d’images et de sentiments tourmentés. La face B ouvre sur ‘Down Below’, un bluesy rock crasseux direct et simple qui a le mérite d’envoyer une bonne décharge électrique avant que ‘Cold Blood’ nous prenne par la main pour une dernière belle ballade aux vertus oniriques des plus brumeuses. Si vous voulez embarquer sur le bateau de la pochette… D’album en album, le songwriting de cette formation ne cesse de se bonifier. Parsemé d’idées musicales lumineuses et gracieuses (10/10 pour ces notes délicates au clavier), Dolce Furia, certes plus dolce que furia, est de ces petits plaisirs courts mais précieux. (chRisA- oct2014)

BAPTISTS bloodmines (Southern Lord)
La sortie du premier album (Bushcraft) du quatuor de Vancouver nous avait scotchés l’année dernière plaçant d’emblée le combo dans la case ‘nouveaux chouchous’. L’effet de surprise évaporé,  BAPTISTS revient avec la même énergie et la même hargne biliaire pour un deuxième acte d’une efficacité redoutable. L’introductif ‘Chamber’ est le passeport inquiétant qui vous mènera à la mine et vous pouvez être sûr que les canadiens iront au charbon. A la rafale de morceaux courts, rapides et super intenses, Bloodmines se montre encore plus excitant quand il met le pied sur le frein. Dès lors la chanson éponyme, ‘Vistas’ et surtout le magistral ‘Calling’ décuplent la force punk metal hardcore aux réminiscences convergiennes qui coule dans les veines du groupe. Vicieux, brutaux, pénétrants, ces titres donnent cette profondeur de champ sonore qui garantit la qualité de l’impact à la sortie. Mené de mains de maître par le double de Ben Koller, à savoir l’impressionnant batteur qu’est Nick Yacyshyn et aussi par le chant agressif et viscéral d’Andrew Drury, Bloodmines confirme le talent d’un groupe qui a des choses à dire et qui trouvent les bonnes armes pour le faire. Toujours assistés par l’oreille d’un Kurt Ballou aux manettes, les BAPTISTS font leur trou et si on vous dit de sauter dedans…vous pouvez nous faire confiance. (chRisA – oct2014)

PARQUET COURTS
sunbathing animal (What's Your Rupture? / Mom & Pop / Rough Trade)

Pas le temps de laisser reposer la poussière entre les lattes, PARQUET COURTS pose ses albums comme un ouvrier de chez Quick-Step emboîterait des planches stratifiées. Toujours sous le charme des excellents Light Up Gold et Tally All The Things That You Broke sortis en 2013, ce troisième album enfonce le clou d’un style qui ne paie pas de mine mais qui fait qu’on aime l’écouter à tout moment de la journée, dans n’importe quelle circonstance. De là à écrire que les quatre new-yorkais font une musique passe partout…. Mais il y a suffisamment de simplicité, d’énergie, de mélodies, d’intelligence et de raffinement pour plaire à tout bon fan d’indie pop punk rock nerveux mais cool. Une recette qui, hormis l’harmonica sur ‘She’s rolling’, tient en deux guitares, une basse et une batterie parfaitement efficaces. Sans oublier bien sûr le chant d’Andrew Savage qui par son débit, sa frénésie ou sa nonchalance tire l’ensemble vers le haut. Même si PARQUET COURTS ne pourra encore échapper à la comparaison logique avec PAVEMENT (‘Dear Ramona’), Sunbathing Animal s’affirme comme un album moins bricolé, moins brouillon (moins slacker ?). Les compositions ont gagné en maturité, elles s’étirent avec plus de détermination, elles se gorgent souvent d’une tension plus maîtrisée, elles proposent plus de variations. Sur chaque titre, les idées du deuxième guitariste mettent le piquant nécessaire. Véritable électron libre, Austin Brown se la joue noisy à souhait ou soliste tout en mesure. D’ailleurs, tout est mieux contrôlé ici sans que cela ne donne l’impression d’être trop lisse. Les PARQUET COURTS, tout en peaufinant leur esthétique sonore, se donnent autant la liberté de taquiner les ROLLING STONES (‘Instant Disassembly’) que de livrer des brulôts garage (‘Sunbathing Animal’, ‘Black and White’). Ils revisitent avec brio un traditional (‘Ducking and Dodging’) avant de finir sur des notes plus mélancoliques (‘Raw Milk’ et ‘Into The Garden’). Le gang de Brooklyn n’est pas la comète qu’on croyait voir très vite disparaître dans le vide intersidéral du rock, il est là pour se positionner comme une valeur sûre et nul doute que leurs prochains albums seront tout aussi jouissifs. (chRisA- août2014)

                     

THE AFGHAN WHIGS
do to the beast (Sub Pop)


Qu’est-ce qui a bien pu pousser Greg Dulli à réanimer la bête depuis sa mise au placard en 2001 ? Il aurait tout aussi bien pu sortir ces dix nouvelles chansons avec les TWILIGHT SINGERS ou un autre de ses projets et collaborations ? Vingt-quatre ans (et autant de kilos en plus, nooon, j’suis méchant) après la sortie de Up In It sur le fameux label de Bruce Pavitt, voici une reformation qui pouvait effrayer d’autant plus que, du line-up originel, seul le bassiste John Curly a répondu présent. Nostalgiques ou pas, voici cinq bonnes raisons d’aimer ce disque qu’on pourrait déjà qualifier de ‘miraculeux’. 1) Toujours teinté de soul, de rhythm’ n blues, le rock alternatif de THE AFGHAN WHIGS conserve cette identité musicale qui lui est propre. 2) Les compositions mêlant piano, guitares, cordes et chœurs n’ont pas leurs pareilles. Particulièrement bien arrangées et produites, elles brillent d’une authenticité et d’une modernité impressionnantes. 3) Elles portent en elles le signe d’une ambition créative.  A la fois fiévreuse, intimiste et noire, elle se veut juste et cohérente. 4) Avec des titres passionnants et émouvants comme ‘Parked Outside’, ‘Matamoros’, ‘Algiers’, ‘The Lottery’ et ‘These Sticks’, l’album multiplie les temps forts. 5) Greg Dulli pète la forme et retrouve ces variations vocales qui font de lui ce chanteur inimitable. Si en plus vous enveloppez ces 40 minutes intenses d’un packaging au concept photographique réussi, vous vous dites avec certitude que ce nouvel album fera date et qu’il ne sera aucunement ridicule aux côtés des Up In It, Gentlemen, Black Love et 1965 qui n’ont cessé de tourner sur vos platines. La bête s’est réveillée et il faut toujours faire confiance aux vieilles carnes. (chRisA – août2014)

GODFLESH
decline and fall (Avalanche Inc.)
Les hauts fourneaux de Birmingham ont repris leur activité. Le retour de la légende ! GODFLESH est dans la place ! Véritable chantre du metal indus des nineties, le duo n’avait plus rien sorti depuis Hymns en 2001. Même si depuis 2009, il se produisait pour quelques concerts exceptionnels, Justin Broadrick, le chanteur-guitariste, était tout à ses projets, JESU en première ligne. Decline and Fall est un 4 titres qui se veut en quelque sorte l’amuse-bouche avant la sortie d’un LP (A World Lit Only By Fire) très attendu en septembre. Et quel appetizer ! Brutal, frontal, agressif et massif à souhait, cet EP rallume la flamme d’un style et d’un savoir-faire qui leur sont propres. Riffs de plomb, basse monstrueuse (aah la patte de GC Green !), paroles millimétrées et lapidaires, ‘Ringer’, ‘Dogbite’, ‘Playing With Fire’ et ‘Decline and Fall’ empruntent autant au passé qu’ils se projettent dans l’avenir avec cet esprit novateur. Appuyés par une boîte à rythmes inflexible méchamment mécanique, les morceaux imposent leur force dans toute leur splendeur. Ils pourraient apparaître comme des monolithes glaciaux mais certaines ouvertures donnent une ‘souplesse’ bienvenue et par conséquent des reliefs particulièrement intéressants. Certes, GODFLESH est cette machine à headbanger qu’on connaît presque par cœur mais, dans son implacabilité, elle est si conquérante dans l’impact sonore qu’elle reste inégalable. En heavy rotation depuis quelques semaines, Decline and Fall est de l’ordre du plaisir retrouvé (une bonne grosse madeleine moulée dans l’acier) qui témoigne de bien belles intentions. Le plat de résistance, vite ! (chRisA – juin2014)

THE SKULL DEFEKTS
dances in dreams of the known unknown (Thrill Jockey)

Avec un titre à coucher dehors et un visuel qui pourrait tenir du fameux test de Rorschach, nul doute que l’âmi Daniel Higgs (LUNGFISH, THE PUPILS…) est passé par là. Membre à part entière de la formation suédoise depuis deux albums, le poète errant et halluciné se fond à merveille dans le concept primitif de cette musique rock aux vertus chamaniques. Ses paroles (il ne chante que sur quelques titres cette fois, les fantastiques ‘Awaking Dream’ et ‘Cyborganisation’ en autres) en mode mantras n’en ont que plus d’effets. Chez les DFX, tout part du rythme. Le fondement essentiel. Puissant et clair, il tourne en boucles, encore et toujours, pour amener l’auditeur vers une sorte de transe mystique. Les motifs circulaires psychédéliques  s’emparent de son cortex et l’envoûtent jusqu’à danser à l’infini autour du feu sacré. Il est merveilleusement possédé. Dans ce vortex vibrant aux sons électroniques (l’obédience aux beats n’est jamais loin) et aux décharges noisy-rock (l’idée de faire crisser leurs grattes comme des tondeuses à gazon ayant été abandonnée, on les en remercie), le quintet use d’une formule presque simple qui fait mouche à chaque fois. Annoncé comme son album le plus accessible, le groupe se libère de ses velléités avant-gardistes pour chercher l’efficacité pure, de celle qui scotche par son pragmatisme machiavélique. Taillés comme des pierres précieuses aux reflets simples mais éblouissants, les dix titres peuvent se targuer d’avoir ce pouvoir hypnotique quasiment unique.  Du rock moderne aux rituels musicaux ancestraux et porté par une poésie élévatrice, voilà comment nous pourrions définir l’œuvre des DFX depuis 2005. Au risque de me faire fouetter en place publique, Dances in Dreams… est encore meilleur que Peer Amid dans la mesure où le groupe a gagné en concision, en cohésion et encore et toujours en EFFICACITE. L’album de la maturité ? Rangeons cette question  pour continuer à suivre les voix de ces maîtres suédois ! (chRisA – juin 2014)

OFF!
wasted years (Vice)
Jamais en standby depuis sa formation en 2009, la bande de Keith Morris enchaîne les albums à raison d’une production tous les deux ans et de quelques 7 ‘’ ici et là. L’album éponyme de 2012 n’avait pas retenu notre attention. Fadasse et sans doute trop rapidement ficelé, il contrastait sérieusement avec l’enthousiasmant First Four Eps. Autant dire que dans nos cœurs de punk-rockers, ce Wasted Years jouait gros. Toujours inspirés par BLACK FLAG, DEAD KENNEDYS et consorts, OFF ! revient avec une quantité de brûlots qui remettent les choses en place. Plus tranchants, plus longs (‘Hypnotized’ dépasse quand même les deux minutes), plans plus lents (‘It Didn’t Matter To Me’) et plus ‘heavy’ (‘Red White and Black’, ‘Legion of Evil’, ‘No Easy Escape’…), les titres se donnent les moyens d’être plus consistants, donc plus excitants. Une foule de minuscules détails et d’idées abouties font ici toute la différence entre une bonne injection de punk-hardcore old-school et une resucée sans saveur. La guitare de Dimitri Coats carbure à plein régime en se fendant même de quelques mini-soli (‘Void You Out’, ‘Death Trip On The Party Train’, ‘All I Can Grab’…) et de quelques breaks bien sentis. Keith Morris assure toujours autant au crachoir avec des textes très incisifs. L’album a été enregistré en trois jours pour insuffler cet esprit d’urgence nécessaire à l’exercice. Malgré une production un poil en dedans, le résultat est une vraie réussite. Pas un seul des 16 titres qui composent ce troisième album n’est à jeter. Emmené par son sadou fou de 59 ans, l’équipe est en forme et signe là peut-être son meilleur disque. (chRisA – juin2014)

WOVENHAND
refractory obdurate (Glitterhouse/Deathwish)

Pour être franc, même si The Laughing Stalk (2012) s’est révélé d’assez bonne facture, il n’a pas pour autant laissé de grandes traces. Il augurait pourtant de bonnes choses à venir. Deux ex-PLANES MISTAKEN FOR STARS / GIT SOME (Neil Keener à la basse et Chuck French à la guitare) venaient de rejoindre le groupe, les compositions sonnaient plus rock et David Eugene Edwards s’était remis debout pour jouer (détail très important !). Deux ans plus tard, toutes ces nouvelles énergies ont créé la synergie Refractory Obdurate. A la toute première écoute, il est clair que la volonté d’être plus bruyant et plus dense tout comme d’avoir plus d’impact est affichée. L’introductif ‘Corsicana Clip’ étonne par sa conclusion psychée. ‘Masonic Youth’, ‘Good Shepherd’, ‘Field of Hedon’ et ‘Hiss’, avec leurs riffs et leurs mélodies, marquent d’emblée ce tournant rock catchy assumé. ‘The Refractory’ et ‘King David’ combinent subtilement les couleurs néo-folk de la formation à l’électricité ambiante. ‘Salome’, ‘Obdurate Obscura’ et ‘El-Bow’, quant à eux, se réservent des niches plus intimistes grâce à leurs ambiances sombres et épiques (nappes synthétiques classieuses, tonalités arabisantes…) ; le tout baigné dans l’eau bénite des textes spirituels de son leader toujours aussi charismatique mais plus rocker ici que chamane. S’il est entendu que ce septième album est à ce jour l’album le plus amplifié du quatuor du Colorado, il apparaît aussi comme le mieux produit ; le travail de Sandford Parker (CORRECTIONS HOUSE entre autres) rendant parfaitement compte de l’identité de WOVENHAND. Grâce à une production toute en profondeur, légèreté et puissance, Parker est bien ici le cinquième homme de la bande. Jamais la mandoline de DEE n’avait été aussi bien mixée dans toute cette densité. Jamais les multiples arrangements n’avaient pu autant apporter aux compositions. L’équilibre des forces y est magistralement respecté et fait toute la différence de bout en bout. En durcissant le ton, WOVENHAND n’en avance pas moins vers d’autres terres promises qui relèguent son chef-d’œuvre Mosaic (2006) à une autre époque. Le nouveau (et très bon) testament s’appelle Refractory Obdurate ! (chRisA – mai2014)

ROOM 204
maximum végétation (Kythibong)

Ca nous est venu comme ça. On s’est dit qu’il n’y avait peut-être personne d’autre plus à même de nous parler du quatrième album des infatigables nantais que leurs voisins. En route donc pour le Center Parc de Kythibong/Erdre là où, durant toute l’interview, les zoiseaux n’ont cessé de gazouiller…tout comme sur la galette d’ailleurs. « Maximum Végétation, non mais cette fois y zont trop fumé ou quoi ? » s’interroge Didier, résident du bungalow juste en face de la fameuse chambrée. « J’ai l’impression que ça les a sacrément excités. Faut voir le barouf qu’y zont fait. Y zétaient pas assez de deux que les v’là à trois maintenant. Deux guitares ! Ben voyons… J’ai bien failli rentrer sur Paris… » « J’y connais rien en rock mais vous ne trouvez pas que ce qu’y jouent c’est du hard-rock ? » intervient Jeanine, locataire de la chambre 210. « Ca riffe dur comme dirait mon fils. Pourtant y zont pas l’air de porter des pantalons en cuir ni de vestes à clous… » «N’importe quoi ! Moi, j’y entends des chansons d’amour.» dit Benoît, préposé au service entretien. « Y a p’t-être pas de textes mais quand on est aussi généreux c’est qu’on est forcément amoureux, non ? Quand, tous les jours, je passais devant leur chambre, leur putain de musique me filait la patate. » « Bah moi, elle me filait de sacrés maux de crâne, pire qu’un tableau de calculs d’Einstein. Faut avoir quelle formation pour comprendre ce qu’y jouent ? » surenchérit Roger, le voisin au 203. « Le batteur, c’est un fou, il n’arrête jamais et puis les autres, bah c’est pareil. C’est dingue…et y a des gens qui achètent ça ? Pour moi, c’est du bruit un point c’est tout…enfin, c’est du bruit avec euuuuh comment dire, avec de l’ordre dedans quand même, vous voyez ? » « Vous pouvez bien penser ce que vous voulez, quand je leur livrais des pizzas et des bouteilles de rouge...s’exprime Marina…ils m’invitaient à écouter et j’trouvais ça cool. Je kiffe vachement ‘En dix-neuf cent trente et un’, ‘Population des cocotiers’ et puis ‘Fleur de toundra’. Y a aussi le génial ‘L’heure d’été’ et puis aussi ‘Non cartographié.’ Ah, j’allais oublier ‘Dépression herbeuse’, c’est moi qui l’ai trouvé le titre…hihihihi. ‘Six à dix’ est trop mortel tout comme ‘Biocorridor’, ‘Maquis impénétrable’, ‘Tropical extrême désert’ et ‘Trame verte’. Après je ne sais pas ce que ça donne sur disque mais j’peux vous dire que ça envoie grave. Et tout ça, sans s’prendre la tête. Y zont plein d’humour les mignons… Et vous pensez quoi de mon dessin pour la pochette ? » Comme vous le voyez, les ROOM 204 n’ont pas laissé leur voisinage indifférent. Quant à nous, baaah on adore ! Tout pareil que Marina, na ! (chRisA – mai2014)

PIANO CHAT
lands (Kythibong)
« Hello Kittybong, D’ordinaire, s’ils ne sont pas blancs et roses, les chats n’ont guère mes faveurs. Je leur préfère leurs ennemis canidés mais il faut reconnaître que celui de Marceau Boré a quelque chose de séduisant et d’attachant, surtout quand il met ses pattes dans ces peintures colorées  et sombres, il arrive vraiment à faire de jolies esquisses. Il sait très bien se servir de sa queue pour peaufiner l’ensemble comme il sait aussi sortir ses griffes pour affirmer son caractère et ses humeurs. Un chat est, par nature, imprévisible et très indépendant. Il fait ce qu’il veut quand il veut. Il se veut libre et surtout hors de toute cage. S’il est parfois pataud il n’est pas paresseux. Du genre électrique, il a toujours une idée derrière la tête. Je crois qu’il aime bien explorer et il me semble que c’est pourquoi ses terres sont vastes. Il ne perd pas son temps à faire pipi pour marquer obstinément le même territoire. Ce chat a faim mais il joue plus avec les souris et les oiseaux qu’il ne les mange. D’ailleurs on les entend dans ‘Ouverture’. Il n’est jamais méchant. Il n’est ni triste ni joyeux. Il est jeune mais jamais fou. Courageux tout au plus mais parfois timide aussi. Tout félin qu’il est, le soir, il me fait craquer avec ses ronronnements et ses miaulements synthétiques. Boule de poils, il se fait doux et tendre quand il se love dans les mélodies sucrées de la nuit. Une véritable chaufferette  lorsque j’ai trop froid et trop peur derrière les volets esquintés de ma chambre. Il a toujours le sens du rythme pour calmer mes accélérations cardiaques ou pour me faire danser tout en frappant dans mes mains. C’est peut-être son côté pop moderne qui me plaît le plus chez lui… Je préfère quand il chante en français parce que je comprends au moins ce qu’il a sur le cœur. ‘Julia’ me donne souvent envie de pleurer mais je sais au fond que cette chanson me donne de la force, un peu comme ‘Nous Irons Nous Promener’. D’ailleurs, je retourne en ‘Forest’ pour poster cette lettre, yeah yeah yeah.  Mon cher Kittybong, le chat que tu héberges depuis quelque temps est vraiment trop bizarre. Spécial et unique à souhait je dirais. Y a pas que le rose et le blanc dans la vie. » (chRisA – avril2014)

