ORCHESTRE TOUT PUISSANT MARCEL DUCHAMP (dimanche 19 juillet 2015 - Saveurs Jazz Festival, Segré)

Le patronyme de ce big band suisse ne m’était pas totalement inconnu. Tout comme la pochette de leur dernier album ‘Rotorotor’. Mais j’étais loin de m’imaginer que leur concert donné hier au SAVEURS JAZZ FESTIVAL de Segré (49) allait me faire déhancher de cette manière. En dignes rejetons spirituels de THE EX et DOG FACED HERMANS, les helvètes ont peint de tout leur talent et de toute leur bonne humeur un arc-en-ciel de couleurs sur le plafond du chapiteau de la scène de la Marmite. Dans leur chaudron musical bouillonnent des influences de tous continents. Leurs mélodies surprenantes, touchantes et dansantes s’insinuent et pénètrent votre enveloppe corporelle en un tour de main. Les magiciens utilisent une multitude d’instruments (trombone, flute,  marimba, contrebasse, guitare, batterie…) pour créer des rythmes chaleureux, des grooves toxiques. La belle voix douce et calme de Liz chapeaute le tout…et le tour est joué ! Les ambiances sont tellement diverses que l’auditeur se prend à voyager en Afrique noire, au Moyen-Orient, en Asie. Avec ses textes engagés et humanistes cet Orchestre n’oublie pas d’allier puissance et free noise (Terrie Ex appréciera) dans leur tambouille goûteuse et juteuse qui malgré les rappels ne peut rassasier les convaincus et nouveaux convertis dont je fais partie. Entrez vous aussi dans la transe ! (chRisA - juillet2015)

> https://otpmd.bandcamp.com/album/rotorotor-2

                  

PNEU (dimanche 19 avril 2015 - somewhere in Laval)

Ils sont chouettes les concerts organisés dans des lieux surprise que nous offre le 6PAR4. Aujourd’hui, pour rencontrer et voir PNEU, on devait tous se retrouver au Cinéville de Laval avant d’être guidés sur les bords de la Mayenne, à la Halte Fluviale. Excellente idée au regard de la météo très clémente puisque le soleil avait fait le choix de nous sourire. Alors, on est là, sur ce ponton, à quelques centimètres du duo tourangeau et on se dit qu’on a de la chance. PNEU ne déçoit jamais. On connaît bien sûr la formule instrumentale épileptique et noisy de JB et Jey mais comme ils avaient un nouvel album (Destination Qualité) sous leurs amplis, bah, c’était tout bénèf. J’adore leur approche quasi tribale… JB, le batteur, nous demande de nous rapprocher d’eux, de former un cercle…il ne suffit plus qu’à rentrer dans la danse. Une guitare, quelques pédales, une batterie, quatre amplis, pas de fioritures, attaque primaire. JB qui aurait pu parfaitement jouer dans le Muppet-Show enlève ses chaussures et perd un demi-litre de sueur tout de suite après le premier morceau. Le bûcheron ne se pose pas de questions et maltraite son instrument avec talent. Caché par ses cheveux, Jey se concentre sur son jeu qui n’a rien à voir avec celui d’un guitar-hero mais pour sûr, il envoie. Et le manche chauffe vite. PNEU ne cède jamais à la facilité et mène son bolide cartoonesque, délirant et bruyant à vive allure. Les nouveaux titres de l’album ne font aucune concession et maintiennent le cap de l’aventure et parfois de l’expérimentation.  JB et Jey partagent une complicité bestiale fondée sur une coolitude qui fait tellement plaisir à voir et à entendre. Le set est intense, il ne souffre d’aucune longueur. C’est une excellente dose d’adrénaline festive…et ça fait bientôt dix ans qu’ils s’amusent à nous la faire partager. Merci à eux d’avoir toujours la pêche, la banane, et la force de nous fournir en bonnes vitamines. Disque très fruité, Destination Qualité et son set se sont vu récompensés de 4 guitares au guide Michelin (ouais, pneu et tout ça…) cette après-midi. Merci au 6PAR4 pour cette sonique activité dominicale. (chRisA - avril 2015)

DETROIT (vendredi 23 mai 2014 - Festival Les 3 Eléphants - Laval) (photo: Marc Ollivier)

