JOY + STRANDED HORSE (05/02/11 La Chapelle Saint- Jacques - Vendôme)

                    joy

Les concerts assis, ce n'est pas trop mon truc mais on peut admettre que pour l'affiche, dans ce lieu très religieux, cela semble plutôt approprié. Dans un silence de cathédrale, Yann Tambour s'installe seul face au public. Il se saisit d'une kora d'Afrique occidentale. Son projet, STRANDED HORSE, nous transporte immédiatement vers des contrées arides mais forcément évocatrices de couleurs et de parfums. A ces sonorités mandingues, un chant dans un anglais très littéraire vient se mêler. La marque de fabrique est là: réussir à rapprocher au travers d'un folk original les cultures et  les langages pour se faire son monde. Passant aisément d'une kora à une guitare acoustique, Yann Tambour alterne les paysages musicaux qui prennent encore plus d'épaisseur lorsqu'ils sont appuyés par les volutes d'un violon caressé par la discrète Carla. C'est assez beau, c'est sincère et authentique mais au bout de trente minutes je commence à m'engourdir. Le réveil sonnera avec JOY. Le trio belge s'avance sur la scène, salue la salle à la manière d'une troupe de théâtre, la remercie déjà pour sa curiosité. L'ex-VENUS, Marc Huyghens (chant, guitares), Françoise Vidick (chant, batterie) et Anja Nauclerc (violoncelle) ne pouvaient rêver meilleur lieu que cette chapelle superbe à l'ambiance et à l'acoustique idéales pour cette musique si habitée. Le groupe attaque avec 'Empire' et s'approprie tout de suite l'espace. Les deux lead vocals survolent une pop minimaliste presque spirituelle. On pense tout de suite aux excellents américains de LOW. Le parallèle est flagrant. Une voix masculine contrebalancée par une voix féminine pour des harmonies délicieuses, une rythmique lente et hypnotique qui se résume souvent à des coups de tom basse, des mélodies enlevées et mélancoliques, le coeur de JOY bat à la cadence de ses émois. De ses doutes et de ses certitudes. Les échanges et les confrontations de la guitare électrique avec l'âme ténébreuse d'un violoncelle omniprésent sont du plus bel effet. Si les arpèges de Huyghens sont souvent fragiles, légers, les notes de Nauclerc, en revanche, regorgent de force et de chaleur, la pédale d'effets libèrant parfois des riffs surprenants. Langoureusement rock et baroques, les morceaux -'Mirage' et 'Vertigone' étant sans doute mes préférés- nous plongent aussi bien dans le recueillement que dans une forme de béatitude. Si les ambiances sont parfois plombées des montées lyriques viennent progressivement éclaircir l'horizon. Les trois bruxellois s'expriment avec beaucoup de cohésion, de simplicité et de justesse. Huyghens, en chef d'orchestre expert, insuffle beaucoup de classe aussi. Malgré une ou deux longueurs, JOY ne nous sortira pas d'un univers artistiquement riche et poétiquement touchant. JOY n'est peut-être pas le groupe de rock le plus marrant de la scène belge mais sa musique n'en est que plus émouvante. A suivre! (chRisA - fev2011)