GALLON DRUNK the soul of the hour (Clouds Hill)
Et si GALLON DRUNK était ‘Sexy Demain’ ? La bonne plaisanterie me direz-vous ? Le retour aux affaires des londoniens en 2012 avec The Road Gets Darker From Here nous avait déjà mis la puce à l’oreille. Dans la foulée, leur tournée nous avait facilement convaincu mais il était presque impensable que, deux ans plus tard, ce nouvel album (le neuvième !) nous saisisse carrément à la gorge. Enregistrés une nouvelle fois au Clouds Hill studio de Hambourg dans des conditions live (on a vraiment l’impression ici d’être assis entre la batterie et les amplis), les sept titres surprennent d’abord par leur intensité et leur authenticité. Aucune fioriture. Un son rêche et brut. Une rugosité et férocité des notes. D’autre part, en étirant les formats, le groupe ne se formalise pas. Et quand il entame ce disque avec un ‘Before The Fire’ captivant tout au long de ses neuf minutes, l’auditeur se doute qu’il se trame bien quelque chose. Dès cette longue intro, The Soul of the Hour sonne comme un nouveau départ. Jamais, sur la longueur, les titres de GALLON DRUNK ont eu ce pouvoir envoûtant et électrisant. Chaque chanson est une déclaration d’intention. Nulle n’a comme autre mot d’ordre que de concrétiser des ambitions électriques. La voix et la guitare de James Johnston sonnent au plus juste, la frappe jazzy-rock de Ian White est ravageuse, les incursions façon brass band de Terry Edward sont incisives, le jeu de basse de Leo Kurunis, le p’tit nouveau, apporte du sang neuf et les parties de piano mettent de la profondeur. Bien dosé, bien équilibré sans que cela ne relève du calcul, l’ensemble alternant passages calmes et furibards, impressionne de par la qualité et l’impact du contenu. GALLON DRUNK s’émancipe de l’étiquette rock blues crasseux qu’on lui a si souvent collée pour amener ses compositions déjà si particulières sur d’autres steppes narratives. Excitant et hypnotique sont les deux adjectifs qui conviennent le mieux à ces passages instrumentaux jamais trop longs. Des montées jusqu’aux points culminants, le groupe déploie des forces quasiment insoupçonnées. The Soul of the Hour ou l’énergie revigorée et la passion indestructible. A la bonne heure, question d’âme ! (chRisA – mars2014)

THE UNSEMBLE
s/t (Ipecac)
" Tous unsembles, tous unsembles, hey, hey ! »  C’est avec ce cri de guerre que Duane Denison (TOMAHAWK, THE JESUS LIZARD), Alexander Hacke (EINSTURZENDE NEUBAUTEN) et Brian Kotzur (SILVER JEWS) ont réuni leurs forces de vieux briscards pour monter ce projet expérimental. Quinze instrumentaux enregistrés en deux semaines dans un studio de Nashville, Tennessee (là où Duane habite) pour un premier album fort attrayant. Deux tendances se dégagent de ce disque. D’un côté, une petite collection de morceaux improvisés (intitulés Improv 1, 2, 3 etc.) essaimés ici et là. Explorations sonores avec une approche free sous contrôle tout de même. Assurément pas la partie la plus intéressante. De l’autre, des compositions subtilement pensées faisant appel à plein de genres différents. Très accessibles et inspirées, elles développent une dimension hautement cinématographique (Mike Patton a dû être très vite convaincu). En effet, pour leurs durées (assez courtes) et les ambiances qu’elles soulèvent, on les imagine parfaitement s’incruster dans le cadre de scènes étonnantes et mystérieuses. Difficile de trouver le fil directeur de ces créations tellement elles sont variées mais elles sont le fruit de visions très originales, et ce malgré une instrumentation (guitare, basse, batterie, keyboards, electronics…) assez simple. Derrière l’aspect très iconoclaste de ce disque, le trio, en repoussant toute idée d’intellectualisation prétentieuse, exprime un vrai plaisir à élaborer ces fragments d’univers. Free art rock rafraîchissant et passionnant qui, on l’espère, connaîtra une suite. (chRisA – mars2014)

MARK LANEGAN
has God seen my shadow? (an anthology 1989-2011) (Light In The Attic)


A presque cinquante ans (l’homme est né le 25 novembre 1964) et trente ans de carrière (il commença avec THE SCREAMING TREES en 1985), pour la première fois, Mark Lanegan se voit consacrer une anthologie par Light In The Attic, le label de Seattle spécialisé en rééditions et compilations. Juste retour des choses pour l’enfant du pays qui a tant apporté à la scène locale. Contrairement à beaucoup d’artistes, Mark Lanegan n’aura pas attendu la fin des SCREAMING TREES (2000) pour entamer une carrière solo. Très tôt, inspiré par des hommes de la veine de Jeffrey Lee Pierce, il manifeste le désir d’avoir son propre lieu de rencontres pour parler, les yeux dans les yeux, à ses démons. Paquets de cigarettes, bouteilles de whisky et chansons minimalistes sur la table, ce stakhanoviste de la folk song noire leur en a taillé des bavettes. Et comme l’excellent Blues Funeral sorti en 2012 en témoigne, ces échanges ne sont pas près de s’interrompre. Le recueil qui nous intéresse ici balaye donc en vingt titres vingt-deux ans d’écriture et d’albums tous aussi bons les uns que les autres (qui a dit indispensables ?). En piochant deux ou trois chansons dans chacun d’eux (exception faite aux cinq titres extraits de Field Songs), le label synthétise la quintessence même des obsessions du bonhomme. Sans suivre un ordre chronologique, cette compilation brasse judicieusement les époques (Sub Pop, Beggars Banquet), les enregistrements et les expériences et, chose remarquable, elle se montre cohérente de bout en bout. Elle forme un tout superbe avec pour fil conducteur cette mélancolie et ce spleen de velours inhérents au personnage. Ballades, chansons folk, blues ou country aux arrangements raffinés, elles se consument toutes en dégageant des volutes simples mais riches car subtiles. Songwriter exigeant et sachant toujours très bien s’entourer (jetez un œil à la liste d’amis musiciens qui l’accompagnent), Mark Lanegan habite ses histoires et sa poésie sombre de sa voix de baryton comme de son physique mi-homme mi- ombre. Sa pudeur, sa délicatesse et ses émotions pures servent des chansons musicalement au diapason. Perles après perles, sans que le moindre signe d’ennui s’installe, l’auditeur les enfilent tout en suivant les paroles manuscrites et tout en regardant les photos rares (de Charles Petterson entre autres) des 44 pages du très beau livret noir et rouge. En ce qui concernent les douze titres inédits (les vrais fans ne se laisseront pas dupés…), ils prolongent un plaisir qu’on aimerait sans fin même s’ils sont parfois dispensables (‘Following The Rain’ à cause du son) ou anecdotiques (la version live de ‘Blues Run The Game’ que le musicien plante involontairement au bout d’une bonne minute avant de la rejouer comme il se doit). On leur préférera les magnifiques ‘Leaving New River Blues’, ‘Sympathy’, ‘Blues for D’, ‘No Constestar’ et encore ‘Halcyon Daze’ pour ne citer qu’elles. Dans le sillage de ce que le natif d’Ellensburg, Washington a toujours composé, elles scintillent d’une beauté désarmante et si touchante qu’elles peuvent parler au plus grand nombre. Le talent du bluesman. On pourra toujours regretter que cette anthologie n’inclut aucun morceau issu de ses collaborations majeures (notamment celles avec Isobel Campbell et Greg Dulli) mais gageons que cet autre volet important de l’artiste soit, un jour, pris en compte par ce même label. On pourra alors être sûrs que Mark Lanegan et Matt Sullivan (fondateur de Light In The Attic) compileront, comme ici, un recueil de très grande classe. En attendant, que Dieu se garde bien de laisser tranquille l’ombre de cet immense artiste ! (chRisA – fév2014)

THE BIG UPS
eighteen hours of static (Tough Love)


Lorgner sur les nineties est très à la mode (normal, quand on sait que ce fut une bien belle époque musicale). C’est donc dans cette direction que ce jeune groupe de Brooklyn a décidé de tracer son chemin avec un post-hardcore hargneux plein d’une fraîcheur qui saute immédiatement aux oreilles. Avec des morceaux (d’une durée de deux minutes en moyenne) cousus d’idées simples, variées et ultra-efficaces, le quatuor remplit à merveille le cahier des charges pour prétendre être les humbles héritiers d’une clique pouvant aller de FUGAZI, QUICKSAND, NATIVE NOD, THE JESUS LIZARD en passant par les DESCENDENTS et plus récemment PISSED JEANS. Les nombreuses influences punk-hardcore amènent le groupe sur un terrain urgent sans être dépourvu de réflexion (les paroles abordent des sujets de société et problèmes existentiels). Enregistrés en trois jours, la réussite des onze titres tient en quatre points. Outre leur concision et leur force d’impact, l’unique guitare précise et curieuse s’associe à un chant rageur et plein d’émotions (on n’ira pas jusqu’à dire qu’il prend des accents ‘emo’ mais…) Avec sa voix claire ou éraillée, Joe Galarraga, le frontman, parle, murmure, s’impose, hurle, se fait discret, le tout avec un charisme très convaincant. Tête pensante à bout soufré, il se tient à distance ou se frotte en permanence au grattoir musical de ses trois compères. Autant que les instruments, son chant a la capacité de maintenir la tension dans cette zone incandescente qui procure énormément de plaisirs. Album explosif aux brûlots immédiats (dont on ne se lasse pas rapidement), Eighteen Hours Of Static est une sacrée belle découverte qui ranime des feux qu’on aimerait entendre crépiter plus souvent. Fougueux, jeune et instruit, ce groupe au nom plein d’encouragements ne devrait pas rester dans l’anonymat bien longtemps. (chRisA - fév2014)

THEE SILVER MT.ZION fuck off get free we pour light on everything (Constellation)

Outre le fait de partager quelques musiciens, GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR et THEE SILVER MT.ZION ont beaucoup d’autres points communs dont celui notamment de prendre le temps de faire les choses et de sortir des albums quand bon leur semble. Les collectifs jouissent d’une liberté et d’une indépendance non négociables. Quatre ans après Kollaps Tradixionales, le côté pile de GYBE résonne à nouveau sur la table d’une passion et d’un engagement indéboulonnables. Il n’y a qu’à entendre ces six nouveaux titres pour ressentir toute la force et la sensibilité d’un groupe qui, s’il n’a toujours pas opté pour des titres courts, a d’abord décidé de se recentrer autour de cinq musiciens (une guitare, une contrebasse, une batterie et deux violons) et ensuite de proposer, pour la première fois, des morceaux chantés. Des intentions nouvelles pour un quintet qui d’emblée met beaucoup d’énergie. Les trois premiers morceaux dont les excellents ‘Austerity Blues’ et ‘Take Away These Early Grave Blues’ avec sa ritournelle aux accents asiatiques, libèrent une intensité captivante. En cœur, le collectif, en plus d’élever le niveau sonore, donne de la voix comme si, pour une fois, il était encore plus important de se faire entendre. Saturations, distorsions…comme le dit Efrim Menuck, la tête pensante « This is our punk-rock ! ». Les longs morceaux sont souvent coupés en deux parties assez distinctes, ce qui fait que, à aucun moment, l’intérêt ne fléchit. En tout cas, si le mot ‘blues’ apparaît deux fois dans les titres de chansons, c’est plus du côté de la complainte qu’il faut le percevoir car musicalement, on en est loin. A partir de ‘Little Ones Run’ et pour les deux derniers titres, le groupe, intelligemment, laisse un peu retomber la pression pour des ‘ballades’ très marquantes. La valse électrique qu’est ‘What We Love Was Not Enough’ nous transperce d’émotions, dommage que le chant geignard voire maniéré d’Efrim vienne un peu gâcher la fin de la chanson. Quant à ‘Rains Thru The Roof At The Grande Ballroom’ et son ambiance céleste, elle finit de jeter un voile clair-obscur sur cet album. Car, à bien écouter les paroles, on comprend que le message ‘politique’ de ce collectif tient autant du désespoir que de son contraire. La pochette et le titre de ce disque ne sous-entendent-ils pas que ces musiciens-activistes sont les garants d’une lueur, d’une lumière qui, même si elles sont celles de bougies, peuvent avoir la force d’éblouir et de guider ? Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything est de ces albums qui se dressent pour exister et briller dans l’obscurité de nos mondes. Let there be light… (chRisA – fév2014)


GIRLS AGAINST BOYS
the ghost list (Epitonic)
Et sur cette liste fantôme réapparaissent les GVSB ! Plus de onze ans après You Can’t Fight What You Can’t See (sorti en France chez Vicious Circle), les new yorkais se la jouent comme CHOKEBORE. Quoi de plus normal que de mettre un petit peu de sang frais dans l’huile du moteur pour quelques tournées (alimentaires…et alors ?). A l’instar de Falls Best, The Ghost List se décline aussi en cinq nouveaux titres. Cinq bonnes façons de nous rappeler combien ce quatuor a marqué les années 90 de son indie rock original. Bien entendu, il ne s’agirait pas de décevoir le fan un brin nostalgique, tous les gimmicks sont présents : rythmique claire et puissante avec ces basses vrombissantes, ses claviers inventifs, ses chœurs poppy et son chant façon Martini on the rocks avec l’olive en travers de la gorge. Les garçons ne peuvent pas tricher avec leur ADN, tout (ou presque) sonne ici comme du ‘classic GVSB’. ‘It’s a Diamond Life’ et ’60 is Greater than 15’ peuvent d’ores et déjà s’ajouter à leur longue liste de ‘tubes’. Bonne ruade aussi sur ‘Fade Out’ qui accélère un peu le tempo. ‘Let’s Get Killed’ se distingue par sa mélodie immédiatement accrocheuse mais franchement putassière. A éviter, surtout en ces temps de gastro. On préfère nettement le ténébreux et lent ‘Kick’, un titre très abouti sur lequel une rythmique à la MASSIVE ATTACK (période Mezzanine) s’étire langoureusement avec, au premier plan, la voix traînante et amèrement réaliste de Scott Mc Cloud sur fond de quelques notes d’un xylophone faussement naïf. Superbes contrastes remplis de saturations noires pour une chanson qui sort du lot même si elle ne dépareillerait pas à ‘Glazed-Eye’ entre autres. Bref, le rapport est simple à établir : les GVSB n’ont pas raté leur retour. Cet Ep confirme que les vieux ont, comme souvent, de la ressource et que, dans dix ans encore, à la première note de basse, on reconnaîtra immédiatement le groupe. Sans vouloir donner dans le jeunisme ni chambouler les lois de base de la génétique, les GVSB se font plaisir en continuant à partager un savoir-faire jamais démenti. Cependant, ne nous voilons pas la face (ni les oreilles), à l’écoute d’un tel disque, comme tant d’autres groupes, l’auditeur ne peut pas ne pas ressentir un certain embarras persuadé qu’il est que les grandes heures de ce groupe sont révolues et qu’il ne fera jamais mieux qu’un Venus Luxure n°1 Baby, Cruise Yourself ou House of GVSB. Le plaisir en proie au temps qui passe et au conservatisme rassurant ? Bon allez, ne tergiversons pas plus sinon l’envie va s’estomper… (chRisA – jan2014)

DETROIT
horizons
L’artiste est de retour. Derrière son micro et sa guitare. Avec sa plume parfumée de poussière, à la  couleur charbon. Bertrand Cantat revoit la lumière. A ses côtés, Pascal Humbert (PASSION FODDER, 16 HORSEPOWER, WOVEN HAND…), un fidèle ami qui tient la basse ou la contrebasse et Bruno Green (SANTA CRUZ) qui, en plus de l’enregistrement, s’occupe des claviers et autres programmations. DETROIT est un projet à la croisée de la chanson française, de la dark folk et du rock. Un bras de mer charriant des années de troubles et de silence. Si le style est immédiatement reconnaissable, d’emblée, c’est la sobriété musicale qui surprend et glace. Dans une veine intimiste qui, souvent, ne fait converger que guitare, contrebasse et cordes au centre des douces mélodies, ce sont d’abord les textes qui occupent l’espace. Poésie noire, tranchante aux relents amers et mélancoliques. Sans prendre des airs d’exutoire ou les formes d’une quelconque séance d’exorcisme, les paroles voguent sur un passé aux plaies difficilement cicatrisables. Les fantômes dansent parfois (‘Ma Muse’, ‘Ange de Désolation’) comme des ombres embarrassantes. Mais dans ce clair-obscur assumé, inhérent aux états d’âme du chanteur, un désir de lumière se fait pressant. Comme une volonté de chercher un point de fuite, DETROIT dessine de nouvelles lignes, symboles de renouveau et quelque part d’espoir (‘Droit dans le Soleil’ (voir VIDEOS), ‘Horizon’…) Dans une mise à nu pudique, la simplicité ici est un leitmotiv. Et la subtilité des arrangements un gage d’exigence. A force de ruminer, rien ne pouvait être laissé au hasard pour le meilleur et le moins bon (la rime forcée et lourde de ‘Ma Muse’, la mélodie très facile de ‘Le Creux de ta Main’, la pas très convaincante reprise façon ‘electro’ de ‘Avec le Temps’ du maître). Cantat a les qualités de ses défauts mais il signe avec ses compères une résurrection touchante et marquante à plus d’un titre. Si sur deux chansons (‘Le Creux de ta Main’ et ‘Null and Void’) il y a des réminiscences  NOIR DEZ qui raviront les plus nostalgiques, l’artiste livre un album des plus personnels et des plus cohérents. DETROIT s’est fixé un cap en menant sa musique sur des rives fertile où le talent de son navigateur naturellement continuera de briller. (chRisA –jan2014)