Le début de la soirée dans l’Arène se fait avec DAKHABRAKHA, des artistes venus d’Ukraine, trois femmes, un homme, vêtus de costumes traditionnels : robe  immaculée pour les femmes dont la blancheur tranche avec le noir de leur coiffe, costume noir pour l’homme avec des broderies dorées. Côté musique, le quatuor livre une world musique contemporaine aux influences slaves mais aussi arabisantes et plus généralement africaines avec des instruments traditionnels : djembés, accordéon, violoncelle, etc. Le rythme, l’originalité des compositions, l’enthousiasme des artistes a tôt fait de conquérir le public.  Belle découverte et beau succès. Vient ensuite, le temps de la tête d’affiche de la soirée, pour ne pas dire de tout le festival : DETROIT. Bertrand Cantat et Pascal Humbert entrent sur scène et commencent leur set par l’émouvant ‘Droit dans le soleil’. Arrivent ensuite les trois autres membres du groupe pour continuer le voyage musical de l’album avec ‘Glimmer in your eyes’. Cantat n’a rien perdu de son charisme et de son talent. Les chansons s’enchaînent avec fluidité et s’entremêlent à des titres incontournables de NOIR DESIR comme ‘Le Fleuve’, ‘Le Vent Nous Portera’, ‘Lazy’, ou ‘Fin de siècle'. Certains titres me semblent un peu moins convaincants tels Sa Majesté qui s’étire en longueur et finit par tourner en rond... La volonté de Cantat de s’écarter des mélodies originales est parfois aussi déroutante et le chant est parfois à la limite de la justesse. Il n’en reste pas moins que le public est ravi de ces retrouvailles après de si longues années d’absence et le chanteur semble visiblement heureux d’être sur scène. La salle exulte avec le dernier titre du rappel, ‘Tostaky’ qui vient clore un bon concert. Retour gagnant ! (Christophe B. - mai 2014)

THEE SILVER MT ZION ORCHESTRA (dimanche 23 février 2014 - Koko - Londres) (photo: Richard Gray)

Formé comme projet parallèle au collectif post rock canadien à géométrie variable GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR, THEE SILVER MOUNT ZION MEMORIAL ORCHESTRA, formation à cinq membres, est passé le dimanche 23 février à Londres présenter son 7ème album Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything. C’est dans la salle art déco du Koko à Camden, avec son décor opulent et sa boule de verre au plafond que le groupe se produit, disposé en  arc de cercle sur scène avec les deux violonistes devant aux extrémités, les deux guitaristes dont le chanteur Efrim Menucke sur les côtés et le batteur David Payant aux manettes derrière eux. Dès la première chanson, ‘Fuck Off Get Free (For The Island Of Montreal)’, on sent le changement de direction qu’a pris le groupe avec un son plus abrasif et punk que sur les autres albums,  tout en maintenant la longueur des compositions qui ne font jamais moins de six minutes. Ce qui différencie les deux groupes précédemment nommés c’est la présence de la voix du leader charismatique Efrim Menucke, et ce soir, il est, à l’instar du reste du groupe, en grande forme prenant le soin d’entrecouper chaque morceau de notes d’humour a capella, malgré le perturbateur de l’assemblée qui l’interrompt et le prend à parti à plusieurs reprises. Cela dit, on est en présence d’un public déjà tout acquis à la cause du groupe, qui pogote joyeusement aux premiers rangs quand les cinq membres du groupe chantent à l’unisson et que le volume atteint son apogée sonore. Nous voyons une formation bien huilée où le mélange de mélodies, de distorsions et de puissance marche à merveille. David Payant donne aux morceaux une hargne formidablement contrebalancée par le duo Sophie Trudeau et Jessica Moss aux violons et aux chœurs. Thierry Amar, qui passe sans effort particulier de la guitare électrique à la contrebasse symbolise ce mélange doux/ dur qui caractérise le groupe. Bien qu’il s’en défende (le groupe adopte des principes égalitaires avec un micro pour chaque membre), Efrim incarne l’âme du groupe. Il module sa voix à merveille, tour à tour haut perchée et douce, tout en nous assenant des riffs effrénés  à couper au couteau. S’ensuivent le furieux ‘Austerity Blues’, le puissant ‘All The Kings Are Dead’ et le magnifique ‘What We Loved Was Not Enough’. Je m’attendais aux longues introductions instrumentales présentes sur leurs autres albums. Or, sur la plupart des morceaux joués, le groupe adopte une approche plus directe et rentre tout de suite dans le vif du sujet avec des chansons démarrant au quart de tour puis montant crescendo, avec quelques accalmies passagères, pour ensuite reprendre de plus belle jusqu’à atteindre leur sommet. On sent un sentiment d’urgence dans le nouvel opus, une volonté de la part de SMZ de dénoncer les dysfonctionnements de ce monde à la dérive. Le groupe nous offre tout au long de la soirée sa vision apocalyptique d’un monde où perce malgré tout une lueur d’espoir. Oui, le monde est noir et les ténèbres approchent, cependant l’heure n’est pas au désenchantement, on peut survivre à ce monde, le salut passe par le combat. Bref, je suis sorti de ce concert avec le sentiment rafraîchissant d’avoir vu des artistes engagés au sommet de leur art, sachant transformer leur rage en énergie créatrice. Je suis curieux de me procurer leur dernier album afin de bien saisir la profondeur des nouvelles compositions et voir si elles sont aussi brutes que sur scène. Le groupe terminera son set avec ‘Little Ones Run’, un morceau plus calme, interprété par les deux voix féminines, une sorte de berceuse pour nous montrer que la vie peut aussi être douce dans ce monde de brutes.  (Olivier – mars2014)

