THE EX and GETATCHEW MEKURIA (16/06/11 - Salle Jean Carmet - Allonnes/Le Mans)

              

getatchew mekuria

Quand THE EX passe dans le coin, il n'est tout simplement pas pensable de ne pas aller à sa rencontre. Raison de plus quand ils collaborent avec le saxophoniste émérite GETATCHEW MEKURIA et leurs copains. Trois ans pile après avoir vu cette joyeuse bande au 6PAR4 à Laval, c'est un plaisir non dissimulable qui m'envahit à l'idée de passer une bonne heure et demie avec eux. 'Musicawi Silt' n'a pas commencé de résonner que la machine à danser se met déjà en branle. C'est comme si cette musique dictait aux pieds et au corps tout entier de bouger. Autour du saxophoniste éthiopien de 74 ans il y a les guitares d'Andy et de Terrie qui se chamaillent. Sourires aux lèvres, les deux compères se lancent régulièrement dans des joutes de riffs free-noise du meilleur effet. Il y a Katherina et ses rythmes robotiques, tribaux et envoûtants. Il y a aussi la basse lumineuse de Colin (DOG FACED HERMANS) ainsi qu'Arnold de Boer, le dernier arrivé dans le clan EX, aussi à l'aise au chant qu'à la trompette. Le brassband se compose aussi de Brodie West au sax alto, de Joost au trombone et de l'excellent Xavier Charles qui fera encore une performance très remarquée et remarquable sur le délicieux titre 'Hiwat'. A cette grande famille qui s'amuse comme des petits fous, le tout dans une humeur festive très communicative, n'oublions pas l'extraordinaire danseur traditionnel. Véritable phénomène de souplesse à laquelle il mêle grâce et intensité, il fera trois apparitions rythmant ses gestes et ses désarticulations sur le pas d'une musique, elle aussi, bondissante. Trois ans ont passé, l'effet de surprise a disparu mais cet ethio-punk-jazz est toujours aussi riche, frais et flamboyant. Les morceaux passent tout seuls et racontent, chacun leur tour, leurs histoires. A la fois free-jazz, punk-rock, bebop, noise, brassband, la setlist, savamment concoctée, dévoile tous ses petits instants de bonheur. De 'What Is The Heart Of Everything?' à 'Eoleyo' (présent sur l'album Catch My Shoe) jusquà l'émouvant et très intimiste solo de Getatchew sur 'Tezeta', le show ne connaît aucune faille et ne laisse aucun répit au scoubidou coloré et mou qu'est devenu votre corps en sueur. Avec sa coiffe type crinière de lion et sa tunique ou tout simplement en chemise, le saxophoniste s'amuse, impressionnant qu'il est de par son jeu fluide, libre et spontané. Jamais à bout de souffle, l'homme a fait de la scène sa maison, des musiciens autour de lui ses amis, de sa musique son pays et son langage. Partout où THE EX et Getatchew jouent, il y a cette communion et cette complicité rares avec les spectateurs. Les uns avec les autres formant un tout. J'ai adoré le moment où Terrie a invité une fillette déficiente mental à gratter les cordes de sa guitare rongée par les années et la sueur. La gamine s'est prise au jeu et s'est fendue d'une super intervention parfaitement dans le ton de la soirée. Accessible, jouissive et quelque part participative, leur musique est un puits de générosité et de chaleur mêlant l'histoire de la culture jazz éthiopienne à celle du punk rock revendicateur occidental. Elle unit toutes les couleurs et dessine un arc-en-ciel d'émotions toutes plus positives les unes que les autres. Après un premier et un second, le public, bien chaud, serait bien allé jusqu'à un énième rappel. Le genre de concert qui fait autant de bien à la tête qu'au corps. Pour vous donner une idée plus concrète du talent fou de cette troupe unique et géniale, procurez-vous leur album Moa Anbessa (Terp Records) ou le film de Stéphane Jourdain en DVD, collection EthioSonic. (chRisA - juin2011)