CORRECTIONS HOUSE
last city zero (Neurot Recordings)
L’organisation terroriste avait beau se cacher sous des cagoules et derrière des masques, depuis la sortie de leur single ‘Hoax The System’, il était évident qu’on allait avoir affaire à l’explosion d’un super collectif. Mike IX Williams (EYEHATEGOD), Scott Kelly (NEUROSIS), Bruce Lamont (YAKUZA) et Sandford Parker (MINSK) se sont réunis pour donner corps à l’un des groupuscules les plus détonants de l’année. La matraque bien en main, le verbe haut et une colère affûtée sur la meule de leur metal sombre, les quatre américains ne prennent pas de gants et franchement, c’est bien la première fois qu’une interpellation musclée et coercitive nous fait autant plaisir. Aussi efficace qu’un Taser nouvelle génération, Last City Zero est une décharge qui se nourrit de tellement de courants qu’elle immobilise le quidam de son audace brutale. Mélangez indus, noise, doom, ambient, metal et spoken words façon Bukowski et vous imaginerez un peu mieux le résultat de cette fission improbable. L’album croule sous les couches sonores d’un expert (S.Parker) de l’extrême. Le metal fusionne avec les assauts d’un saxophone démoniaque mais contrôlé par Bruce Lamont. Les excellents coups de boutoir ( ‘Bullets and Graves’ et ‘Dirt Poor and Mentally Ill’) laissent la place à des plages de poésie apocalyptique lue par un Mike IX Williams à la langue tranchante comme un rasoir (‘Last City Zero’) ou bien par une envolée dark-folk venue de nulle part (‘Run Through The Night’) fredonnée par un Scott Kelly transformé en chevalier des ténèbres. CORRECTIONS HOUSE est bien une machine brutale, telle le produit de notre époque. Elle se donne aussi cette capacité à associer la force physique à celle de l’intellect pour être cet organisme subversif, corrosif et génialement provocateur. La matière suintant de ces huit titres est forcément noire et sale mais elle se veut être la composante première d’un état d’esprit politique (‘Serve or Survive’). Last City Zero est une déclaration, une réaction, une invitation à la réflexion construite qui libère cette envie avant-gardiste de faire bouger les lignes pour être l’assurance d’une vraie expérience. Au nom d’un collectif surpuissant, cohérent au discours substantiel, les quatre combattants ont saisi LA formule qui fait ressortir le talent de chacun dans son domaine respectif. Si on pouvait toujours dire ça de tous les all-star bands… Avis aux amoureux des maisons de redressement ! Une formation à découvrir de toute urgence. (chRisA – déc2013)

RUSSIAN CIRCLES
memorial (Sargent House)

Hasard du calendrier. Sans doute les deux meilleurs groupes de post-metal instrumental viennent de sortir leurs derniers albums à quinze jours d’intervalle.  Au très convaincant Forever Becoming de PELICAN (lire la chronique sur cette page), les RUSSIAN CIRCLES répondent par ce Memorial très inspiré. Loin de se tirer la bourre (les groupes sont amis), les deux formations prouvent qu’elles peuvent évoluer dans un registre musical très proche sans offrir les mêmes plaisirs. Bon signe, à chaque nouvelle production on a l’impression de tenir là l’album le plus abouti du trio emmené par le bassiste-claviériste Brian Cook (BOTCH, THESE ARMS ARE SNAKES…). Si en 2011 Empros affichait une couleur sanguine plus forte et plus brute que sur Geneva, Memorial, lui, se distingue par la hauteur qu’il se donne. A l’image de la photo prise d’avion qui illustre ces huit titres, le groupe leur a donné une dimension très aérienne presque atmosphérique. D’un bleu foncé auquel se mêle un blanc glacial, la pochette est au diapason de l’ambiance recherchée. Très au-dessus du sol, les compositions flottent à haute altitude. Légères et ‘symphoniques’, elles flirtent parfois avec un climat d’apesanteur. Cependant la part sombre de cet espace n’est jamais sans s’immiscer dans les magnifiques nappes mélodiques suspendues dans l’air. Le mystère des ténèbres (avec les riffs qu’il faut) ont voix aux chapitres. De l’introductif ‘Memoriam’ au titre éponyme conclusif chanté par la troublante CHELSEA WOLFE, les pièces musicales sont reliées entre elles par un fil conducteur d’où la grande cohérence et le sentiment d’unité de cet album. Inutile de mettre une composition plus en avant qu’une autre dans la mesure où, pour la beauté du ‘voyage’, elles font corps. Memorial a quelque chose de l’expérience qui est aussi courte (37 minutes) que fantastique. En allant encore plus à l’essentiel que d’habitude, le trio semble s’être davantage concentré sur l’ampleur épique déployée ici. Hautement émotionnelle, elle dégage une vaste gamme de sensations qui ravira les âmes sensibles et aventureuses. Album après album, toujours appuyés par l’excellente production de Brandon Curtis, les RUSSIAN CIRCLES peaufinent leur art des montées et des spirales avec un raffinement épatant. Une énergie merveilleusement dramatique au service d’une poésie musicale toujours plus contemplative. (chRisA – nov2013)
'Deficit' est en écoute ici > https://soundcloud.com/sargent-house/russian-circles-deficit

PELICAN
forever becoming (Southern Lord)
L’année dernière, avec l’impeccable Ataraxia/Taraxis, le quatuor post-metallique de Chicago avait prouvé deux choses : un, qu’après le raté What We All Come To Need de 2009, il était possible de faire court (quatre titres) sans créer de frustration ni d’ennui, bien au contraire…comme on dit, les instrus les meilleurs sont souvent les plus courts. Deux, que l’animal s’était refait la cerise en repensant ses compositions en termes d’intensité. Fort de cette nouvelle dynamique, le groupe sort aujourd’hui un cinquième album qui s’avère être encore un bon cru. Malgré le départ du guitariste fondateur Laurent Schroeder-Lebec remplacé par Dallas Thomas (THE SWAN KING –des plumes toujours des plumes…), le metal instrumental de PELICAN reste solide sur ses bases et il ne surprendra personne. Il n’empêche que l’introductif ‘Terminal’ saisit par sa beauté et sa gravité. Forever Becoming est une méditation sur l’acceptation de la mort, et sa place dans le cycle éternel (l’album étant dédié à un membre de la famille du guitariste Trevor Shelley de Brauw). Gicle ensuite le rapide et mélodique ‘Deny The Absolute’. Exécuté avec plein de convictions, le titre s’impose comme une belle réussite grâce à son finish haletant. Nouveau contraste bien opéré avec ‘The Tundra’ qui lui met quelques centaines de kilos dans ses riffs. Larry Herweg fait claquer à merveille ses cymbales Paiste. C’est à ce moment-là que l’auditeur constate combien la batterie et la basse ont gagné en puissance, dynamisme et richesse de jeu depuis quelques années. Compositions aux multiples tiroirs, ‘Immutable Dusk’ et 'Threnody’ laissent échapper quelques sonorités acoustiques qui se fondent parfaitement aux décors musicaux tendus par le groupe. Sans jamais perdre le fil de son ‘style narratif’, il se montre inspiré et plus efficace dans les ponts qu’il construit, dans l’alternance des mouvements qu’il active. Si ‘The Cliff’ est sans doute le maillon faible de ce 8 titres, PELICAN conclut génialement avec un ‘Vestiges’ généreux, ouvertement lumineux, sûr de lui et un ‘Perpetual Dawn’ tout en humilité et en sérénité (son interlude évoquant une montée vers les cieux). L’accomplissement du cycle. A cela s’ajoute un excellent enregistrement de Chris Common (CHELSEA WOLFE, THESE ARMS ARE SNAKES…) qui connaît bien le groupe et aussi un magnifique collage en guise d’artwork signé Stephen O’Malley. Bref, ce Forever Becoming, vous l’aurez bien compris, n’a rien du chant du cygne. Sans se réinventer depuis 2003 PELICAN poursuit son chemin et réussit encore une fois à nous clouer le bec. (chRisA – oct2013)

VISTA CHINO
peace (Napalm)
Nul ne peut contester qu’au cours des années 90 KYUSS a magistralement marqué l’histoire du desert rock plus communément appelé ‘stoner rock’. Les albums du quatuor (Blues For The Red Sun et Sky Valley) sont devenus cultes après sa séparation, on connaît l’histoire… Chaque membre de la formation originelle a ensuite suivi son chemin. Pour faire court, John Garcia a poussé la chansonnette pour SLOW BURN, UNIDA, HERMANO… tandis que Brant Bjork a cogné les futs pour FU MANCHU avant de lancer, sous son nom, son propre projet. Nick Oliveri et Josh Homme, quant à eux, ont monté QUEENS OF THE STONE AGE. Pas de traversée du désert pour aucun d’entre eux même si chacun a connu des fortunes diverses. Suivant la grande mode musicale du ‘et si on remettait ça ?’ John, Brant et Nick n’ont pas tergiversé longtemps pour déterrer, il y a trois ans, les ossements de leur progéniture. Le zombie s’appelait KYUSS LIVES ! Sauf que Josh Homme et Scott Reeder (le remplaçant de Nick après Blues For The Red Sun) n’ont pas vu cette reformation et notamment l’utilisation du nom d’un bon œil. Après moult chamailleries juridiques, les trois mercenaires se sont vus obligés de changer de nom. Le désert, l’autre univers impitoyable… VISTA CHINO est né. Le nouveau feuilleton de la série s’intitule Peace, premier album qui voit Brant Bjork et le guitariste belge Bruno Fevery comme têtes pensantes de la bête ; John Garcia n’ayant lui apporté que textes et mélodies. Allait-on assister à une pale et indigne copie de ce que KYUSS a pu accoucher à Palm Desert, Californie, il y a vingt ans ? Le risque était énorme…mais non ! Pour une fois, on ne maudira pas ces reformations malhonnêtes qui souillent les légendes. Première surprise : le son, le grain de guitare, l’accordage de Fevery, certes proches de celui de Josh Homme mais parfaitement dans l’esprit desert rock. Deuxième surprise : l’alchimie étonnante entre le batteur et le guitariste pour composer des titres très aboutis. Un vrai voyage dans une veine heavy rock, boogie rock et surtout blues. Le jeu instinctif et spontané de Fevery est d’une qualité sidérante. Dans ses riffs et solos, il illumine les treize morceaux (chopez la version avec les deux bonus tracks !) qu’ils sonnent comme un jam (‘Dark And Lovely’, ‘The Gambling Moose’), qu’ils soient plus épiques (‘Dargona Dragona’, ‘Planets 1 & 2) ou qu’ils soient plus directs et catchy (‘Adara’, ‘Barcelonian’). A cela vient s’ajouter le talent d’un John-The Voice-Garcia pour plaquer des mélodies dont il est le seul à maîtriser. Avec l’âge et un naturel époustouflant, l’homme arrive toujours à atteindre une multitude de registres (le très haut perché ‘Sweet Remain’) et à varier de timbres pour apporter les émotions qu’il faut. Enregistré dans le propre studio de Brant Bjork à Joshua Tree, Peace joue en permanence sur les lumières et les ambiances ; ce qui donne une palette de couleurs et d’humeurs riches en intensité et en grooves. Véritablement une heure de plaisirs. Parmi eux, celui de retrouver un son, un esprit, un souffle après tant d’années (et Dieu sait si les imitateurs ont toujours été plus maladroits…). Car franchement on n’avait pas entendu ça depuis la fin de KUYSS. Mais là où la nostalgie n’agit pas comme seul moteur, l’auditeur sera surpris de faire face à un groupe qui offre d’autres passerelles pour une vraie nouvelle expérience sonore. Si l’album continue de tourner autant, il pourrait bien devenir mon album de l’année. En trois mots : VIVA VISTA CHINO ! (chRisA- oct2013)

A STORM OF LIGHT
nations to flames (Southern Lord)
En quittant officiellement le line-up de NEUROSIS dans lequel il était l’artiste visuel, Josh Graham a indéniablement recentré son travail sur son projet solo. Du coup, ce nouvel album revêt un intérêt particulier qui saura sans aucun doute sortir le groupe du tunnel dans lequel il n’avançait guère depuis trois albums. Dès les premiers morceaux, ce Nations To Flames prend aussitôt les contours vitriolés d’un cocktail Molotov qui n’attend qu’une seule chose : exploser sur le sol de vos frustrations et votre colère. Véritable machine à riffs, il joue la carte d’un heavy percutant, frontal aux arrangements multiples et samples en lien avec l’actualité. De toute cette fumée épaisse et consistante se dégage la voix traitée façon Al-Ministry-Jourgensen (au temps où l’homme était encore en forme). Sur la forme comme sur le fond, ce disque se donne une mission : témoigner de la chute de tous les gouvernements, de toutes les nations et de toutes les religions. Vaste tâche quand on regarde les situations politiques, sociales et économiques des états du monde dans sa totalité. Sur ce thème, on comprend mieux alors le caractère incendiaire et revendicateur de ces onze titres qui sentent le soufre et qui pourraient être la bande-son d’une manif musclée avec les forces de l’ordre. L’exercice est d’autant plus réussi qu’il profite d’une assise rythmique remarquable enflammée par la basse de Domenic Seita (ça ne s’invente pas) et surtout par l’excellent jeu technique et explosif du batteur Billy Graves déjà fortement remarqué et apprécié lors de la tournée européenne du groupe aux côtés de CONVERGE entre autres. Comme au combat et devant l’urgence, A STORM OF LIGHT ne recule pas ici. Qu’il surfe sur des accents indus (‘Omen’), sludge (‘The Fire Sermon’) ou classic thrash à la METALLICA (‘Disintegrate’), la formation passe toujours à l’offensive. Enveloppé dans des ambiances graves, sombres aux parfums de gaz lacrymogènes, cet album ne dévie pas de sa trajectoire. Intense, riche et efficace, Nations To Flames rallume le feu d’un projet qui se cherchait peut-être. Un quatrième album très metal et politique sous le signe de la bonne étincelle. (chRisA – oct2013)

MARK LANEGAN imitations (Vagrant)
Mark is back. Pour son 8ème album solo (l’EP Here Comes That Weird Chill n’étant pas pris en compte), notre bonhomme nous revient avec un second disque de reprises. Le garçon récidive après son I’ll Take Care of You  de 1999 (avec la même sobriété dans la jaquette d’ailleurs) où il rendait déjà hommage à plusieurs songwriters folk ainsi qu’à son copain disparu Jeffrey Lee Pierce. Avec cette offrande de 2013, l’ex-SCREAMING TREES nous délivre douze nouvelles covers de chansons plus ou moins connues qui ont (pour certaines) bercées sa jeunesse à la casa des Lanegan lorsqu’il n’était qu’un adolescent chevelu. Bref, comment ne pas avoir le frisson à l’écoute du magnifique ‘Pretty colors’ (de Frank ‘The Voice’ Sinatra), du sublime ‘Solitaire’ (d’Andy Williams) ou bien encore lors du ‘Autumn Leaves’ (la version américaine de ‘Les Feuilles Mortes’)? Pas facile de passer après Edith Piaf, Nat King Cole ou bien encore Mister Sinatra en personne …et pourtant. Oui, comment résister à toute cette mélancolie, à ces orchestrations feutrées et à cette voix rauque, chaude et envoûtante si personnelle ? Avec ses « Imitations », le natif d’Ellensburg (Washington) revisite également l' ‘Elégie Funèbre’ (de Gérard Manset) chantée dans la langue de Molière s’il vous plaît, le ‘I'm Not the Loving Kind’ de John Cale (1er single pour le disque) ou bien encore le ‘You Only Live Twice ’ (de Nancy Sinatra, la fille de qui vous savez), la chanson du générique d’ouverture du film de James Bond On Ne Vit Que Deux Fois. D’autres morceaux un peu plus enjoués (quoi que), originellement interprétés par le duo Hall & Oates, Chelsea Wolfe, Nick Cave and the Bad Seeds (avec qui il vient de tourner début 2013), The Twilight Singers (fidélité à son pote Greg Dulli) ou bien encore Bobby Darin parachèvent le tout. Voilà encore un disque de haute volée, à l’image d’une discographie solo qui ne l’est pas moins. Crooner l’acheter. (FredNoMore - sept2013)


NINE INCH NAILS hesitations marks
En rupture de stock depuis plus de quatre ans, les pointes de 23 (cm) sont de retour en rayon. Marteau et pied à coulisse à la ceinture, Trent Reznor, l’architecte compositeur a renfilé le bleu. Depuis des mois le plan com (vidéo clip de ‘Came Back Haunted’ réalisé par David Lynch, série de concerts dans de nombreux festivals cet été, nouveau show…) fait le buzz sur la toile. Un come-back  qui, contrairement à d’autres (quoi, Josh, tu te sens visé ?) mettait des fourmis dans les pieds…mais alors ? Commençons par la boite. Serrées les unes contre les autres, les quatorze pointes assurent plus d’une heure d’activité. Quant à l’emballage, il a été conçu par Russell Mills (remember The Downward Spiral ?) Que dire maintenant du contenu ? Assurément breveté NIN bien entendu et toujours diablement imaginé par son songwriter. S’il ne surprend pas vraiment, il n’est pas non plus sans apporter des ‘nouveautés’ logiques. L’effet HOW TO DESTROY ANGELS ? Le projet parallèle que Reznor mène avec sa femme Mariqueen Maandig, Atticus Ross et Rob Sheridan (deux fidèles de la NINE INCH NAILS School of Sounds) depuis 2010 n’est pas sans avoir une certaine influence. Aussi Hesitation Marque un goût prononcé pour un electro rock dépouillé et un ambiant assez sombre. L’album s’ouvre donc sur une palette de sons un peu moins passéistes. Tantôt pop (‘Everything’), tantôt funky (‘All Time Low’), tantôt R’n’B (‘Satellite’), tantôt techno club (‘Running’), ces touches sont la marque d’un NIN plus accessible et sans doute désireux de ne plus surfer sur les vagues rock-indus d’antan. Même si l’auditeur a souvent l’impression d’avoir déjà entendu certains titres quelque part dans l’imposante discographie du groupe, ce nouvel album est globalement très plaisant car très varié. Si trois titres sont franchement dispensables (‘While I’m Still Here’, ‘In Two’ et ‘The Eater of Dreams’) tandis que d’autres jouent inutilement les prolongations (‘Find My Way’, ‘I Would For You’), cette nouvelle galette affiche une bonne santé. Au placard rage expulsée, colère crachée et mélancolie maladive, NIN a vieilli. Il s’est positivement assagi. Il définit de nouvelles envies et même s’il est devenu plus lisse, il n’en reste pas moins accrocheur. Trent Reznor n’a rien perdu de son talent à structurer des morceaux intrigants et hautement mélodiques à la fois. Il repense sans cesse son travail sur les guitares toujours très subtil et efficace ici. Ce don qu’il a pour le détail qui tue est toujours impressionnant. Sa vision pour assembler, empiler et arranger ne faiblit pas. Derrière une volonté assumée de créer des pièces sombres et froides à l’image de notre monde, Hesitation Marks libère un tas d’émotions différentes qui laissent au final autre chose qu’un goût amer. NIN décevra, contentera et/ou ravira mais chose est sûre qu’il s’est offert un retour réussi et quand même enthousiasmant. (chRisA – sept2013)

BL'AST!
blood (Southern Lord)
Pour la faire courte, l’heureuse histoire veut que Steve Stevenson, l’un des guitaristes de la formation originelle ait retrouvé des bandes inédites des sessions d’enregistrement de It’s In My Blood, l’album même qui sera en 1987 le premier disque de BL’AST! pour le label mythique de Greg Ginn, SST Records. Confiant ce petit trésor à Greg Anderson (boss du label Southern Lord et grand fan devant l’éternel du groupe de Santa Cruz), ce dernier a eu la bonne idée de les mettre entre les mains sûres et expertes d’un autre grand fan, à savoir Dave Grohl pour qu’il les mixe comme il le fallait. Plus de vingt ans après la dissolution du groupe, voilà l’une des légendes du punk-hardcore américain temporairement ressuscitée. Qu’on se le dise, Blood ne fait que reprendre plus ou moins ce que fut It’s In My Blood. Depuis son premier Lp en 1985 (The Power Of Expression), BL’AST ! avait pour habitude d’enregistrer plusieurs fois ses albums. Sur la version qui nous intéresse ici et qui bénéficie d’un son forcément meilleur, on redécouvre un groupe puisant indéniablement son inspiration dans l’œuvre de BLACK FLAG et aussi dans l’approche guitaristique de Greg Ginn. Groupe à deux guitares, Mike Neider étant secondé par William DuVall (actuel chanteur de ALICE IN CHAINS), BL’AST! ne rechigne pas devant les solos ni devant les longs morceaux à tiroirs. D’ailleurs si BL’AST! a moins marqué les grandes heures du punk-hardcore dans les années 80, cela tient peut-être du fait que, malgré une énergie inarrêtable, leurs morceaux étaient plus tortueux donc moins directs. La formation a sans doute essayé de repousser à sa manière les limites du genre en développant un sens de la musique particulier. Toujours est-il que BL’AST!, avec ces dix titres, affiche puissance et agressivité ; deux valeurs constantes incarnées par le chant âpre, frontal et grave d’un Cliff Dinsmore déchaîné et habité par ses textes tout comme par les attaques vicieuses des guitares omniprésentes. Blood se boit jusqu’à la lie et cul-sec sans que l’on ait besoin de s’agenouiller ni de se prosterner. En somme, une bonne vieille bouteille sortie de la cave que Dave Grohl a particulièrement bien laissé chambrer. Une prise de sang qui ravira forcément les vampires d’un punk-hardcore millésimé et qui prouvera une nouvelle fois à la jeune génération que dans les eighties on pouvait faire brut, sauvage et intelligent. (chRisA – sept2013)