REWINDER + TURBO PANDA + DUSTY DANDY (samedi 22 février 2014 - L'Arsenal - Nogent-Le-Rotrou)

En plein cœur de la petite ville d’Eure et Loire, la salle, au format club, est très sympathique. L’accueil des membres de l’asso Du Bruit Dans Les Longères est chaleureux et convivial. La soirée commence bien. C’est devant un public clairsemé que DUSTY DANDY empoigne sa guitare. Le one man band avec d’un côté la caisse claire et de l’autre la grosse caisse ne se pose pas trop de questions. Assis, il entame son set d’abord par un mélange de blues et de garage sixties. Debout, il durcit un peu le ton pour lorgner vers un rock plus fiévreux. La formule est simple, les compos offrent peu d’originalité mais, dans cet exercice peu évident, Matt se donne généreusement. C’est ensuite au tour des manceaux de TURBO PANDA http://turbopanda.bandcamp.com/de mettre les gaz. De concert en concert, le trio gagne en confiance. Les conditions de scène et le son sont idéals pour qu’il donne la pleine mesure de leur savoir-faire. Tendu, énergique et maîtrisé, leur indie-rock mâtiné, entre autres, d’influences dischordiennes, explose avec précision. Les gars ont un sacré sens de la composition et ce ne sont pas les trois nouvelles chansons (‘Change For The Same’, ‘Kill Me Now’ et ‘The Savior’) qui dépareillent dans ce répertoire très cohérent et exigeant. Emportées par une batterie continuellement en mode boost, des lignes de basse travaillées, une guitare incisive et un chant (lorsqu’il est poussé) à libérer les émotions, elles offrent du relief et une belle dynamique au set. De par leur intensité mélodique, ‘Dove’ et ‘Dead Zone’ ont assurément mes faveurs. Le public ne s’y trompe pas et en redemande pour un rappel de deux titres fort mérité. La fin de soirée revient aux franciliens de REWINDER http://rewinderofficial.bandcamp.com/ En fait, il s’agit ici du projet principal du guitariste-chanteur Matt qui partage la scène avec sa compagne à la batterie. Avec des faux airs de WHITE STRIPES (l’effet des vestes en cuir rouge ?), c’est plutôt du côté du punk-rock grungy de NIRVANA que leur musique se tourne. La frappe de mule de la batteuse s’entend parfaitement avec les riffs fougueux de son amoureux. Il y a un côté primitif et un peu crade qui n’est pas déplaisant. Le guitariste n’hésite jamais à descendre de la scène pour se frotter au public et propager ainsi le feu qui l’anime. L’éraillement de sa voix me fait constamment penser à celui du regretté Kurt Cobain. C’est sincère et plein d’une bonne rage sans que le duo ne se prenne trop au sérieux. L’apport de vidéos projetées en toile de fond est inutile car l’essentiel a lieu sur cette scène qu’ils occupent très bien. Encore une fois, c’est très basique, ça ne mange pas de pain mais REWINDER arrive à convaincre et surtout à nous faire passer un bon moment. Le concert se finit dans un joyeux bordel. Les absents auront eu tort de ne pas venir découvrir ces groupes. Un grand merci à tous les acteurs de cette soirée réussie. (chRisA – fév2014)

SHANNON WRIGHT + FAT SUPPER (mardi 4 février 2014 - La Péniche Excelsior - Allonnes)

Sa guitare, son ampli, quelques pédales, un siège, un clavier, deux micros, l’ex-Crowsdell a voyagé léger pour venir en Sarthe. Trois mois après son très bon concert au 6PAR4 à Laval, c’est en solo que l’Américaine se produit ce soir. Même pas peur, et ce même si la Péniche affiche complet. Assis ou debout, le public est tout ouïe. Il n’a d’yeux que pour elle. Acquis à une cause qui prend tout son sens dès les premiers accords nus. L’exercice demande une prise de risques. Il exige que l’artiste se dévoile. Avec ses armes et sa fragilité. Avec son cœur et ses tripes…qu’il en soit ainsi ! ‘Morning Light’, ‘Black Little Stray’ et ‘Birds’ lancent la première salve électrique. Aucun round d’observation. Pas de place aux tâtonnements. L’ampli s’embrase, l’artiste se meut dans une danse au feeling rock, sa voix porte, son visage grimace de ses paroles qu’elle vit intensément. Ô Shannon, tu nous Fender le cœur ! L’écorchée de Géorgie ne se donne pas en spectacle, elle s’exprime. Avec toute cette pudeur et cette sincérité qui font chavirer l’auditoire dans une écoute des plus religieuses. Shannon Wright a ce don pour captiver sans crisper les corps qui s’émeuvent de son univers. Au piano, de profil, derrière son rideau de cheveux, elle ouvre toutes les fenêtres de son talent. ‘Dirty Facade’, ‘Defy This Love’, ‘Sun Is Out’ et ‘Ways’ sont autant de moments de grâce. Ce soir, le son du clavier est bien meilleur que celui utilisé à Laval. Les émotions se font plus cristallines. Les flèches plus précises. Avec sa guitare à nouveau en bandoulière, elle magnifie ensuite des chansons comme ‘Plea’ et ‘You’ll Be The Death Of Me’. Elle arrive à les porter avec une superbe tension mêlée à une sensualité froide et dure. Son jeu tout en toucher est instinctif et maîtrisé. Sur le son enregistré d’une batterie, elle offre une version envoûtante de ‘Portray’, clôturant parfaitement ce deuxième volet rock. Et que dire des quatre derniers titres interprétés au piano qui vont sceller ce concert dans une magie sans artifice. Shannon Wright enchaîne ‘Bleed’, ‘Steadfast And True’, ‘Louise’ et ‘Avalanche’. Quatre perles qui sont déjà au panthéon des plus belles chansons de l’artiste. Une coulée d’applaudissements recouvre ce bout de femme forte et touchante qui, comme à son habitude, n’aura pas échangé plus qu’un ‘thank you very much’ sincère avec le public. Pas besoin d’en dire plus, pas besoin de rappel. Tout a été dit. Et la citation de Léonard de Vinci de parachever cet instant inoubliable « la simplicité est la sophistication suprême ». Un mot tout de même sur la bonne prestation des FAT SUPPER en première partie. Les quatre rennais ont su distiller leur rock iconoclaste à trois guitares avec cette pointe excitante qu’ont les groupes qui osent. Inclassable, leur musique simple et alambiquée ne se refuse aucun terrain de jeux, qu’ils soient pop, indie-rock, jazzy, prog, bluesy… Un mélange savant très agréable à écouter et à partager. (chRisA –fév2014)

TRAAMS + GHOST FRIENDS (vendredi 31 janvier 2014 - 6par4 - Laval)