ZOLA JESUS
versions (Sacred Bones)
Invitée à se produire dans le prestigieux musée Guggenheim à New York, Nika Roza Danilova alias ZOLA JESUS s’est donnée pour challenge de réinventer sa musique en proposant une nouvelle facette aux morceaux phares des albums Conatus et Stridulum II. Pour ce défi, elle a fait appel à JG. Thirlwell (FŒTUS, STEROID MAXIMUS…) qui s’est, pour l’occasion, fendu de tous les arrangements pour le MIVOS QUARTET. Dans une ambiance austère et solennelle, la performance s’ouvre sur ‘Avalanche’ plus touchant que jamais dans ses atours de musique de chambre classieuse. Sobre et plus droite, la voix de la déesse s’élève pour trouver le ton et l’esprit justes ; cette nouvelle version dépassant, à mon humble avis, l’originale. Englouti par cette masse d’émotions dévalant les flancs de compositions qui n’attendaient que de dévoiler cette pureté, l’auditeur comprend que l’un des buts d’une telle portée artistique est d’aller chercher chaque titre dans ce qu’il a de plus essentiel. De l’os jusqu’à la moelle. Les titres ‘Hikikomori’, ‘Run Me Out’ et ‘Collapse’ ne sont pas sans faire penser à l’héritage musical laissé par une formation comme RACHEL’S. Avec grâce et beauté, ils révèlent une nouvelle force lyrique qui n’était pas aussi perceptible avant. Souvent comparée à KATE BUSH, ZOLA JESUS n’en fait jamais trop. Ni trop sage ni trop déviante mais sûre du caractère qu’on lui connaît, elle ouvre une palette vocale judicieuse et merveilleusement lumineuse qui donne cette hauteur et cette grandeur nécessaires à une telle ambition. Versions ne s’enlise pas dans les méandres d’une musique classique soporifique puisque la moitié des titres de cette prestation unit avec succès cordes, sonorités et beats électroniques. Un mariage peu orthodoxe qui aurait pu sans doute mal tourner sans l’expertise du musicien, compositeur et arrangeur australien. ‘Seekir’, ‘Sea Talk’, ‘Night’ et le superbe inédit ‘Fall Back’ qui se hisse comme la cerise sur le gâteau amènent l’expérience sur un terrain excitant ou se mêlent modernité et néo-classicisme. Un pari réussi qui donne toute la légitimité à un tel projet et qui place cet album inattendu dans la discographie de l’artiste à un niveau très intéressant. Avec cette setlist très bien choisie et un travail collectif brillant, ZOLA JESUS éclaire de mille émotions des chansons qui jusqu’ici ne m’avaient guère touché. Et si l’autre véritable but était tout juste de viser un plus large public ? Une démarche respectable et prometteuse surtout quand le résultat est aussi probant. (chRisA – sept2013)

DISAPPEARS
era (Kranky)

Il y avait eu deux bonnes raisons pour que les DISAPPEARS sortent de l’ombre début 2012. Premièrement, à la batterie, il y avait un certain Steve Shelley. Deuxièmement, Pre Language était un excellent album de post-punk, krautrock sombre qui ne devait rien à personne sinon à cette vision singulière de concevoir leur univers sonore. Un an et demi plus tard et après un Ep (Kone) particulièrement expérimental, nous étions en droit de nous demander vers quoi les quatre chicagoans allaient se diriger. Derrière une pochette encore plus arty, l’album balance en ouverture l’abrasif et mordant ‘Girl’ qui baigne dans un jus de réverbérations et de saturations. Une entrée noisy, psychédélique voire paranoïaque. Le ton est donné avec un ‘wake up’ répété et crié. ‘Power’, le premier single, fait redescendre la tension. Il se pare de cette beauté froide caractéristique au groupe distillant un rock minimaliste mais subtilement mélodique. La voix dominante et grave de Brian Case captive déjà. Pierre angulaire peut-être des nouvelles intentions du groupe, ‘Ultra’ et ses neuf minutes étonnent. Grosse caisse en mode beat (qu’on retrouve aussi sur ‘Elite Typical’), intrusion de sonorités indus, dédoublement de voix, ton lancinant, une seule note de guitare, ‘Ultra’ hypnotise avec ses vertus trancey. A ce moment-là, on se dit que la formation américaine a véritablement élevé son niveau de création pour trouver sa pierre philosophale. ‘Ultra’ réunit toute l’essence de DISAPPEARS. Et chaque petit détail fait sens, magnifié qu’il est par le doigté et l’oreille d’un John Congleton toujours magistral derrière ses boutons. Ensuite, ‘Era’ le titre éponyme, nous laisse penser qu’il ferait un excellent deuxième single avec son énorme penchant poppy. Pause salutaire pour apprécier toutes les possibilités d’un album cohérent qui, même s’il est curieux et étrange, n’est jamais angoissant. La preuve avec le bon rock de ‘Weird House’, catchy et dansant. ‘Elite Typical’ parle aussi à nos pieds et confirme l’amour que le groupe porte pour les touches dub. Enivrante transe ! Reste ‘New House’ avec sa basse façon ambiance ‘Twin Peaks’. Une conclusion posée, calme, belle, sombre et presque inquiétante qui referme sobrement la porte sur un album complètement habité et maîtrisé. Avec ses lignes pures et parfois tordues, Era se veut être une nouvelle étape splendide sur le parcours d’un combo qui allie à merveille minimalisme rock et répétitions entêtantes. Ce quatrième album a enfin toutes les qualités pour enfoncer le clou qu’un Pre Language avait pourtant bien engagé. (chRisA – août2013)

Disappears Era
FUCK BUTTONS
slow focus (ATP Recordings)
Si le nom (et le titre) n’avait pas déjà été pris, Benjamin Power et Andrew Hung auraient pu s’appeler les CHEMICAL BROTHERS tellement la paire de laborantins œuvre pour une musique électronique novatrice créant une forte dépendance. Trois albums en cinq ans depuis la surprise tribale de Street Horrrsing en 2008 et les recherches du duo britannique n'arrêtent pas de faire évoluer une formule de plus en plus passionnante. Ce qui peut nous faire facilement dire que l’album qu’on tient aujourd’hui est le meilleur. Quand Street Horrrsing se perdait un peu dans une jungle d’idées répétitives, quand Tarot Sport s’amusait à nous faire trop voyager dans la stratosphère en superposant les nappes synthétiques, Slow Focus, lui, fait une nouvelle mise au point pour que les sept morceaux de ce petit bijou gardent bien en vue leurs objectifs. Tous différents, à l’image des multiples facettes de la pierre précieuse de la pochette, ils revendiquent leurs propres génomes. Avec élégance, puissance et intelligence, les compositions sont autant de mélanges savants. Commençons par la composante physique de cet album. Bombant le torse à coups de percussions valeureuses, ‘Brainfreeze’ et ‘Sentients’ imposent leur force dans un esprit de bravoure excitant et bien intentionné. Battements et pulsations techno jouissives garanties. Ensuite, jamais un album de FUCK BUTTONS n’avait été aussi électrique. Guitares et sons saturés pour toile noisy à la MY BLOODY VALENTINE. Sur ‘Brainfreeze’ et ‘Hidden XS’ entre autres, l’album décline une volonté offensive qui fait plaisir à entendre. Surtout qu’elle sert parfaitement les mélodies. Aussi elle n’étouffe jamais la matière organique d’un ‘Year Of The Dog’ ou le groove entêtant du tubesque ‘The Red Wing’. Ce dernier comme ‘Prince’s Prize’ aux allures de bande-son de jeu vidéo ne cachent pas la face ‘ludique’ du duo qui cherche aussi à divertir et faire danser les gens. Il va sans dire aussi que l’univers des anglais est bien évidemment très cinématographique. ‘Stalker’ et ses touches à la John Carpenter nous emmènent dans un film de science-fiction à créer. Les deux dernières et superbes pièces de dix minutes que sont ‘Stalker’ et ‘Hidden XS’ dégagent une beauté atmosphérique qui est définitivement bien la patte d’une formation qui, si elle a eu ici des ambitions plus expérimentales, n’a jamais perdu ses fondamentaux. En bref, Slow Focus est un Grand album d’électro. A quatre mois avant la fin 2013, on ne vous dira pas que c’est celui de l’année dans sa catégorie mais tout de même…n’allez pas chercher bien loin. (chRisA – août2013)

ESMERINE
dalmak (Constellation)
Quelques mois après la sortie de I Thought It Was Us But It Was All Of Us, avec SALTLAND, son projet solo, Rebecca Foon (SILVER MT ZION, SET FIRE TO FLAMES…) retrouve Bruce Cawdron (GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR…), Jamie Thompson (UNICORNS, ISLANDS) et le multi-instrumentiste Brian Sanderson pour une nouvelle aventure musicale passionnante aux portes de l’Asie. Invité à réaliser une résidence à Istanbul, le quartet s’est rapproché de quatre musiciens turcs pour une rencontre aussi belle, ronde, riche et sucrée qu’une figue jaune bien mûre d’un des marchés de la plus grande ville du pays. Majoritairement enregistré sur place, ce nouvel album capture toute l’essence même des ambiances de la cité. En turc, Dalmak est un verbe aux sens multiples. Il peut signifier ‘contempler’. Il peut aussi vouloir dire ‘être absorbé’ ou également ‘se plonger dans quelque chose’. Il est sans doute la note verbale la plus juste pour décrire ce que ces neuf compositions, principalement instrumentales, donnent à voir, à palper et surtout à ressentir. Si les sons ici ont un regard, il est forcément périphérique. Du bleu azur qui tapisse le ciel jusqu’aux nuances infinies d’un soleil prometteur encore aux dernières heures, des hauteurs de la ville colorée et tentaculaire jusqu’aux rives du Bosphore, du tumulte urbain jusqu’à la sérénité spirituelle d’une mosquée, nos yeux voient et imaginent, qu’ils aient besoin ou pas de soulever leurs paupières. Nos cœurs palpitent, nos veines s’irriguent, nos avant-bras frissonnent aux évocations mystérieuses des notes qui planent et s’enroulent. Violoncelle, marimba, glockenspiel, contrebasse, darbouka, bendir, saz, violon, basse, barama, guitare et tant d’autres instruments entrent dans une danse poétique et voluptueuse. Ces errances sonores magnifiquement orchestrées ont ce pouvoir de vous transporter là où votre âme veut bien vagabonder. C’est à vous d’écrire les histoires. La bande sonore délivrée par ESMERINE n’est que le berceau de vos rêves. Dalmak ou le facilitateur d’images flottantes à la surface d’un voyage presqu’irréel. Un Montréal- Istanbul en 42 minutes qui ne tient pas de la world music mais du souffle créatif d’un collectif sous influence. Istanbul, ô merveilleuse muse ! (chRisA – août2013)

ALL PIGS MUST DIE
nothing violates this nature (Southern Lord)
Avec un nom de groupe comme celui-ci, je vous vois venir… Ne vous attendez pas à lire une chronique de disque d’un groupe metal salafiste fêtant allègrement la fin du ramadan. S’il est question de porcs ici, il ne s’agit bien évidemment pas de ceux qui finissent en pâté, en rôti, en saucisse ou en brochette dans nos assiettes… à bon entendeur… Deux ans après un premier assaut (God Is War), le chanteur Kevin Baker (THE HOPE CONSPIRACY), le guitariste Adam Wentworth, le bassiste Matt Woods (BLOODHORSE) et le batteur Ben Koller (CONVERGE) ressortent l’artillerie lourde pour un nouvel album faisant preuve de plus de cohésion et d’ambitions musicales. La formation de Boston affiche d’emblée une volonté d’aller à l’affrontement en mélangeant efficacement beaucoup de styles. Pas de round d’observation. Les trois premiers titres explosent de puissance et de rapidité. Si le thrashisant ‘Chaos Arise’ peut évoquer les meilleures heures de SLAYER, ‘Silencer’, quant à lui, verse dans un death metal à la suédoise. Après son intro grind, ‘Primitive Fear’ lui, joue plutôt la carte hardcore. Une première salve réussie qui laisse des dégâts et qui fixe immédiatement le niveau d’animosité. Stratégiquement, ‘Bloodlines’ et ‘Of Suffering’ optent pour le mode décélération avec leurs très bons riffs ultra lourds. La pause doom faite et terminée, le quatuor sort blastbeats et d-beats sur ‘Holy Plague’ et ‘Aqim Siege’ en mariant toujours à merveille hardcore et metal. Déconcertant tellement cela paraît si facile. A la baguette, Koller cogne comme un chef tandis que Baker expulse une saine colère. Les APMD ne s’attardent jamais ni ne se trompent dans leurs choix. Féroces au combat, ils usent méthodiquement de toutes leurs armes finement aiguisées pour saigner n’importe quelle couenne et ce, jusqu’au brillantissime et brutal final (‘Articles Of Human Weakness’). Avec un artwork signé de la main d’Aaron Turner, Nothing Violates This Nature est une vraie bombe metal totalement convaincante confectionnée comme il se doit par les oreilles expertes d’un Kurt Ballou égal à lui-même. Devant un tel savoir-faire collectif, les porcs ont bien du souci à se faire… (chRisA – août2013)

BINIDU
yes! (Kythibong)

Y sont pas beaux nos trois lascars, habillés dans la collection automne-hiver 95-96 des Magasins Bleus ? Avec un nom d’adoucissant aux faux extraits de lavande et une pochette qui peut rivaliser avec le génie artistique des plus grands accordéonistes de l’hexagone, on pouvait s’attendre à une grosse blague nantaise. Pourtant l’orchestre régional que Vincent Dupas (FORDAMAGE, MY NAME IS NOBODY…), Jérôme Vassereau et JB (PNEU…) composent n’a musicalement pas envie de nous faire marrer. La bonne vieille stratégie du décalage ? Mise en trompe-l’oreille plutôt qu’en trompe-l’œil ? Sans doute. Toujours est-il qu’on ne les attendait pas franchement sur le terrain d’une pop caractérielle et expérimentale née sous le signe astral de l’anguille (rapport au Lac d’Aiguebelette). Particulièrement mises en avant et faisant un peu penser à SEBADOH, les mélodies vocales déstabilisent, les arpèges, les synthés et autres petits arrangements aussi. Les directions choisies laissent d’abord perplexes avant de finalement devenir magiques et excitantes. Chaque morceau de ce 7 titres se donne le temps d’installer une ambiance et de la laisser évoluer au gré de ses humeurs. Faussement doucereuses et calmes, les compositions tendent vers une forme d’intensité qui bouscule les règles et les schémas du genre (‘Cameras and Balloons’, ‘Kings’…). La caisse claire gagne alors en impact tout comme le jeu des guitares qui reste en permanence très libre et très inspiré. Ecoute après écoute, on se dit que le point fort de cet album est indubitablement de nous emmener vers l’inconnu mais pas dans le fourre-tout ni dans l’incohérent. Tout le contraire. Entre le point A et le point B, le trio s’arrange bien pour nous faire passer par la lettre Z. L’écriture est épatante car fluide et évidente. Elle semble avoir été inspirée par leur propre perception de la musique et des guitares africaines d’où ce parfum presqu’exotique parfois (‘Losing My Voice’…), cette sensation aquatique aussi  (‘Underwater’). Le faussement ludique ‘Catch Your Plane’ (et son p’tit plan à la BATTLES) côtoie l’étrangement sombre et répétitif ‘Very Nice Swim’  (aux bons morceaux de LIARS). Autant d’exemples pour brouiller les pistes durant trente-cinq minutes savamment mises en son par l’incontournable Miguel Constantino. Nouvelle perle au collier des sorties du label Kythibong, Yes ! séduit plus on s’en approche et brille autant par son esprit récréatif que par son talent créatif. L’album idéal pour cet été.
Vidéo de ‘Catch Your Plane’ lors d’un concert à Nancy > http://vimeo.com/66148129 (chRisA – juillet2013)

Binudu


PALMS
s/t (Ipecac)

Deux prérogatives avant que vous ne vous intéressiez à ce nouveau projet : premièrement, que vous ayez été sensibles aux deux derniers albums de ISIS (In The Absence Of Truth et Wavering Radiant), deuxièmement, que vous aimiez le chant du frontman de DEFTONES. Dans le cas contraire, passez votre chemin ! PALMS est né sous l’égide de Jeff Caxide (basse, keyboards), d’Aaron Harris (batterie, electronics) et de Bryant Clifford Meyer (guitare, keyboards). Après la mort de ISIS, les trois angelinos n’ont pas pu s’empêcher de rejouer ensemble pour porter leurs aspirations musicales vers d’autres sphères. Ecartant d’emblée l’idée d’un post-rock metal instrumental, les trois ont réussi à enrôler Chino Moreno afin qu’il rehausse la charge émotionnelle de son registre vocal varié. Le résultat tient en six chansons prenant tout leur temps pour développer leurs ambiances aériennes voire cotonneuses. Downtempo, les compositions, très travaillées, sont de ces rêves vicieux bourgeonnant au petit matin. De ces moments calmes mais troublants. Chaque chanson sans exception évoque cette phase de l’entre-deux, celle de l’inconscient planant perturbé par des micro-réveils à l’acidité corrosive. A la fois sombres et lumineuses, les titres s’inscrivent dans une certaine torpeur bercés qu’ils sont par la langueur du chant et chahutés par les envolées musicales très raffinées. Même si j’ai une certaine préférence pour les neufs minutes de ‘Mission Sunset’, toutes les chansons vont dans le même sens : celui d’un dream post-metal vaporeux percé de trouées solaires, tels des puits de lumière libérant la tension et les frustrations sous-jacentes. En cela, la photo de la couverture du disque est assez révélatrice des atmosphères et paysages sonores. Néanmoins ce premier album a le défaut de ne pas assez s’affranchir d’un certain passé. L’ombre de la déesse défunte ne cesse de planer au-dessus de l’ensemble. Tant et si bien qu’en permanence, on se demande quand le chant guttural d’Aaron Turner (chanteur, guitariste et tête pensante de ISIS) va bien exploser. Chino Moreno, quant à lui, opte pour un chant mélodique plus subtil et nuancé. Il apporte une variante intéressante à ce que les ex-ISIS savent bien faire depuis longtemps. On attendait que ces derniers explorent véritablement d’autres pistes mais on sait bien aussi que les sentiers (re)battus ont quelque chose de rassurant. (chRisA – juin 2013)

MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE far west (Important)

Un peu plus d’un an après avoir mis un terme à leur trilogie Totem, les américains s’ouvrent d’autres espaces avec le regard de pionniers toujours en quête. Constitué de six longues compositions, Far West met le cap sur des contrées psychédéliques très accessibles qui font cette fois-ci la part belle à la folk progressive. Visiblement inspiré par la bande-son de Wicker Man du compositeur Paul Giovanni, le groupe dresse des ambiances hautement cinématographiques pour transporter l’auditeur dans un univers où se mêlent synthétiseurs analogiques et instrumentation des plus variées. Imaginez un peu un film futuriste avec une approche chamanique et vous aurez une petite idée de ce qui vous attend. Cosmiques, organiques et mystiques, les pièces brillent de leur pouvoir surréaliste et onirique. Elles sont le fruit d’une orchestration grandiose (‘Cave of Light’) qui vous téléporte là où aucun réalisateur n’a encore osé le faire. Ici les chants tombent du ciel et vous bénissent de leur grâce religieuse. Comme une invitation à communier avec vos frères en toge vous tenant chaleureusement les mains pour un grand voyage vers l’infini. A l’écoute de ‘Circular Ruins’, c’est comme si les MMOB avaient déplacé les pierres du site de Stonehenge pour provisoirement les planter sur le sol de Saturne. Sur disque comme sur scène, le sextet (accompagné comme souvent de nombreux invités) forme un OVNI (Orchestre Volatil Non-Identifié) envoyant depuis la voûte céleste des signaux étranges et hypnotiseurs. Quelle mystérieuse expédition ! (chRisA – juin2013)

SAVAGES silence yourself (Matador/Pop Noire)

On les connaît les anglais, ces champions du The Next Big Thing. Il est un peu loin le temps où chaque semaine, le Melody Maker et le NME nous dégotaient systématiquement un futur ‘grand’ espoir du rock et de la pop mais il n’est pas entièrement révolu... Ça fait un an que SAVAGES fait le buzz et autant être franc, il le mérite bien. Après avoir vu le groupe sur sa toute première date française à la Route du Rock l’été dernier, l’hameçon avait déjà du mordant. Manquait plus qu’à véritablement percer les chairs. Chose faite avec ce premier album noir, urgent, beau, nerveux et sophistiqué. Comme toujours, on pouvait un peu se méfier des hits tapageurs à l’efficacité immédiate (‘Husbands’, ‘She Will’ et ‘Shut Up’- avec son hommage classieux à John Cassavettes-) qui émaillaient  la sortie de ce onze titres. Mais la grande et belle surprise vient du fait que le disque recèle des pépites sombres et brûlantes du début jusqu’à la fin. Pas d’esbroufe ni de faux espoirs. Moins évidentes à l’oreille, des chansons comme ‘I Am Here’, ‘City’s Full’ et ‘No Face’ se révèlent encore plus passionnantes et entraînantes. Comme les autres, elles montrent surtout l’étendue du savoir-faire et de l’inspiration de ces jeunes londoniennes avides d’en découdre. Baignant dans une ambiance cold-wave post-punk (JOY DIVISION, si tu veux faire risette, frappe trois coups), Silence Yourself prend souvent des allures d’arty rrrriot rock (think of BIKINI KILL) où la rage nourrit le propos. Cet album a un message ‘Don’t Let The Fuckers Get You Down’ et une devise ‘It is to be played loud in the foreground’. Ca a le mérite d’être clair et si vous ajoutez à toutes ces bonnes intentions une production ample, cristalline et profonde signée Johnny Hostile, une chanteuse (Jehnny Beth) charismatique, envoûtante et sensuellement engagée et une guitariste (Gemma Thompson) qui sort des notes subtiles telles des flèches aux pointes glacées et tranchantes, vous pourrez vous dire qu’on tient là un sacré premier jet au jus savoureusement amer. Même les ‘ballades’ que sont ‘Waiting For A Sign’ et ‘Marshal Dear’ (sur laquelle Duke Garwood y va d’ailleurs de sa clarinette) ne sont pas là pour édulcorer ce qui sonne comme une charge pensée et maîtrisée. Silence Yourself est un album noir corbeau d’une beauté artistique plus brillante que mate. Quand le silence et le bruit sauront se jouer de vous… (chRisA – juin2013)

SALTLAND I thought it was us but it was all of us (Constellation)

Nouveau projet de la violoncelliste Rebecca Foon (THEE SILVER MT ZION, ESMERINE), SALTLAND signe un premier album qui s’est construit au fil des rencontres. Débuté en 2011, la canadienne a sollicité de nombreuses collaborations pour apporter un maximum de sensibilités à l’univers onirique développé sur les huit titres. Parmi les musiciens les plus connus, on retrouve le saxophoniste Colin Stetson, le bassiste Mishka Stein (PATRICK WATSON) et le guitariste Richard Reed Parry (ARCADE FIRE), chacun contribuant à enrichir ses plages d’une beauté fragile et singulière. Tantôt chantées de la voix feutrée de Rebecca Foon tantôt instrumentales, ces compositions font côtoyer sonorités chaudes et programmation subtile. L’instrumentation classique (violoncelle, violon, flûte…) s’élève majestueusement pour faire flotter des ambiances apaisantes qui convient l’auditeur à la rêverie et même peut-être à un retour en enfance. Cette dream pop, comme une possibilité d’explorer à nouveau des espaces sereins chargés de poésie. A l’exception de la tension perceptible du titre éponyme qui pourrait un peu évoquer GODSPEED YOU !BLACK EMPEROR, SALTLAND nous enveloppe surtout de ses ailes cotonneuses et protectrices. Sa musique nous extirpe des méandres d’une réalité douloureuse, conflictuelle et nous transporte vers un ailleurs touchant. Dans cette capacité à être aux frontières du minimalisme, de la musique de chambre et de l’electro-ambiant, I Thought It Was Us But It Was All Of Us affiche une ligne directrice cohérente mais fait preuve d’une certaine uniformité qu’on aurait aimé voir un peu contrariée par plus de piquant. L’expérience reste néanmoins belle. Elle se joue du poids et du sens de la gravité. Elle se vit comme une grande parenthèse de trente-huit minutes durant laquelle tous les champs des possibles s’animent. (chRisA – mai2013)

PAPIER TIGRE (Sick Room/Africantape)

Couleur jaune printemps, voici le 7’’ de l’un des meilleurs groupes de l’hexagone. Sobre, beau, bon. PAPIER TIGRE ne déçoit jamais. Sorti conjointement sur le label chicagoan Sick Room et sur Africantape lors de leur tournée américaine d’il y a à peine deux mois, l’indispensable objet (with a download card inside) contient deux titres inédits qui n’auraient pas dépareillé s’ils étaient parus l’année dernière sur l’excellent dernier album Recreation. En face A, ‘Personal Belongings’ s’inscrit totalement dans la veine empruntée par le trio nantais. Rock complexe, exigeant, recherché mais évident et accrocheur. Dans sa première phase, le morceau pose sa base rythmique et mélodique avant de s’emballer et de se durcir pour parfaitement exploser avec ces deux guitares au jeu et au son différents mais complémentaires. La seconde face la joue un peu plus calme. ‘The Difficult Age’ est plus groovy mais opte pour la dissonance et un chant plus haut.  Rien à reprocher sinon que c’est tellement bon que c’est forcément trop court et que vous vous sentez obligé de repasser les titres en boucle ou de vous refaire toute leur discographie. Un 7’’ à posséder pour tout fan qui se respecte mais aussi pour toute personne curieuse d’entendre le feulement si spécial de la bête. (chRisA – mai2013)


CHELSEA LIGHT MOVING s/t (Matador)

Les retours de flamme sont toujours appréciables lorsqu’ils brûlent de cette essence essentielle et immuable. Le brigadier-chef des pyromanes ici a 55 ans. Il s’appelle Thurston Moore. Et de son lance-flamme Fender, il crache et pète le feu comme au bon vieux temps. Celui où il sortait avec Kim, Lee et Steve des brûlots d’indie arty-punk noise. Bien sûr, CHELSEA LIGHT MOVING ne peut pas sonner autrement que comme du SONIC YOUTH. La patte est là. La génétique ne peut pas mentir. Sauf que Moore ici revient à ses amours, qu’il voue une admiration pour les GERMS (la reprise de ‘Communist Eyes’ et le clin d’œil à Darby Crash sur l’excellent et quasi-spoken words ‘Mohawk’) et qu’en plus, ça sonne du meilleur effet. C’est tout le talent de la grande tige à chemises à carreaux à composer intelligemment, à jouer puissamment tout en surfant sur des mélodies accrocheuses et entêtantes. Il faut entendre ce gros grain de guitare sur ‘Burroughs’. Et que dire des riffs lourds et gras de ‘Alighted’ et de ‘Groovy and Linda’ ? Les MELVINS ne sont pas loin... Pas avare de distorsion ni d’autres réjouissances noisy, l’album à la production brute cartonne sans faiblir un seul instant. Dans ces morceaux courts ou longs, il varie ses angles d’attaque sans perdre le fil conducteur. Il propose des breaks astucieux pour retrouver un second souffle ou pour mieux enfoncer le clou. En faisant du bon boulot derrière, les trois musiciens, quasiment inconnus jusqu’ici, suivent la forme et l’audace de leur leader. Il y a une belle unité dans ce groupe qui confirme que Thurston Moore sait souvent bien s’entourer. En tout cas, en revisitant l’histoire et les origines du punk hardcore, l’infatigable guitariste donne l’impression d’avoir toujours des compositions intéressantes à chanter et à torturer et surtout de se faire plaisir. Toutes guitares criantes, l’ex-SONIC YOUTH n’avait pas été aussi inspiré que depuis l’album Dirty. En souhaitant une longue vie à ce projet lumineux et bouillonnant. Gros coup de cœur. Jetez un coup d’œil et une oreille sur ce morceau inédit intitulé ‘The Ecstasy’. http://www.npr.org/event/music/176171594/chelsea-light-moving-a-new-song-inspired-by-chocolate (chRisA – mai2013)

COLIN STETSON new history warfare vol.3: to see more light (Constellation)

Cinq ans après la parution du premier volume chez Aagon Records, le saxophoniste américano-canadien finalise sa trilogie avec le brillant To See More Light. Un travail ambitieux pour une œuvre mettant en lumière les qualités physiques, techniques et artistiques d’un musicien repoussant à chaque fois les limites de son instrument. Qu’il use de son baryton, de son sax alto ou ténor, Colin Stetson met sa maîtrise de la respiration circulaire au service de compositions mêlant mélodies purement instrumentales et harmonies vocales. L’ensemble est des plus originaux et des plus beaux. Musique expérimentale, jazz avant-gardiste, noise, indie post-rock, les onze nouvelles chansons bousculent les étiquettes, excitent les notes, explorent les paysages sonores en convoquant des milliers d’images pour construire un univers étrange, presque surréaliste et donc parfaitement magique. Enregistrées live, sans ajout d’overdubs ni de loops, elles s’élèvent dans les airs tel l’aigle de l’artwork. Libre, téméraire, au-dessus des hommes. Et si ce nouveau chapitre avait quelque chose du vol d’Icare dans une version moins tragique ? L’apport du chant de Justin Vernon (BON IVER) n’est pas sans renforcer la dimension céleste, l’aspect aérien voire cantique en plus de la mélancolie qu’il distille (‘And In Truth’, ‘Who The Waves Are Roaring For’ et le gospel ‘What Are They Doing In Heaven Today ?’). Comme pour marquer des contrastes forts, certains titres se font plus dynamiques et frontaux (‘Brute’, ‘Hunted’). De cette force physique se dégage parfois une bestialité qui contrebalance avec la grâce et la souplesse de bijoux comme ‘In Mirrors’ et ‘This Bed Of Shattered Bone’. Les techniques de jeu se multiplient et les effets sont remarquables d’audace et d’imagination. Avec le titre de quinze minutes ‘To See More Light’, Colin Stetson se livre à une composition épique tenant en haleine. C’est le plus long morceau qu’il ait jamais enregistré à ce jour. Léger et volatile sur ses premiers mouvements, il glisse vers plus de tension et même de souffrance dans un deuxième temps. Lourd et agonisant, les notes se traînent, les râles déchirent l’air avant de trouver une issue plus prometteuse. Un titre comme un symbole. Une preuve de plus de l’étendue des émotions que le musicien est capable de partager tout au long de ces cinquante minutes intenses. La sax machine tellement humaine du montréalais captive et entraîne l’auditeur dans un tourbillon de sensations à couper le souffle. Colin Stetson, lui, n’en manque pas et signe une pièce magistrale. Fermez les yeux et laissez-vous emporter, il s’occupe du reste… (chRisA – avril2013)


PAPAYE tennis (Kythibong)

« On se retrouve après une courte page de publicité. » (Tu veux frimer cet été ? Pense cabriolet ! Peugeot RCZ, la réponse à tes érections, Peugeot Motion and Emoootion) « Retour sur le Central où le Taureau de Manacor va servir pour le gain de la rencontre (15/0). L’espagnol, après une année 2012 compliquée sur le plan physique (30/0) est à deux points de…ouuulala le vingt-troisième ace à 197 km/h cette fois, et voilà Nadal avec trois balles de match. Il est fort à parier qu’il n’en aura besoin que d’une tellem…et voilàààà, jeu set et match pour le roi de la terre battue qui remporte son huitième titre d’affilée ici à Paris… » Pas envie de regarder Roland-Garros cette année ? Marre du tennis actuel ? Essayez plutôt le Tennis de PAPAYE. Col en V, jupe plissée, vous croyez que le sosie de Ségolène Royal n’est pas au niveau de Djokovic ? Détrompez-vous car les trois mousquetaires que sont JB, Mric et Franck ont su, comme à leur habitude, lui concocter une préparation de choc. Analysons de plus près le jeu de la bête. Rien à dire sur son coup droit. ‘Peut-Être Si’, ‘Long Long Island’, ‘Sparrows and Pigeons’ et ‘Europapaye’ envoient le bois avec le bras gauche de Guillermo Vilas. Pour le revers, pas de faiblesse non plus. ‘Super, Marcher’ et ‘Je Suis Caché Sous Ton Pull’ décochent des passings de toute beauté. Mais ce que je préfère ce sont ces petits amortis précédés de frappes puissantes. ‘Monica Seles’, ‘Totally Indeed’, ‘La Maturité’ et ‘La Cheminée’ ont quelque chose du p’tit coup de pute de la balle heurtant la bande du filet. Eh oui, ça énerve l’adversaire mais les points sont gagnants. Que dire du lob de ‘Non Vraiment J’T’Aime J’Te Jure’ et de la volée parfaite de ‘Grapes’ en mode ‘j’suis capable de bien jouer tout en chantant’. PAPAYE, c’est du DON CABALLERO en short hawaiien avec le serre-tête ‘I Luv US MAPLE’. Un jeu rock-instru dynamique, futé, rapide, fun avec une défense, un physique et un mental de champion. 6-0/6-0/6-0 et déjà en finale des prochains internationaux de Paris. (chRisA – avril2013)


Papaye Tennis


SUUNS images du futur (Secretly Canadian)

Descendu par certains, plébiscités par d’autres, le deuxième album de SUUNS semble diviser plutôt que fédérer comme Zeroes QC, leur premier essai, avait pu le faire deux ans auparavant. Pourtant les montréalais reprennent les choses là où ils les avaient laissées avec cependant une visée plus affirmée. Autour de la même équipe comprenant Jace Lasek (THE BESNARD LAKES) aux commandes, SUUNS enfonce le clou d’un krautrock, d’un post-punk décalé, ralenti, glissant et terriblement hypnotique. Tout aussi attirant que glaçant, leurs images du futur cultivent d’abord la particularité d’inviter parfois à la danse grâce à ces beats chaleureux et à ces basses prononcées (‘2020’, ‘Bambi’). Mais, et c’est là le paradoxe, elles refroidissent souvent de par leur curieuse beauté insondable. D’une esthétique arty, les compositions cherchent la mélodie vénéneuse, de celle qui a tendance à engourdir pour figer l’essentiel. Paroles répétées, susurrées, lâchées nonchalamment par un Ben Shemie habité, elles contribuent à nourrir cette impression de langueur sur l’ensemble des dix titres. Il serait sans doute facile pour les canadiens de jouer une musique plus directe, tendue et nerveuse (l’espoir de l’introductif ‘Powers Of Ten’ aux guitares fugaziennes) mais le quatuor préfère élaborer des ambiances plus éthérées (‘Edie’s Dream’), plus mystérieuses. Résolument modernes, elles sont parfois le fruit d’expérimentations subtiles qui mêlent de temps en temps instruments classiques et électronique (la très belle plage ambiante de ‘Images Du Futur’ et le finale à la clarinette de ‘Minor Work’). Déconstruire les préceptes du rock pour échafauder d’autres sonorités et proposer d’autres perspectives, d’autres tableaux, c’est peut-être ce vers quoi SUUNS essaye de tendre. Car les guitares ne sont pas prédominantes, elles se fondent dans le paysage électronique, comme un élément parmi d’autres au carrefour de cette musique jeune, vivante, ambitieuse et créative. Onirique, parfois sombre et désenchantée (l’excellente conclusion qu’est ‘Music Won’t Save You’ sous influence MASSIVE ATTACK), elle se fait l’écho des ambiguïtés et des possibilités de son époque. Peut-être moins marquant que Zeroes QC, Images Du Futur n’en est pas moins cohérent et passionnant. SUUNS affirme son caractère et sa personnalité. Un deuxième bel ouvrage comme la confirmation d’un avenir brillant. (chRisA – avril2013)  La vidéo de '2020' ici > http://www.youtube.com/watch?v=oQgicu6G6n8

ACTION BEAT the condition (Truth Cult)

Fidèles à eux-mêmes, les grands-bretons de Bletchley ne se sont jamais posé trop de questions. Ils enchaînent tournées et albums avec la même soif et surtout la même énergie… (qui a dit la même recette aussi ?) Deux batteries (quand ce n’est pas quatre) et une bonne poignée de guitares pour un noise-rock instrumental téméraire. La devise du gang ‘jouer droit devant’… et tant pis pour vos esgourdes. Adeptes du ‘plus y’a de guitares, mieux c’est’, les anglais livrent de vrais brûlots avec cette touche à la early-SONIC YOUTH et GLENN BRANCA, bien sûr. A la loupe, les vingt morceaux de ce double album (cinq par face) possèdent tous cette dynamique entraînante et jouissive. Toujours débridées, les compositions ont pourtant de la tenue. Intenses, sans fioriture et concises, elles essayent autant faire que se peut de varier les angles d’attaque. Le groupe ne se contente pas de dresser des murs de guitares (quoi que…) Il tente avec succès des incursions mélodiques, des patterns plus cérébraux et aussi des rythmes dansants (si si…). Il ose aussi les cuivres sur une pièce. Le seul titre chanté nous donne à regretter que le groupe n’use pas plus de cette arme, mais que voulez-vous, comme une marque de fabrique assumée, ce sont les guitares qui ont la parole ici. Les tableaux sonores mettent en relief les différentes couches de guitares pour un rendu souvent très appréciable. Les compos n’ont pas de titres mais des numéros, alors je me risque sur un quinté dans le désordre : 10 - 3 – 14 – 8 – 5 mais le 6 – 11 – 18 – 17 – 16 pourrait très bien marcher aussi. On vous recommande juste d’y aller par étapes, du genre une face dans ta face à la fois. Noise intuitive, festive, certes roborative mais assurément pas rébarbative ! Bien au contraire. A voir absolument en live ! Pensez aux bouchons… (chRisA – avril2013)