Gratuit ou payant, il m’était impossible de rater le concert du petit phénomène TRAAMS. Fort d’un album (Grin sorti chez FatCat Records en 2013) qui, par sa fraîcheur et son immédiateté, a eu un écho très positif dans la presse mais aussi auprès du public, le trio britannique originaire de Chichester (West Essex) défend ce soir une formule qui a fait ses preuves. Simplement articulé autour d’une guitare, d’une basse et d’une batterie, le rock post-punk des TRAAMS se fait direct sans être urgent. Il se base d’abord sur une très bonne rythmique (très bon jeu de Leigh, le bassiste qui s’accorde même des 'solos') ni trop dansante, ni trop lourde. Elle étaye parfaitement les riffs de la guitare nerveuse et du chant braillard (mais pas trop) de Stu. L’influx émotionnel et physique que le chanteur-guitariste dégage est très séduisant et accrocheur. Sans en faire des tonnes, il fixe et anime les valeurs essentielles qu’on peut attendre d’une formation électrique. Les anglais savent aussi bien libérer des tubes courts et efficaces (‘Flowers’, ‘Head Roll’, ‘Fibbist’) que de longues plages aux tendances krautrock en mode hypnotique (‘Klaus’ et le rappel ‘Cisse’). Mention très spéciale au rock groovy et chaloupé de ‘Grin’ ainsi qu’au quasi-reggae ‘Low’. Le groupe ne s’enferme jamais dans une recette facile sans goût. Parfois poppy, il aime surtout faire monter une sauce noisy qui, sans être forcément originale, reste délicieuse. Formé en 2011, voilà un groupe qui va vite et qui par son enthousiasme et la bonne digestion de ses influences, fait bien. A suivre donc… En première partie, nous avons découvert les indie-rockers caennais de GHOST FRIENDS. Dans le sillage musical très 90’s d’un CLOUD NOTHINGS mélodique et un peu bruyant le tout avec la désinvolture nécessaire pour l’exercice, le groupe n’a offert que cinq ou six titres…même pas le temps de lâcher une goutte de sueur… C’est ce qui s’appelle rester sur sa faim…mais heureusement, le plat principal allait se montrer bien plus consistant et intéressant. Les anglais repasseront bientôt par Lyon et Saint-Malo. (chRisA – fév2014)

SHANNON WRIGHT (dimanche 3 novembre 2013 - 6par4 - Laval)

Dehors, le ciel pleure et n’arrête pas de gonfler ses joues pour libérer son souffle tempétueux. A l’intérieur, massé, le public attend sagement le trio qui fait une entrée discrète sous les lampes d’une scène sombre mais belle. A pas feutrés,  avec des gestes mesurés, il s’installe et rentre immédiatement dans le vif du sujet avec quatre morceaux d’un rock ciselé. Son rêche, compos sans fioritures, le volume monte aussitôt. On attendait ‘Noise Parade’ en ouverture mais c’est ‘Fractured’ qui fait un peu pâle figure pour l’entame. L’imposante assise rythmique tenue par Kyle Crabtree (batterie) et Todd Cook (basse) se cale tandis que la voix de la chanteuse-guitariste a du mal à s’imposer. Avec ‘The Caustic Light’, les choses commencent à rentrer dans l’ordre. Groovy, sensible et fougueux, ce titre fixe le cap et donne enfin le ton d’un concert qui suivra pourtant deux trajectoires : la première résolument rock nerveux, l’autre voie étant balisée de sad ballads interprétées souvent seule derrière son clavier. Deux moyens d’expression pour un même discours. Quand l’écorchée électrique se recroqueville sur ses mots et ses mélodies noires en suspension, elle n’en est que plus touchante. A la fois vulnérable et forte, Shannon Wright conte ses histoires troubles avec une telle intensité qu’à chaque titre, elle électrise l’air. En piochant dans les nombreux albums que compte sa discographie, elle nous fait parfaitement rentrer dans son univers mélancolique. A chaque chanson, c’est comme si la fille d’Atlanta se livre un peu plus. Cachant son regard derrière une tignasse fournie, elle ne cesse pourtant de chanter et jouer à cœur ouvert. Les applaudissements chaleureux ne trouvent que de timides mercis en échange. Humble et généreuse, elle enchaîne les bons titres (‘You’ll Be The Death’, ‘If Only We Could’, ‘Who’s Sorry Now ?’) dans une dynamique cohérente en fonction des mouvements souhaités. Shannon Wright a ce don de captiver son auditoire en allant chercher ces instants précieux qui font les beaux échanges. Néanmoins l’on s’étonne de ne pas la voir défendre davantage son magnifique dernier album In Film Sound. Il faudra deux très bons rappels et notamment ‘Bleed’ et ‘Mire’ pour estomper cette petite frustration. Après une heure et vingt minutes d’intimité, elle et ses deux comparses se retirent comme ils sont venus. Une très bonne performance. Comme on dit, les choses les plus simples sont parfois les meilleures et assurément les plus émouvantes. On prend déjà rendez-vous pour retrouver Shannon Wright à Allonnes en février. (chRisA – nov2013)

TAMIKREST + STRANDED HORSE (vendredi 11 octobre 2013 - 6par4 - Laval)

Alors que la salle avait fait le plein la veille avec la venue de FAUVE, c’est face à un public disséminé que Yann Tambour, alias STRANDED HORSE se présente. L’homme joue assis, entouré de deux petites koras et d’une guitare acoustique. Pas facile d’entamer un set intimiste dans tout cet écho mais quelques notes suffisent pour ouvrir les portes d’un voyage. Avec le doigté qu’on lui connaît, STRANDED HORSE nous transporte en Afrique. Comme il est émouvant de fermer les yeux pour voir et sentir la chaleur du sable, la quiétude d’un fleuve et les parfums d’un Sénégal où l’artiste aime souvent jouer et enregistrer. Avec beaucoup de profondeur et de sensibilité, le musicien chanteur décline dans un anglais très poétique ses folk songs. Qu’elles soient interprétées avec son instrument fétiche ou à la guitare, la douceur et la beauté illuminent toutes ses compositions. Aussi à l’aise dans la culture musicale mandingue qu’anglo-saxonne, Yann Tambour crée des ponts ; la reprise de ‘Transmission’ (JOY DIVISION) en mode malien étant le plus bel exemple qui soit. On regrettera que le morceau ne soit pas ici enrichi d’une seconde kora, d’un riti et d’un balafon comme sur le 45T sorti en 2012. D’ailleurs STRANDED HORSE n’est jamais plus intéressant que lorsque le projet acoustique solo se fait pluriel et qu’il se voit agrémenté d’autres instruments. On se souvient de son concert à Vendôme où il était sur scène avec une violoncelliste. Au tour de TAMIKREST de prolonger cette incursion en terres africaines. En tamasheq, ‘tamikrest’ signifie le nœud, la coalition, l’avenir. La formation malienne aux origines Touaregs cherche immédiatement à créer le lien avec le public en l’invitant à se rapprocher, à danser et à frapper dans ses mains. Musique chaleureuse aux textes humanistes avant d’être politiques, le son du groupe est celui du desert blues aux influences reggae. Emmené par l’excellent guitariste Ousmane Ag Mossa, TAMIKREST met merveilleusement en avant les titres de Chatma (‘mes sœurs’), son tout dernier album dédié aux femmes touarègues, à leur courage et à leurs souffrances.


Au rythme d’un djembé magique, d’une basse groovy et d’une calebasse aux accents dub, les longues compositions invitent à une douce transe hypnotique ponctuée des trilles de la chanteuse Wanou Walete Sidati. Le temps d’un morceau, le groupe accueille Yann Tambour à rejoindre ce dialogue musical résonnant aux sons des tablas. Au même titre qu’un groupe comme TINARIWEN, ce qui étonne le plus chez TAMIKREST, c’est bien cette volonté d’aller au-delà des frontières musicales comme pour offrir un message fraternel de paix et d’amour. Entre modernité et traditions, le blues de TAMIKREST n’est jamais triste, il se veut d’abord être une voix, celle du cœur. Dommage encore une fois que pas assez de personnes n’aient voulu répondre à ce bel appel. Ah y avait foot à la télé ce soir-là? ...(chRisA – oct2013)

THREE SECOND KISS + CHEVREUIL + MICAH GAUGH TRIO (mercredi 8 mai - La Péniche Excelsior - Allonnes)

Merci à Teriaki d’avoir insisté auprès de Julien Fernandez pour que la tournée anniversaire de son excellent label Africantape (eh oui, déjà 5 bougies !) pose ses amplis en terres sarthoises. En plein week-end de l’Ascension, c’est tout d’abord le MICAH GAUGH trio qui va nous percher haut. La formation déroule des CV aux références classieuses. Le géant noir Micah Gaugh (John Zorn, Cecil Taylor, Storm and Stress) au sax et clavier est accompagné de Kevin Shea (Storm and Stress, Talibam!) à la batterie et de Daniel Bodwell (Sinead O’Connor) à la contrebasse. Fier d’un album (The Blue Fairy Mermaid Princess) sorti il y a trois mois, le trio nous livre une musique free jazz très personnelle. Considérée comme poétique, télépathique et d’inspiration vaudou par son géniteur, elle s’appuie d’abord sur un chant et des textes allumés ; eux-mêmes constellés de notes triviales au Korg. Drôle de trip fait de sonorités assez linéaires pour un ensemble manquant cruellement de relief. Pourtant derrière, quand ça veut, ça Shea (désolé, mais quel batteur impressionnant !) Ces montées free d’une belle puissance trouvent plus d’intérêt à mes oreilles que les délires impulsifs et improvisés du néanmoins sympathique maître d’orchestre. Pas très décevant au vu de l’album qui ne laissait que peu d’espoirs pour le live.