POWERDOVE do you burn? (Africantape/Murailles Music/Circle into Space)

Dans la sphère indie pop décalée, on trouve tout et…n’importe quoi. POWERDOVE, le projet d’Annie Lewandowski, s’inscrit dans une veine avant-gardiste. La fille du Minnesota s’est entourée ici de John Dieterich (guitariste du groupe DEERHOOF) et du multi-instrumentiste français, Thomas Bonvalet, plus connu pour officier dans L’OCELLE MARE. Bref, trois têtes chercheuses bien faites pour treize titres chauds comme un couvre-lit élimé aux motifs variés et sobres, beaux comme la tapisserie à fleurs aux pétales fragiles, touchants comme le parfum qui émane de la bouteille solitaire posée sur la commode en bois. Il faut bien le reconnaître, ça sent la musique de chambre à plein nez. Cet album, c’est un concert en poche qui s’invite chez vous. Qui ferme les fenêtres quand les morceaux exigent l’intimité et la solennité nécessaires. Mais qui enfonce aussi les portes quand les envies d’aventures et autres pulsions se font pressantes. Dominées par la voix de colombe d’Annie, les chansons libèrent une multitude de sonorités douces, mélodieuses et inventives. Acoustiques pour folk contemporain. Les compositions s’autorisent une palette impressionnante d’instruments (banjo, viole, scie ?, kora ?, verres en cristal…) pour accompagner la poésie des paroles. Si les cordes se font souvent chaleureuses, elles n’oublient pas de grincer pour mieux vivre. Frottements amers, frictions sourdes. Comme le soufre d’une allumette qui s’enflamme par magie, Do You Burn ? allume lampes à huile et bougies pour, jour comme nuit, illuminer un univers qui lui est propre. Qui façonne des images, des rêves et qui dessine des trajectoires aléatoires donc imprévisibles. De par leur minimalisme, les titres n’échappent pas à une certaine linéarité mais l’album s’emploie à déjouer toute forme d’ennui. A l’image de son nom aux forces antinomiques, POWERDOVE joue sur les contrastes et retient toute l’attention de l’auditeur qui, dans cette chambre, avait peur d’y sentir la naphtaline et qui, au final, s’enivre des senteurs d’un feu sacré. (chRisA – mars2013)

ARCH WOODMANN s/t (Platinum)

Des cactus au fond de la mer ? Des coraux à flanc de Grand Canyon ? Des étoiles pour éclairer l’océan ? Antoine Pasqualini, alias ARCH WOODMANN, se prend pour Jules Verne. En scaphandrier de Vingt Mille Lieues sous les mers, le rocker morlaiso-bordelais se fixe un cap : celui d’explorer sans limites. Sur la pochette de Mighty Scotland (2010), l’homme était à terre, les bras en croix. Trois ans plus tard, debout et déterminé, il avance, plus sûr et ambitieux que jamais. ARCH WOODMANN a changé. Thomas (basse), Benoît (guitare) et Lucie (claviers…) donnent pleinement cœur et corps à un projet qui brille aujourd’hui par son état d’esprit collectif. ‘Good God’, l’ouverture de ce troisième album, donne la tonalité. Ce disque sera joyeusement pop, énergique et frontal ou ne sera pas. Alors, on lâche les chœurs et les cuivres. On nourrit aussi son rock de sonorités électroniques. C’est moderne, enjoué, clair et direct. Ça déborde d’intentions et d’ambitions. Avec un grand et beau travail d’orchestration et une foultitude de détails enrichissant les espaces, ARCH WOODMANN enfile de nouvelles lunettes pour voir sa musique au moins en trois dimensions. Portés par cette volonté de viser en plein mille (le rock basique de ‘Should Be Fine’ et ‘Fangs’), on évite de se poser des questions. Le groupe la joue fédérateur mais sans donner dans la facilité non plus. En effet, les compositions réclament de l’exigence et de fameux dosages. Elles imposent des cassures de rythmes. Des mélanges et autres superpositions de sons qui deviennent vite un langage naturel. ‘Sea Precious Sea’ et ‘Coupe Gorge’ sont, en autres, deux titres qui illustrent parfaitement le coming out pop décomplexée. En s’autorisant tout, les codes sont cassés et alors les chansons peuvent gagner en ampleur et avoir plus d’un second souffle. Sans chichis ni snobisme, on sent le groupe opérer avec un certain esprit DIY qui insuffle autant d’enthousiasme, de malice que de simplicité. Expérimenter pour s’ouvrir et tenter d’aller plus loin tout en ne perdant rien de sa spontanéité ; voilà ce qui transpire derrière les lampes des amplis. Arch Woodmann propose un ensemble très cohérent, suffisamment coloré et relevé pour ne pas sombrer dans le déjà-entendu ou pire, la banalité. Reste, pour moi, la faiblesse du chant. Trop ‘mignon’, trop ‘gentil’, il manque d’assurance, d’impact et de folie pour véritablement apporter la touche d’émotions supplémentaires qu’on aimerait trouver ici. Cela n’enlève rien pourtant à cet album conquérant et fort sympathique. Avec un douze titres dopé à cet esprit-là, la tournée devrait être, elle aussi, très réussie et plaisante. (chRisA – fév2013)

 THE HEALTHY BOY and The Badass Motherfuckers carne face camisole (Kythibong)

A vrai dire, la première rencontre avec Benjamin Nérot (alias le garçon en forme) ne s’était pas bien passée. En deux écoutes, l’album Jusqu’à Ce Que Nous Soyons Repus (2008) m’avait laissé un goût détestable en bouche. Son folk minimaliste dans un anglais mal assuré m’avait forcé à le ranger au fond d’un tiroir. A descendre l’homme aux oubliettes. Qu’elle ne fut pas ma surprise de le voir, cinq ans après, réapparaître avec un huit titres totalement réussi ! Le banni n’est plus tout seul. Accompagné des Badass (peu inspirés dans le choix de leur sobriquet), il tourne peut-être moins en rond sur lui-même. Voilà quelques années que Ben travaille avec les actuels ZËRO (ex-BÄSTARD). Carne Face Camisole fait suite à Tonnerre Vendanges (2010) et dire que le courant passe bien entre le nantais et les lyonnais est ici une évidence. La première clé est la bonne pour pénétrer dans cette bicoque lugubre qui en impose sur la pochette du vinyle. Du plafond de ‘Our Story’s Grave’ descend la voix rauque de Ben à laquelle se mêlent gracieusement les sonorités acoustiques et électriques. Nous ne sommes que dans le hall et l’on sait déjà qu’on va prendre le temps de visiter chaque pièce. Le rythmé ‘Boneman’ se la joue carrément rock. Ses jets de guitare éclaboussent de lumière les murs suintants et inquiétants de la cuisine. On se retire dans le salon pour apprécier la très belle ballade sudiste de ‘I’m Not Gonna Loose You’. ‘Triumphs and Victories’, quant à lui, nous pousse à sortir sur le balcon pour nous perdre dans le ciel étoilé que les guitares, le clavier et le xylophone font briller. Le premier étage de la face B est à l’image du rez-de-chaussée de la face A. On y entend encore mieux les bruits extérieurs et le sifflement du vent (I’ll Never Take You Along In My Fall’). ‘Portrait’ nous installe devant la coiffeuse de la chambre. Et c’est le regard fixé sur le miroir taché que nous voyons les traits d’une femme se dessiner avec délicatesse. Ballade intimiste, sensuelle, presque charnelle. Sur ‘Grapes’, on file foutre le bordel dans le grenier avec ce qui pourrait être l’ombre de Tom Waits. Comme ‘Boneman’, sur fond de guitares un peu folles, le titre swingue. Plus caverneuse que jamais, la voix vous donne de joyeux frissons. La pluie se met à tomber. On ouvre en grand les lucarnes et on continue à danser sur le rock bluesy de ‘Hey Man ! Hey Gal !’ Des fondations jusqu’à la décoration, elle donne envie d’être achetée cette maison. Et l’agence immobilière Kythibong n’aura pas besoin d’user de son baratin pour vous convaincre. C’est un véritable coup de cœur. Félicitations à l’architecte Nérot et aux subtils conseils et arrangements de ses talentueux associés. En espérant que l’équipe travaille déjà sur de futurs plans… (chRisA – fév2013)

BAPTISTS bushcraft (Southern Lord)

Approchez-vous! N'ayez pas peur! Dans toute sa bonté divine, le Seigneur vous attend. Les portes de l'Eglise Southern Lord se referment lentement. L'obscurité vous mettrait-elle mal à l'aise? A l'entrée, au-dessus des fonts baptismaux, Kurt Ballou, Sa Sainteté du GodCity Studio, verse ses dernières gouttes de sueur papale pour donner le premier des sacrements. Le nourrisson est tout sauf calme, soyez-en sûrs. Vous venez d'assister au baptême d'un nouveau messie de la scène punk metal-hardcore. Formé à Vancouver en 2010, BAPTISTS sort son tout premier album sous l'égide d'un label ayant flairé le prodige dès ses premières démos. Le groupe a pris ses marques sur deux 7" et s'est ensuite donné le temps pour bien faire les choses. Et autant vous dire que 'Betterment', le titre introductif, fixe le niveau. En deux minutes, l'attaque grinçante de la guitare, la martellement cinglant, rapide et précis de la batterie, le refrain libérateur et le son parfait tranchent comme la hache de la pochette. De l'arbre ou de l'outil, on connaît le vainqueur. Y a pas tromperie sur la marchandise. En matière d'abattage, les bûcherons canadiens n'ont jamais failli à leur réputation. 'Think Tank Breed', la deuxième bûche au riff original vole immédiatement en éclats. Pas de fioritures. Pas le temps. C'est physique, urgent, puissant mais pas aussi primaire qu'on pourrait le penser.Chaque coup est le fruit de l'excellence. Je ne sais pas si c'est justement à cause ou grâce au travail de Kurt Ballou mais la guitare sonne très convergienne. De cette amplitude hardcore qu'on lui connaît, elle sait épaissir le trait lors des breaks, survoler vicieusement la rythmique et parler le larsen couramment. 'In Droves' enquille sur 'Bullets' et ainsi de suite. On se régale parce que c'est exactement ce que nous voulions dans le menu. Les deux grandes surprises viennent à des moments stratégiques dans le disque au cas où vous vous diriez "ils savent faire autre chose, hein?" 'Still Melt' et 'Soiled Roots' sont les deux morceaux les plus lents et on se dit qu'ils sont de nature à réveiller le fantôme de DRIVE LIKE JEHU. Tensions, émotions, venin, fractures et climax; le son est différent mais dans la composition et dans l'état d'esprit, l'inspiration et la patte des sieurs Froberg et Reis sont mises à l'honneur. Techniquement, le jeu du batteur Nick Yacyshyn est phénoménal. Quant à la furie vocale lâchée par Andrew Drury, elle appuie parfaitement l'agressivité et l'intensité qu'il faut à ce type de musique. Pas UN seul reproche à faire à cette galette de 30 minutes qui a tout pour frapper fort et marquer de son sang les esprits. En mode heavy rotation depuis un mois, Bushcraft est la première bombe de l'année. 2013 commence bien. Alléluia!!! Merci Seigneur! (chRisA - fév2013)

        
TOMAHAWK  oddfellows (Ipecac)

A quoi servent les haches si elles ne sont pas faites pour être déterrées? Cinq ans après un album (Anonymous) peu convaincant donc discret qui trouvait l'inspiration dans la musique amérindienne, le all-star band se réunit ici pour fourbir ses nouvelles armes. Exit Kevin Rutmanis à la quatre cordes. Le petit -pas franchement- nouveau et ami fidèle du grand manitou Patton s'appelle Trevor Dunn. Pour finir les présentations, c'est Collin Dupuis (THE BLACK KEYS) qui a enregristré la galette à Nashville, Tennessee. Dans le cas des supergroupes, on peut toujours se poser la même question: qu'attend-t-on de tels projets au-delà de leur aspect souvent ronflant et uniquement prometteur? Ca émoustille la presse et par voie de conséquence les fans...et après? TOMAHAWK n'en est pas à son premier coup d'essai et, il faut bien le reconnaître, le groupe n'a jamais remporté de franches victoires. Ce quatrième album changera-t-il la donne? Derrière cette pochette cartoonesque dessinée par Ivan Brunetti (The New Yorker, Schizo), l'auditeur aura le plaisir ou le désagrément de retrouver quatre types qui n'ont pas décidé d'oeuvrer contre nature. En gros, si vous connaissez le terrain de jeu de nos quatre larrons, il n'y a aucune crainte à ne pas bien comprendre les règles. L'introductif et timide titre éponyme laisse place au premier single 'Stone Letter'. Avec 'White Hats/Black Hats', 'South Paw' et 'Typhoon', ce titre s'inscrit dans la catégorie des morceaux directs, rythmés et énergiques. Un seul but: la hache entre les deux yeux! On applaudit l'efficacité. Dans une autre catégorie, nous trouvons des chansons à la dimension plus épique voire cinématographique ('A Thousand Eyes', ' I Can Almost See Them', The Quiet Few'). De parfaites bandes son pour des films au romantisme noir. Parfois, elles virent aux ambiances jazzy. Sur 'Choke Neck', 'Rise Up Dirty Waters' et 'Baby Let's Play', on sent toute l'implication du bassiste. Sombres, tordues et presque viscieuses, ces chansons restent, dans un format assez classique, très accessibles. Elles enveloppent l'album d'un parfum de mystère auquel s'ajoute un délicieux sentiment d'imprévisibilité. Sinon Mike chante bien sûr à la Patton. Crooner, rocker, rapper ou susurreur, il accorde aussi beaucoup de place aux superbes choeurs. Duane la gratte à la Denison. Economes, précis, sur le fil du rasoir, les riffs de l'ex-JESUS LIZARD sont immédiatement reconnaissables. Sa patte sait toujours griffer avec subtilité. Quant à John Stanier, son jeu est polyvalent. L'ex-HELMET s'adapte à chaque titre mais reste peut-être celui qui apporte le moins au projet. Néanmoins, ce disque s'apprécie pour être la somme de quatre entités qui offrent le meilleur d'elles-mêmes sur ces treize titres. Au carrefour des derniers albums de FAITH NO MORE, du Director's Cut de FANTÔMAS version soft, du TREVOR DUNN'S CONVULSANT TRIO et des sonorités résonantes de la Gibson lizardienne de Duane, Oddfellows redonne de la crédibilité et des couleurs fraîches à ce groupe très attachant. Experimental cinematographic jazzy rock...on en attendait pas moins. (chRisA - jan2013)

GRATUIT délivrance (Kythibong/Ego Twister/Les Pourricords)

Quel intérêt y a-t-il à écouter en 2013 ce qui pourrait être un remake d'un sketch des Inconnus parodiant INDOCHINE (remember 'Gwendoline A Les Yeux Verts')? Aucun me direz-vous et pourtant le revival new wave n'en a cure. Il est là et il s'immisce même dans le catalogue d'obédience noise-rock du label nantais. GRATUIT, c'est le projet solo d'Antoine Bellanger (ex-BELONE QUARTET), artiste multi-casquettes retranché ici derrière ses synthés vintage et sa boîte à rythmes. L'homme joue la carte d'une poésie noire inspirée par un souffle existentialo-naturaliste (les bois, toujours les bois...) sur fond de mélopées synthétiques kitsch. Si, dans un premier temps, elles déconcertent et vous laissent dubitatifs avec un sourire narquois aux coins des lèvres, elles poussent pourtant à aller plus loin. Toujours aller au-delà des apparences pour se laisser gagner ici par des textes et des textures sonores assez loin d'être crétins. Sans vous transporter, les chansons ont le mérite d'être suffisamment subtiles pour se révéler attachantes ('Feu', 'La Promesse', 'Tout Casser' et l'excellent duo avec Julia Lanoë - MANSFIELD TYA - sur le titre 'Territoire'). A travers un chant désabusé et des paroles à la souffrance domptée, GRATUIT gravite dans un univers assez nostalgique mais qui trouve toute sa cohérence dans notre présent. Un album à la beauté sombre et naïve qui passera sans doute inaperçu puisque..."ça sert à quoi de chanter quand il n'y a plus personne pour pleurer..." Hein? (chRisA - janv2013)

THE SOFT MOON zeros (Captured Tracks)

Le projet de Luis Vasquez enchaîne Eps et albums pour décliner son concept cold new wave simple et complexe. D'un éclat d'une noiceur moins brillante que sur l'excellent quatre titres Total Decay, Zeros creuse le sillon goth-synthétique parfois flippant, souvent envoûtant. Une basse et des rythmes répétitifs auxquels s'ajoute une guitare discrète mais constamment sous effets, la formule peut paraître trop basique et trop limitée. Elle pourrait même faire sourire les inconditionnels des premiers THE CURE, les fans de BAUHAUS, JOY DIVISION et CABARET VOLTAIRE tellement Luis Vasquez brouille difficilement ses influences. Pourtant il y a quelque chose d'addictif chez THE SOFT MOON comme chez LED ER EST d'ailleurs. A la géométrie disciplinaire des compositions et à la vision artistique de l'univers intérieur de son créateur, il y a surtout cette dimension sensorielle qui transpire. A travers une approche vocale minimaliste faite de cris aigus, de respirations effrénées, d'onomatopées et de paroles incompréhensibles car mises délibérément en arrière-plan, un rapport physique quasi sensitif s'installe. Il attire ou repousse l'auditeur mais il intrigue. 'Zeros', 'Die Life' et 'Want' sont de très bonnes chansons qui masquent aussi la faiblesse de certaines. Peut-être boosté par la hype effervescente qui entoure la formation, Luis Vasquez semble avoir négligé l'angle de quelques titres. A ce jeu là, il pourrait vite se brûler les ailes et voir le filon aux allures de revival new wave se tarir. Reste qu'une bonne moitié de cet album vaut le détour et que, pour moi, THE SOFT MOON est l'une des très bonnes découvertes de cette année. (chRisA - déc2012)

GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR allelujah! don't bend! ascend! (Constellation)