Place au rock de CHEVREUIL ou plutôt à l’éprouvant math-rock de Tony et de Julien qui ont fait tant d’émules en France comme ailleurs depuis 1998. Les compères s’installent devant la scène. A la marge, comme d’habitude. Julien, le batteur fait face à Tony, guitare sous le menton, assis le plus souvent sur sa glacière afin de mieux atteindre l’armée de pédales glissées sous son synthé. Les deux sont entourés de quatre amplis Marshall, l’expérience sera quadriphonique. La frappe de mule survitaminée répond aux accords et effets complexes de la guitare. Tony touche plus qu’il ne gratte ses cordes. Trouve la grâce dans ses arpèges ou broie tout sur son passage en quelques sons bien gras. N’étant pas familier des productions du duo, je découvre et apprécie tout en reprochant le manque de contrastes. Les compositions mériteraient d’être plus courtes et plus variées. Et si elles pouvaient davantage aller à l’essentiel… Ca ne brame pas dans la salle mais CHEVREUIL fait grimper l’applaudimètre. Enorme débauche d’énergie pour un set béton. CHEVREUIL  a énormément influencé et continue à rester les maîtres en la matière.

Quelques minutes suffisent pour remettre un peu d’ordre sur la péniche et ce sont les italiens de THRRE SECOND KISS qui s’apprêtent à mettre la cerise sur le gâteau de cette soirée anniversaire. Plus de vingt ans de carrière pour le trio et ses six albums au compteur (Tastyville étant le dernier en date). Reconnu en Europe mais aussi Outre-Atlantique, THREE SECOND KISS jouit d’une notoriété qui n’est plus à faire. Pourtant la musique du groupe ne m’a jamais parlé, et ce soir malheureseument, cela ne changera pas. Emmenée par le bassiste et vocaliste Massimo Mosca, la bande joue un avant-rock rigoureux, tendu, tortueux qui se fraye difficilement un chemin dans les rythmes chaloupés du brillant Sacha et dans les accords torturés mais fins et techniques du toujours concentré Sergio. Les morceaux ne cèdent à aucune facilité. Ils n’offrent pas non plus cette évidence nécessaire au plaisir. A l’image des grimaces qui déforment les visages du bassiste et du guitariste, cette musique accouche dans la douleur. Le meilleur moment arrive lorsque Micah Gaugh accompagne ses amis au sax pour un titre. Pour qui pourquoi, sur ce morceau, la sauce prend. Le reste du temps, elle manque de saveur. Il n’empêche que le groupe propose un rock intelligent, très personnel et très atypique. Et, qu’au travers de son art, il montre beaucoup de générosité et de passion pour faire partager ses émotions. Avant de quitter la salle, une dernière pensée me vient. En 2008, avec l’album Long Distance des THREE SECCOND KISS, Julien Fernandez sortait la toute première référence à son catalogue qui allait en connaître des dizaines d’autres. Cinq ans après, le ‘boss’ d’Africantape et ses amis italiens sont toujours là. Belle leçon, beaux parcours et surtout bon anniversaire ! (chRisA – mai2013)

FRUSTRATION + MARK GARDENER (vendredi 19 avril - La Péniche Excelsior - Allonnes)