Il aura fallu attendre dix ans pour que la formation québécoise emmenée par Efrim Menuck et Mauro Pezzente donne suite à Yanqui U.X.O. Deux ans après sa renaissance pour des tournées ici et là, le phénix s'envole de nouveau pour reprendre les armes là où il les avait laissées. Le monde ne va vraiment pas mieux et cela semble toujours inspirer la bande d'insurgés et d'indignés qu'ils sont. Car, dans le fond comme dans la forme, GY!BE est un groupe engagé. Depuis 1994, à travers leurs groupes et leur label qui abrite de nombreuses signatures, GY!BE met son art au service des causes pour lesquelles il lutte et fait de la résistance. Concrètement, ici, l'oeuvre politique trouve l'équilibre avec ses deux longs mouvements de vingt minutes ('Mladic' et 'We Drift Like Worried Fire') et deux pièces plus expérimentales de six minutes trente ('Their Helicopters' Song' et 'Strung Like Lights At Thee Printemps Erable'). Faire porter le nom du Boucher des Balkans sur les épaules de la première composition et vous imaginez bien qu'elle bouscule et déménage. La colère en première ligne pour cette furie éléctrique et ce chaos de guitares impressionnant. Après une montée en tension progressive de huit minutes, un thème oriental perce de sa mélodie entêtante et puissante. Le tempo ensuite ralentit pour peser de toute sa force et de son caractère sombre avant une outro sur fond de distorsions multiples. Quelle entrée en matière! Le grinçant et inquiétant 'Their Helicopters' Song' calme un peu les ardeurs mais pas les intentions en bourdonnant façon drone. Les cordes stressantes s'imposent et glacent l'auditeur. On retourne la galette et l'on se prend à dériver au fil du morceau le plus post-rock qui soit. Dans un premier temps, 'We Drift Like Worried Fire' brille de ses lignes claires mais c'est pour mieux céder ensuite à une narration plus dramatique. Et c'est sans compter sur un second souffle plein d'espoirs que le morceau finit magistralement sa course. Cette nouvelle fresque sonore impressionne de par sa fluidité, son aisance, ses transitions soignées et sa masse d'idées si naturelles. Sans dénoter, 'Strung Like Lights At Thee Printemps Erable' conclut sur une 'noise' abstraite presqu'apaisée et apaisante mais pas non plus très marquante. Pas grave parce qu'à l'écoute de cet Allelujah, GODSPEED nous a redonné la foi. Les apôtres peuvent bien ne pas en croire leurs oreilles, le messie est assurément de retour. Imaginatif, impulsif, combatif et créatif, il a de l'allure et vous pouvez être certains qu'à la fin de l'année, à l'heure des bilans, beaucoup se tourneront vers lui pour le remercier d'être aussi grandiose et unique. (chRisA - nov2012)

TRASH TALK 119 (Odd Future / Trash Talk Collective)

Très actifs, les quatre gars de Sacramento donnent du sens à leur urgence. Festivals, tournées, Eps et vidéos à la chaîne, ils battent le fer tant qu'il est chaud. A coups de riffs punk-hardcore classiques, ils ne surprennent pas sur ce quatrième album pourtant bien brûlant. Ils confirment juste tout le bien (ou tout le mal) qu'on peut penser d'eux. Ces accros au skate, véritables pendants West-Coast des CEREBRAL BALLZY, alignent quatorze cocktails de deux minutes en moyenne à la vitesse des bières et des joints qu'ils aiment s'enfiler ordinairement. Le riffing un peu gras, la colère hurlée de la bouche du charismatique Lee Spielman, ses paroles vindicatives, la musique de TRASH TALK claque. Elle fait ici plus de dégâts sur la face A (avec les bons titres que sont 'Exile On Broadway', 'My Rules' et 'F.E.B.N') que sur l'autre où l'on sent les inconvénients d'un style cédant trop à la facilité. Malgré le fait que leurs compositions incitent véritablement au pogo fou, certains morceaux plus lents, plus lourds et plus menaçants ('Reasons' et 'Dogman') ne manquent pas de marquer. Ainsi la participation de TYLER, THE CREATOR sur l'excellent 'Blossom & Burn', très bon mélange heavy-punk version hip-hop, ne laisse pas indifférent. On croirait même écouter un titre 'crossover' de la fameuse B.O. du film Judgment Night. D'ailleurs, qu'est-ce que ce rapprochement avec le collectif hip-hop de ODD FUTURE amènera d'autre dans la musique des californiens? Seul l'avenir le dira. Le présent, lui, est immédiat, intense, instinctif, sauvage et revendicatif comme le sont les TRASH TALK. Prenons ce groupe dans toute son 'américanité' (qui a dit ses contradictions?). N'allons pas chercher plus loin. Quelques titres du gang de temps en temps, ça fait du bien par où ça passe. (chRisA - nov2012)

ISIS temporal (Ipecac)

Deux ans après la dissolution d'un des piliers de la scène post-metal, Ipecac boucle la boucle en sortant cette compilation de remixes, de titres rares et inédits. Comme d'habitude, les mauvaises langues parleront de stratégie commerciale de fond de tiroirs tandis que les nombreux fans et admirateurs du groupe californien verront cet objet comme la pièce ultime à ajouter à une collection riche sertie de pépites heavy. Lorsque je découvre ISIS en 2000, deux ans après leurs premiers Eps, Celestial fait l'effet d'une bombe à fragmentation. Les déflagrations sont le résultat d'un riffing puissant, implacable accompagné d'un chant hurlé aux qualités similaires. Le groupe a trouvé sa marque de fabrique. Basés sur la répétition, les longs morceaux quasi-instrumentaux jouent la carte de l'évolution lente mais libératrice. Deux ans plus tard, Oceanic sera le chef-d'oeuvre. En travaillant encore plus les ambiances, les contrastes et en accentuant la force narrative, ce deuxième album inscrit le quintet dans une voie qu'il ne cessera de creuser et de peaufiner avec la plus grande des convictions au fil des albums. L'instinct primaire de GODFLESH combiné à l'ampleur émotionnelle d'un GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR sans les cordes? La bande d'Aaron Turner gravit les marches d'une reconnaissance méritée (tournée en première partie de TOOL) mais aussi critiquée par les puristes soucieux de voir leurs metalleux se tourner vers plus de lignes claires, de mélodies et d'arrangements. Suivront le très bon Panopticon (2004), le décevant In The Absence Of Truth (2006) et l'ultime et glorieux chant du cygne avec Wavering Radiant (2009). Deux cds accompagnés d'un dvd (avec six vidéos officielles) pour résumer treize années d'un parcours fantastique, c'est peu et c'est beaucoup à la fois. Parmi les inédits, il y a bon nombre de démos brutes assez intéressantes ('Ghost Key', 'Carry'...) ainsi qu'une version acoustique de '20 minutes/40 years'. Au rayon remixes, il y a le très bon 'Holy Tears' de Thomas Dimuzio tout comme le 'Not In Rivers But In Deep' laissé entre les mains de LUSTMORD et celles des MELVINS. Du côté des raretés, c'est l'extase avec 'Streetcleaner', reprise du célèbre titre de GODFLESH et 'Hand Of Doom' de BLACK SABBATH. On se réjouit aussi de pouvoir déguster 'Way Through Woven Branches' et 'Pliable Foe', deux morceaux exclusivement partagés sur le split avec les MELVINS sorti en 2010. Vous l'aurez compris. Pas de vraie matière nouvelle - le groupe, en accouchant difficilement de ses longues compositions sinueuses n'était pas du genre à collectionner les titres laissés de côté - mais surtout le plaisir de compléter l'univers d'un combo qui a, comme NEUROSIS, contribué à donner au post-metal ses lettres de noblesse. En me plongeant dans Temporal, cette compilation m'a aussi donné l'envie de réécouter toute l'oeuvre du groupe et de l'apprécier à nouveau à sa juste valeur. Telle une flamme lumineuse, radieuse, vive, brûlante, colérique et belle. Tout sauf une force de la nature temporelle. ISIS est morte...vive la Déesse. Merci à Jeff Caxide, Michael Gallagher, Aaron Harris, Bryant Clifford Meyer et Aaron Turner. (chRisA - oct2012)

ROLL THE DICE in dubs (Leaf)

ROLL THE DICE meets POLE où comment Stefan Betke, dans son studio berlinois, revisite trois titres de In Dust, le très bon bon album du duo suédois. Une relecture personnelle mais partagée dans laquelle on explore une nouvelle facette de 'Calling All Workers', 'Idle Hands' et 'The Skull Is Built Into The Toll'. Au minimalisme de rigueur viennent s'ajouter des sonorités dub reggae toutes en subtilité. Un peu donc de chaleur avant que Stockholm ne plonge dans l'hiver. Des remixes réussis pour un Ep qui prolonge les bonnes vibrations de l'année dernière. (chRisA - oct2012)

ELECTRIC ELECTRIC discipline (Herzfeld/Kythibong/Murailles Music/Africantape)

On l'attendait depuis quatre ans. Depuis le prometteur et enthousiasmant Sad Cities Handclappers. On les croisait sur les routes, dans ces salles toujours plus remplies. On entendait ici et là des nouveaux morceaux mais point d'album qui ne se matérialisait. Une autre version de l'Arlésienne façon alsacienne. Comme si les trois strasbourgeois prenaient patiemment le temps de peaufiner leur oeuvre et donc forcément de jouer avec nos nerfs. Et puis un jour il prend la forme d'un énorme glacier noir et blanc ou de plantations exotiques inondées de soleil et gorgées de chaleur. L'été dans l'hiver ou vice-versa. Vous ne savez plus comment vous habiller. Qu'il souffle le chaud ou le froid, votre organisme doit faire face à un phénomène musical d'une densité inattendue. Une nouvelle saison vient de naître. C'est bien connu, l'être humain peut s'adapter à tout jusqu'aux dérèglements climatiques les plus brusques; cela ne l'empêche pas de devoir observer un temps pour encaisser les chocs en règle. Discipline va vous mettre dans un état que vous n'avez jamais connu jusqu'ici. Cet album va s'emparer de votre corps tout entier. Vous aviez besoin d'un maître, d'une force supra-naturelle pour l'assujétir. Au départ, comme toute nouvelle drogue, vous n'allez pas comprendre grand-chose mais au fur et à mesure que vos membres vont s'agiter et que vos pulsations cardiaques vont se caler sur les rythmes syncopés post-modernes, vous vous retrouverez au centre du cercle de la danse. Psychologiquement, cet album va vous harceler jour et nuit. Ses mélodies obsédantes vous réveilleront au plus profond de votre sommeil. Alors, en sentant ce plaisir malsain contenu dans cette sueur froide prête à rouler sur votre peau, vous réaliserez que vous êtes possédés. Et que vous n'aurez plus qu'à obéir à la joie sans limite d'écouter un disque organique, chimique et synthétique, répétitif, évolutif et progressif. Un bloc de onze colonnes à l'énergie droite, spontanée et réfléchie, faites de strates riches, généreuses et artistiquemnt belles, nourries d'une sève intense, puissante et colorée. Discipline convie à la table de cette transe orgiaque une quantité de styles qui, parce qu'ils échangent entre eux et fusionnent à merveille, n'ont pas besoin d'être cités. Monolithe refusant le monothéisme musical, la montagne n'a pas accouché d'une souris. Elle est là, telle l'oeuvre de la Nature à laquelle trois musiciens exigeants et ambitieux ont apporté un savoir-faire qu'on n'osait pas imaginer voir évoluer de cette manière. Discipline dépasse toutes nos espérances pour être LE monument sonique et électrique de l'année. Obey! (chRisA - oct2012)

                                                    electric electric discipline

NEUROSIS honor found in decay (Neurot)

Dans le paysage post-doom metal de ces dix dernières années NEUROSIS est resté cette entité forte mais son étoile commençait à perdre de l'éclat. Son dernier vrai bon album remontait à 2001 (A Sun That Never Sets), le concept s'essoufflait, les membres (Scott Kelly et Steve Von Till en première ligne) s'investissaient toujours plus dans d'autres projets musicaux...la bête allait-elle s'affaiblir et mourir sur ses lauriers fanés? Sur le déclin, parfois l'orgueil et la fierté sont les meilleures vertus pour retrouver ce qui alimente la force du sang. A l'image de la sculpture tribale figurant sur la pochette, NEUROSIS reprend de la hauteur. Affûtée comme le trident dressé, sa musique est à nouveau prête à rentrer dans les chairs. Que le sang coule et que la purification commence! Incarnée par le chant douloureux et libérateur de Kelly et Von Till, l'expérience musicale est toujours aussi cathartique. Metal viscéral, les californiens excellent dans l'alternance calme-tempête. Découpé en sept longues pièces passionnantes, l'album déverse ses flots de fureur grâce à un riffing phénoménal, les finals de 'We All Rage In Gold' et 'Bleeding The Pigs' entre autres attestent de ces déluges jouissifs. Loin de toute extraversion, les explosions sont souvent le résultat de longues introspections. Cet intime nous vaut de superbes phases sombres, lentes et mélancoliques où l'instrumentation à cordes et à vent tient une part importante. Les mots et la poésie noire comme autant de réflexions sur l'être humain, prennent alors tout leur sens. Dans ces intros, ces breaks où le minimalisme devient l'essentiel, NEUROSIS reste étonnament puisant et parfaitement convaincant. Si le quintet d'Oakland essore vos tripes, lamine votre âme et pilonne votre cortex, il offre avant tout à l'auditeur des parcours labyrinthiques des plus réussis qui ne sont pas sans faire penser à ceux conçus par un groupe comme TOOL. Les compositions ne souffrent d'aucune longueur. Enveloppées d'ambiances et de samples appropriés, elles sont magnifiques de la première à la dernière seconde. Avec soin, elles allient pureté et rage dans un même écrin oppressant et obsédant. Qu'elles se nomment 'At The Well', 'My Heart For Deliverance', 'All Is Found...In Time', NEUROSIS dresse des cathédrales dans lesquelles chacun pourra s'émouvoir en se recueillant ou en extériorisant ses souffrances. Le groupe redevient Pape dans un univers qu'il s'est bâti à la force d'une créativité torturée mais tellement humaine. Un honneur redoré. Un nouvel et superbe album de la trempe de Through Silver Blood et Times Of Grace. (chRisA - oct2012)

LA TERRE TREMBLE!!! salvage blues (Murailles Music)

Dans cet album, "vous ne trouverez pas de séduction, de naturel, d'orgasme facile, de ligne chronologique, de déconstruction de quoi que ce soit, de math-, de post-, de noise-, d'indie-, de réponses à vos questions. Par contre, vous trouverez à coup sûr une narration peu ou non fiable, des gospels sadiques, des chants de guerre extatiques, des microbes européens, des couches et des couches de contradictions, des guitares électriques et acoustiques, une batterie et des percussions, des cornets, des tubas, du piano, de la contrebasse, du bricolage électronique, des orgues, des échos à bande, des réverbs à ressort, des murmures et des hurlements... Bref, des questions à vos réponses." Ce n'est pas moi qui l'écris mais le groupe lui-même. Alors est-ce que ce rapport qu'on qualifiera d'à peu près synthétique colle bien à la réalité? La vérité est peut-être à la jonction de leur vision et de la mienne...encore que... Mais je m'y colle. Vous ne trouverez pas de hits, de récompenses faciles, de poignées aux portes, de viandes avariées, de beats, de morceaux téléphonés, de fausses trouvailles de fossoyeurs mal-intentionnés, de points d'appui sécurisants. Par contre, vous serez heureux d'y trouver de l'énergie, de la poésie nerveuse nimbée de magie noire, des couleurs improbables, du psychédélisme assumé, des cassures, des chansons à tiroirs, de la puissance, des hallucinations, des nuits étoilées hispaniques avec des loups hurlant à la lune, des âmes impalpables mais envoûtantes, des autels aux rituels louches, des orgies sonores, tout ça étant le fruit d'un songwriting généreux et débridé. Emballé dans une magnifique pochette, Salvage Blues est un voyage, une expérience en soi parsemée de chemins tordus et de zones d'ombres. Pas besoin de kit de survie ni de boussole, laissez-vous emporter, laissez-vous vampiriser. Une secousse sismique d'une force tellurique magiquement somptueuse. Avec un énorme talent d'équilibriste, les trois auvergnats ont signé un album juteux à souhait. Niveau huit sur l'échelle de Richter! (chRisA - sept2012)

WOVENHAND the laughing stalk (Glitterhouse)

Avec la sortie de son septième album tout juste après le Live At Roepan, on pourrait dire que WOVENHAND ne se tourne pas les pouces si l'on voulait faire un brin d'humour. Sept réalisations en dix années d'existence...bonne moyenne et surtout très peu de déchets ! Cette dernière production se révèlerait-elle être un tournant pour ce groupe du Colorado? Oui et non. Certes, Pascal Humbert, fidèle compagnon de David Eugene Edwards, n'a pas travaillé sur cet album; il collaborerait actuellement avec Bertrand Cantat. D'où une formation inédite avec Chuck French à la guitare, Gregory Garcia à la basse et Ordy Garrison à la batterie. Qui dit nouveau line-up ne dit pas systématiquement nouvelle orientation musicale même si l'on sent poindre quelques intentions fraîches. En effet, on imagine mal ce fils d'ancien prêcheur composer autre chose que ces dark folk songs envoûtées et envoûtantes... Dès le morceau introductif ('Long Horn'), The Laughing Stalk affiche une belle énergie. Rock direct sur fond d'un bon clavier; l'album s'ouvre sous de bons auspices. Cette onde agitée va se propager sur les très convaincants 'King O King' et 'In The Temple' comme sur 'As Wool'. Guitares et distorsions mises en avant pour une approche résolument plus électrique. Sans dépareiller, les autres chansons, quant à elles, installent davantage des ambiances plus travaillées. Corps à coeur intime sur 'Closer' où l'on jugerait que Edwards, de sa voix troublante, vous parle directement à l'oreille. 'Maize', elle, résonne au son d'un piano discret mais omniprésent. Toujours influencée par les cultures amérindiennes et tribales, la musique de WOVENHAND conserve sa force incantatoire et réussit à maintenir tout au long une tension savoureuse. Sans faute de goût. Tous les titres s'enchaînent parfaitement bien et nous laissent entre les mains rugueuses de ce chaman de chanteur qui, même si l'on est habitués, dégage toujours autant de poésie noire et d'émotions pures. C'est une musique de la terre, du ciel, des esprits et de l'âme à laquelle on prend part. Album assez court mais concis et efficace, The Laughing Stalk ne surprendra pas outre mesure. Soyez pourtant sûrs qu'il est porteur de vibrations généreuses, mystiques et intenses et, qu'en chef d'orchestre émérite, l'homme, toujours bien entouré, n'a rien perdu de sa foi précieuse qui continue à faire des miracles. Et dites-vous que l'âme de 16 HORSEPOWER est encore bien présente ici. (chRisA - sept2012)

BEAK> >> (Invada)

Rien ne laissait présager que Geoff Barrow (PORTISHEAD, QUAKERS...), Bill Fuller (FUZZ AGAINST JUNK) et Matt Williams (TEAM BRICK) allaient remettre ça ensemble. A croire que, comme nous, ils avaient aimé l'expérience. Le concept est identique. Il consiste à s'enfermer dans un studio pour de longues jam sessions durant lesquelles le trio fait tourner encore et encore des boucles inspirées par leur amour du krautrock. Au programme: expérimentations et minimalisme pour dix nouvelles chansons au pouvoir hypnotique indéniable. Peut-être un peu plus orientées synthé que celles du premier album, les compositions vous enveloppent de leur beauté étrange ('Egg Dog'). Souvent noires, elles peuvent aussi se révéler angoissantes ('Ladies Mile' et 'The Gaul') Pour plusieurs raisons, elles fascinent en permanence car elles sont tout d'abord faussement simples. En même temps, il y a comme quelque chose d'évident dans l'écriture ('Yatton'). Aussi, celle-ci est dotée d'un sens du détail très appréciable. Sur chaque titre, le trio anglais arrive à créer des pièces qui relèvent autant de l'instinct, du plaisir que de la réflexion. Equilibre parfait qui évite au projet de tomber, comme trop souvent, dans la branlette arty. Les compos vont à l'essentiel avec ce caractère évolutif, progressif très maîtrisé. Elles explorent toutes des univers particuliers qu'ils soient déviants ('The Gaul') ou plus directs (l'excellent 'Wulfstan II' avec sa basse obsédante et son clavier à la DOORS). Qu'on se le dise, la guitare n'a pas disparu et elle fait des merveilles sur 'Spinning Top', 'Deserters' et 'Wulfstan II'. Plus 'instrument' que messager, les voix, toutes en murmures ou choeurs planants, se fondent idéalement aux ambiances déroutantes. Franchement, à bien écouter, et même si j'avais des doutes, ce groupe confirme et transforme l'essai périlleux de 2009 et fait presque mieux même. Il affirme sa personnalité. Ses individualités constituent une richesse non négligeable pour une formation intègre, lucide, ingénieuse et exigeante qu'on espère voir perdurer. Aucune raison d'appuyer sur le bouton 'skip' (>>). Vous allez plutôt vous surprendre à enfoncer 'repeat'... (chRisA - sept2012)

LUNGFISH A.C.R 1999 (Dischord)

Qu'on se le dise. Cette production n'est pas le nouvel album de LUNGFISH que tous les fidèles attendent depuis la mise en standby du groupe il y a plus de six ans. Dans sa quête de documentation de la scène musicale de Washington D.C, le label Dischord s'est juste contenté d'ouvrir un coffre-fort et de dépoussiérer l'un de ses nombreux trésors. Il y a un an, bande d'ignares que nous sommes, nous apprenions que le groupe de Baltimore avait enregistré avec Craig Bowen dans les studios A.C.R, ce qui serait l'épine dorsale du magnifique Necrophones paru en 2000. Voilà donc, en dix titres, l'ébauche, le brouillon de ce qui, un an plus tard, allait officiellement être leur neuvième album. Et quel brouillon! 'Hanging Bird', 'Shapes In Space', 'Sex War', 'Occult Vibrations' et 'Infinite Daybreak' survivront au remaniement. Sans compter, l'interlude 'Aesop' qui ne présente que peu d'intérêt, ce travail préparatif révèle néanmoins trois excellents inédits. 'Symbiosis', 'Screams Of Joy' et 'I Will Walk Between You' sont du pur LUNGFISH; les fruits d'une musique rock tendue aux mouvements circulaires, aux pouvoirs cosmiques et à la poésie bénie par des êtres supérieurs aux dieux. LUNGFISH, on déteste ou on vénère; inutile de vous prouver de quelle tribu je fais partie...la pièce est descendue? :-) Mais force est de reconnaître la beauté métaphysique de leur univers sonore. Ce document est précieux car, outre les inédits, il nous permet de voir plusieurs choses. Tout d'abord le travail de Bowen est différent de celui que Don Zientara fera au studio Inner Ear. Le son ici est plus rugueux, plus âpre. Plus brut aussi donc moins léché et ça colle parfaitement avec l'intensité du jeu des trois musiciens et avec la voix prophétique du sieur Higgs. Aussi, cet album paraît plus compact alors que Necrophones sera un peu plus aéré avec des instrumentaux comme le titre éponyme de l'album et 'Cross Road' ; d'où aussi une énergie différente. L'introductif 'Eternal Nightfall' se révèle bien plus passionnant ici avec cette seconde guitare tenue par Daniel Higgs. Des détails me direz-vous... Il serait ridicule de chercher à dire que tel ou tel disque est meilleur que l'autre. Avec ce A.C.R 1999, il est surtout fascinant de voir comment les chansons, les aspirités créatives, l'état d'esprit ont évolué en un an de temps. Si vous ne connaissez pas Necrophones, ce disque peut être une très bonne mise en bouche avant de découvrir la mouture finale. Pour tous les autres, et fans absolus, A.C.R 1999 est un 'collectible' à ranger soigneusement dans la discographie irréprochable et phénoménale d'un groupe au génie indescriptible. Il se dit qu'il y aurait encore pas mal d'inédits du groupe dans les tiroirs. Sans nostalgie aucune (car leur musique est intemporelle) on trépigne d'enthousiasme. (chRisA - août2012)

LIARS wixiw (Mute)

Souvenez-vous, il y a un peu plus d'un an et demi, de ce que Angus Andrew avait dit à IAALS concernant la suite de Sisterworld: "tu prends Sisterworld et tu imagines tout et son contraire." (voir INTERVIEWS 2010). Pas de langue de bois chez nos menteurs professionnels puisque ce septième album ne ressemble en rien à ses prédécesseurs. Les californiens ont cette aptitude naturelle à prendre le contre-pied de ce que leurs fans et la presse peuvent attendre d'eux. Ils ont aussi cette capacité à se renouveler qui, depuis dix ans, continue d'étonner. Guitare reléguée au troisième plan. Batterie mise aux oubliettes. Une mutation comme un vrai défi. Wixiw est l'album electro des LIARS, peut-être même leur Kid A et le plus surprenant dans tout ça c'est que cette nouvelle production est une pure réussite. Résultat d'une collaboration encore plus étroite entre Angus Andrew et Aaron Hemphill isolés dans une cabane pendant des semaines sur les hauteurs de Los Angeles, Wixiw met en avant le désir de bousculer et enrichir l'oeuvre du trio mais en changeant de moyens. En d'autres termes, le fond reste toujours bizarre et atypique tandis que la forme, elle, est nouvelle. L'album baigne dans des ambiances louches. Souvent composées de plusieurs couches, les textures sonores sont riches et détaillées. Sans être conceptuel, l'ensemble garde toutes ses propriétés mélodiques. Des nappes aériennes de 'The Exact Color Of Doubt' au dark abstract electronica de 'Octagon' au très acoustique 'Ill Valley Prodigies' en mode échos en passant au très dance/house 'Brats', les morceaux se dévoilent avec un immense plaisir. Et si au départ on se dit qu'on voulait autre chose de ces américains, les écoutes prolongées se révèlent encore plus jouissives. Le groupe ne cède rien à la facilité ni à la mode synth-pop. Il exprime toujours la même mélancolie ('His And Mine Sensations'), ses angoisses ('Wixiw'), sa singularité rythmique ('Flood To Flood' avec son excellente basse synthétique). Chaque morceau ici se différencie en gardant l'esprit souhaité, la cohérence attendue. Très bien pensé en termes de dynamique, on ne s'ennuie jamais. On ne se perd pas non plus dans un délire arty mais Wixiw est indéniablement une expérience pour l'auditeur. Un grand album en forme de dédale mais à la sortie garantie avec, en prime, l'assurance d'avoir un large sourire de satisfaction. Les LIARS ne sont jamais aussi bons que lorsqu'ils se mettent vraiment en danger (remember les excellents They Were Wrong, So We Drowned et Drum's Not Dead ?) On les adore quand ils sont aussi imprévisibles et créatifs. Cru classé! (chRisA - août2012)

VOLCANO! pinata (Leaf)

Sur la pochette, les gars ont beau bien présenter sur eux, cet album aux neuf titres réunit tous les éléments pour être ce chien en papier-mâché qu'on va, dans la tradition mexicaine, s'empresser de bastonner sadiquement à grands coups de batte de baseball. Y a comme de la provocation chez ce groupe de Chicago. En plus du soleil qu'ils vous mettent dans les mirettes, ils restent aussi peu dociles qu'en 2008 avec Paperwork, leur album précédent. Batterie élastique aux rythmes complexes, jeu de guitare façon free à la caresse subtile, fantaisies mélodiques mais parfois agaçantes, le tout étant accompagné d'un chant qui fait dresser les oreilles avant de les irriter..ça y est! Les coups pleuvent déjà. Le premier morceau n'est même pas à la moitié que le massacre est en cours et rien ne pourra vous stopper dans votre dégoût sinon votre curiosité et votre perspicacité. Et si VOLCANO!, dans son indie-rock fantasque, avait des points communs avec EXTRA LIFE, la formation pour le moins atypique de Charlie Looker et encore SHUDDER TO THINK, groupe DisChordien totalement sous-estimé des 90's? C'est bien connu. A toujours emmener l'auditeur sur un terrain instable et imprévisible, les risques de plaire sont minimes. Et pourtant il y a de la personnalité, de la fraîcheur, de l'intelligence et de l'inventivité dant tout ça. Il y a aussi de l'humour féroce dans les paroles, beaucoup de technicité et de feeling dans le jeu menant à des émotions palpables - 'Fighter', le morceau central est LA dent en or de ce chien fou. Si l'on passe le cap de la voix crispante et omniprésente d'Aaron With alors les morceaux se glisseront sous votre peau pour remonter et subjuguer votre mental musical. VOLCANO! séduit là où il énerve et vice-versa. Leurs compositions bipolaires basées sur l'attirance et la répulsion témoignent d'un talent qui ne saute pas tout de suite aux oreilles mais qui se veut envoûtant. Mine de rien, Pinata s'en prend à votre cortex et se moque bien de la délicieuse torture qu'il vous infligera. Vous pensiez vous jouer de ce disque et les rôles se sont inversés. Sans aller contre nature, les trois musiciens possèdent un don; celui d'être hors-normes et borderline. De par une plus nette accessibilité, Pinata est peut-être le pendant édulcoloré du feu d'artifice qu'était Papework mais cette nouvelle production conserve intrinsèquement l'exigence artistique (élitiste? autistique?) d'un groupe attachant car rare. Dites-vous que le chien est beau à caresser. Ensuite vous déciderez de l'utilité de la batte... (chRisA - juillet2012)

BURNING LOVE rotten thing to say (Southern Lord)

Existera-t-il, un jour, une appellation d'origine contrôlée 'Enregistré par Kurt Ballou'? A l'instar de celle existant depuis des décennies pour un certain Albini Steve, il faut reconnaître que: un, le guitariste de CONVERGE en voit passer du beau monde dans son studio Godcity. Deux, il fait toujours du très bon boulot. Résultat, comme un gage certifié, la qualité est souvent au rendez-vous...et elle ne fait pas défaut pour l'album surprenant de BURNING LOVE. En s'acoquinant avec des membres de OUR FATHER, Chris Colohan, l'ex-leader de CURSED, accouche d'un premier essai qui sent la poudre. Composée à 35% de punk-hardcore, à 15% de heavy-rock et à 50% de rock'n'roll, la substance réunit tous les ingrédients pour être explosive. Dès l'intro, on sent qu'on va passer un très bon moment. Avec succès, 'No Love' et 'Karla' mettront le feu aux onze autres tonneaux. Sans faillir, les morceaux allient puissance, urgence, et mélodies. La furie des guitares et l'audace de leurs soli comme constante délectable. La voix rauque, tendue et agressive de Colohan colle parfaitement telle l'huile sur le feu. La force aussi de Rotten Thing To Say vient de toutes ses bonnes idées. Sans qu'elles n'altèrent l'homogénéité de l'album, elles injectent beaucoup de diversité et donc énormément de plaisirs; 'Hateful Comforts' pouvant être la chanson référence. Sans réinventer le monde, BURNING LOVE réussit là où, sur son dernier album, COLISEUM s'est planté. Là, où, reformé ou pas, HOT WATER MUSIC ne pourra plus jamais aller. Vous n'aimez pas les pétards mouillés? Parfait! Si vous allumez la mèche de Rotten Thing To Say, je vous promets que vous ne pourrez plus l'éteindre. Un sacré album de rocking hardcore, vous êtes prévenus. (chRisA - juin2012)

MINA TINDLE taranta (Believe)

C'est toujours avec une grande méfiance que j'aborde les titres voire l'album d'une artiste pop-folk française. Des filles (mais les mecs ne valent pas mieux) à gratter sur une guitare dans un esprit mélancolique mais glamour, ça se vend bien à la Fnac, ça parade à Taratata, ça plaît aux jeunes, aux bobos, aux jeunes vieux, aux grands-mères et au final ça donne envie de vomir. Pour son premier album, la jeune parisienne s'en sort plus que bien. En quatorze titres très variés, cet album a tout de suite échappé au sort dit 'du lancer de CD dans le jardin'. Le langage musical utilisé ici est connu mais il est de qualité. Ses compositions ne sortent pas de nulle part. Elles ont pour influences CAT POWER, COCOROSIE, KATE BUSH, CAMILLE... Sous la houlette d'un JP Nataf inspiré aux manettes et à la composition ('Pan'), MINA TINDLE arrive aussitôt à retenir l'auditeur avec ses nombreux titres intimistes aux arrangements bien sentis comme avec ses tubes ('To Carry Many Small Things' et 'Lovely Day') qui devraient éviter de vous agacer, un samedi matin, dans les allées du Carrefour du coin entre les rayons viennoiseries et huiles auto. Chaque chanson sincère va à l'essentiel et surtout réussit à émouvoir de par leurs belles mélodies ('Bells'...), de beaux textes ('Demain'...) ou encore des ambiances touchantes ('Alegria'...). L'artiste ne s'enferme dans aucun placard. Au contraire, elle ouvre toutes les portes et ce sans jamais tomber dans la facilité. Appuyées par une instrumentation qui s'épanouit, les idées fusent et les couleurs giclent pour le plaisir de tous nos sens. En gardant cette exigence et en s'affirmant encore davantage, MINA TINDLE devrait continuer à surprendre. Une très belle et bonne découverte chaudement recommandée pour tous ceux qui aiment...ou détestent Taratata. (chRisA - juin2012)                      

OFF! s/t (Vice)

Dans la catégorie revival punk-hardcore approuvé par tous les fans de BLACK FLAG de la première heure, OFF! avait sacrément marqué les esprits avec la compilation de ses quatre singles l'année dernière. Un an plus tard, l'effet de surprise est passé. On retrouve la formule: Keith Morris aux postillons rageurs, Dimitri Coats au four et au moulin avec sa six cordes, chansons vindicatives ultra-courtes, Raymond Pettibon à l'artwork... Ce premier album éponyme serait-il la copie conforme du First Four Eps? Non, malheureusement car ce dernier est un cran en dessous. Seize titres en presque seize minutes et on se demande ce qu'on peut retirer de cette collection de morceaux de quarante-cinq secondes. En s'enchaînant rapidement, ces crachats aux accords plaqués sans originalité laissent circonspect. L'album défile et les gifles se font attendre. Sans trouver les angles d'attaque vitaux dans ce genre d'exercice, les titres s'enferrent dans la répétition et la banalité. A vouloir faire trop court, on se retrouve vite sans arguments. Ce sont les chansons les plus longues (attention, ici, ça ne dépasse pas la minute trente-six) qui logiquement tirent leur épingle du jeu. 'Jet Black Girls', 'Wiped Out', 'King Kong Brigade' et 'Harbor Freeway Blues', en jouant les prolongations, ont ce supplément d'idées et d'âme. Quand musicalement les éléments prennent un peu le temps de s'installer, c'est là qu'ils sont les plus intéressants. Une intro ici et un détail là. Un break ici, un solo là et tout de suite les morceaux ont plus d'impact. Et l'album donne un peu moins l'impression de n'être que le terrain de défoulement du chanteur de 56 ans et du guitariste. Pas une seule seconde cet album ne peut être taxé de tordre le cou aux codes du genre. Lancés comme une flèche, les quatre californiens tapent dans le mille de l'efficacité, de la spontanéité et de la fermeté. Sans tergiverser ni calculer, la formation joue une musique de confrontation qui, sans jamais être mauvaise -bien au contraire- manque pourtant cette fois cruellement d'armes et d'inspiration. Un premier album au débit d'éjaculations précoces ratant souvent le point G comme gooood. (A voir 'Wiped Out' dans la rubrique vidéos) (chRisA - mai2012)

PELICAN ataraxia/taraxis (Southern Lord)

Après un album bien accueilli (What We All Come To Need) sorti en 2009, on croyait bien que l'oiseau palmipède avait fini par casser son bec, euh...sa pipe. Que nenni! Les migrateurs (chaque musicien réside à présent dans des villes différentes) sont de retour avec un quatre titres très intéressant. Ce format court et concis s'avère être la meilleure formule pour ce post-rock doom instrumental. Il évite ainsi les longueurs et les redites car la chanson, depuis leur début avec Australasia, album référence, on la connaît. Tout d'abord, les morceaux, ici, n'excèdent pas les cinq minutes (ouf!). Ils ont la force de proposer une belle palette de sons et d'émotions. L'introductif 'Ataraxia' avec sa guitare acoustique sur fond de menace bourdonnante plante un décor mystérieux. Suit le dynamique 'Lathe Biosas', belle pièce de rock mélodique que les RUSSIAN CIRCLES ne renieraient pas. 'Parasite Colony', quant à lui, s'étire à la façon d'une procession lente. Sur un tempo plus lourd, il est très appréciable de voir les américains épaissir leurs riffs et ainsi donner de la profondeur. Perspective noire mais pas que...car, sans jamais s'enfoncer, les titres tirent avec finesse et aisance sur le clair-obscur. Les plans se développent et se multiplient avec cette efficacité dans les liens cohésifs assurés aussi par le très bon travail de production. Cet Ep se conclut un peu comme il s'est ouvert à la lumière. 'Taraxis' propose un savant mélange entre acoustique et électrique, véritable marque de fabrique de ce quatuor. Avec son finish dissonant, la composition vibre gracieusement aux notes d'un piano marginal laissant une envie forte à l'auditeur de relancer l'album et de rouvrir la boucle. Avec Ataraxia/Taraxis, PELICAN signe assurément un retour gagnant. Le groupe a toujours le mérite de ne rien imposer à l'auditeur. Il préfère suggérer. Libre à chacun d'imaginer et de se projeter dans ces espaces sonores pour en apprécier toute leur beauté. En écoute intégrale ici > http://soundcloud.com/theavclub/sets/pelican-ataraxia-taraxis (chRisA - mai2012)

LILACS AND CHAMPAGNE s/t (Mexican Summer)

Emil Amos et Alex Hall sont plus connus pour être les têtes pensantes du combo GRAILS. Après le très bon Deep Politics sorti l'année dernière, la paire s'offre ici une parenthèse décontractée avec ce nouveau projet au nom très stylé et romantique. Si derrière ce patronyme et certains titres de chansons on sent poindre un certain humour, ce premier disque est tout ce qu'il y a de plus sérieux. Véritable nouvelle page de l'univers fantasmagorique des deux compères, il lâche onze morceaux aux collages d'expert. 'Everywhere, Everyone', en guise d'introduction, met la barre très haut (à consulter dans la rubrique vidéos). Sorte de trip-hop sur fond de choeurs de l'Armée rouge accompagnant Elvis, le crooner de Memphis, le titre prend une direction post-rock psychédélique des plus enthousiasmantes. Impressionnant de maîtrise, de cohérence et d'amplitude sonore, ce premier titre ouvre une boite d'où vont s'échapper une multitude de samples, d'espaces musicaux et d'expérimentations. Cette création prend la forme d'une bande originale de film de série Z. Décalée, suave, totalement cool et indubitablement surprenante. On ne sait ici si c'est le son qui crée l'image ou si, à l'inverse, c'est celle-ci qui l'inspire tellement l'univers cinématographique fait partie prenante de cette réalisation au sens du détail admirable. Les styles musicaux se font et se défont. Ils se mélangent naturellement avec fluidité. Avec ou sans beats, chanté ou pas, avec ou sans guitare, chaque morceau définit des horizons différents, des points de fuite contrôlés. Invité à fermer les yeux pour mieux s'évader, l'auditeur n'a qu'à se laisser glisser. Très souvent hip-hop ('Battling The City'), tantôt soul ('Lilacs'),  synthrock ('Corridors Of Power II'), world ('Moroccan Handjob'), la musique de LILACS AND CHAMPAGNE est un concentré d'idées magiques et souvent poétiques. Toutes les pistes n'atteignent pas le niveau de la première chanson et parfois elles peuvent s'égarer ('Nice Man') mais reconnaissons et louons l'incroyable imagination de ces compositeurs passés maîtres en collages et autres bidouillages. Le parfum frais et odorant de belles fleurs blanches ou mauves associé au pétillant d'un vin blanc d'exception. A consommer sans modération. (chRisA - avril2012)