Frustration : nom féminin, état de tension psychologique engendré par un obstacle venant s’interposer entre un sujet et un but valorisé positivement par lui. Pour l’entrée du verbe frustrer, le dictionnaire nous dit aussi : priver quelqu’un de ce qui lui est dû, décevoir, tromper… N’allons pas chercher plus loin, les parigots de FRUSTRATION m’ont vraiment apporté ce que j’attendais d’eux et de leur post-punk  tendance Akai et Oberheim. Connu depuis quelques mois, le verdict est sans appel : Uncivilized est intrinsèquement moins percutant que Relax. A part ‘Worries’, en ouverture, ‘Assassination’ et ‘Uncivilized’, les titres de leur dernier effort claquent moins que ceux de l’album d’il y a trois ans. Moins bruts, moins frontaux, moins physiques. D’ailleurs, il faudra quelques chansons au groupe pour faire monter la mayonnaise. Pour faire coller les t-shirts d’une sueur salvatrice à nos torses pas très velus. Une fois lancé, Fabrice, le chanteur (les photos de lui m’avaient fait croire qu’il mesurait 20cm de plus…bizarre…) tient la baraque. Derrière, ça joue comme il se doit, sans génie mais avec cette efficacité appréciable. Les compositions évoquant DEVO, THE FALL et JOY DIVISION, sont simples et basiques mais quand la machine se met en branle, elle libère des colonies de fourmis prêtes à s’attaquer instinctivement à nos jambes. Ca pogote et danse quand le punk est bon, direct et braillard. Des coups de gueule, de la tension et un peu de folie n’ont jamais fait de mal. ‘No Trouble’ cartonne et que dire de la tuerie electro ‘Too Many Questions’ qui manque d’un cheveu de faire se rencontrer le haut de mon crâne avec le plafond du bateau. A donner ces bonnes allumettes, il y a quelque chose d’incendiaire chez les FRUSTRATION et, en plus de faire réfléchir avec leurs textes, ils savent donner du plaisir. Excellent rappel ponctué par un ‘Faster’ démoniaque. En première partie, c’est une toute autre version du rock que Mark Gardener, l’ex-RIDE, offre. Pop angélique (superbe voix, très belles mélodies) estampillée made in Britain, sa musique tient du raffinement. Tirées à quatre épingles, les compositions acoustiques personnelles comme celles de son ancienne formation (‘Polar Bear’, ‘Twisterella’….) sont gorgées de notes électriques en mode réverb caressées par son compère Robbin. Ambiance 100% shoegaze pour quarante-cinq minutes en apesanteur durant lesquelles on se sent soit pousser des ailes ou envahi d’un sommeil rampant. ‘Ages et Démons’, c’était le thème de cette sixième nuit des ‘Soirées Indépendantes’…et, une fois de plus, on n’a pas eu du cheval à la place du bœuf mais force est de reconnaître que les démons sont toujours plus attirants. (chRisA – avril2013)

TROY VON BALTHAZAR + TURBO PANDA (jeudi 27 mars - Le Barouf - Le Mans)

La soirée commence avec, en première partie, les manceaux de TURBO PANDA; s’il s’agit du premier concert du groupe, les trois musiciens n’en n’ont pas moins une solide expérience dans différentes formations et genres musicaux, dont les feux LATIN LOVERS pour ne citer que la dernière formation commune de deux des membres. Après nous avoir mis en garde que le groupe allait dénoter avec le reste de la soirée, le set débute avec un titre énergique et mélodique du nom de ‘You Lose’. Les morceaux suivants s’enchaînent avec naturel et démontrent un paysage musical aussi bien varié que cohérent. Le quatrième titre, ‘Last Day’, est en effet plus posé et le groupe nous montre son talent d’écriture pour les ballades. Il pourrait presque faire pendant à la dernière chanson du set, ‘Dove’, qui commence par une ligne de basse claire accompagnant la batterie avant d’être rejointe par un doux arpège à la guitare si un riff ne venait tout interrompre pour donner un tout autre visage au titre. Le public semble conquis. Le groupe nous offre même un rappel avant de laisser place à TROY VON BALTHAZAR. Très bon concert. Encore ! Puis c’est au tour du musicien hawaïen de monter sur scène et d’installer son matériel. La scène est divisée en deux dans la profondeur par un rideau rouge, le reste étant agrémenté de deux micros, d’une chaise, d’amplis, des pédales d’effets, de deux guitares et de deux lampes abat-jour diffusant une lumière tamisée. On sent déjà poindre l’ambiance feutrée du dernier opus. Le concert s’ouvre avec la mélodie lancinante de ‘Took Some $$’ du premier album. Puis l’artiste enchaîne les titres de son répertoire dans des versions intimistes  voire minimalistes boucles, il s’assied pour prendre une guitare classique et interpréter quelques chansons de son dernier album dont les magnifiques ‘Applause’ et ‘White Sailboat’. Seule ombre à ces très beaux tableaux, une partie du public agglutinée au fond de la salle et autour du bar, qui ne peut s’empêcher de parler à voix haute malgré des demandes répétées d’autres spectateurs de faire moins de bruit et même quelques mots de Troy, faisant remarquer qu’il fait une musique « fragile ». On notera également la version de ‘The Tigers’ avec Troy chantant ses paroles, perché sur une chaise, tenant dans sa main un radio cassette pausé sur son épaule jouant la mélodie au piano. Toujours cette atmosphère si singulière empreinte tour à tour de nostalgie, de tristesse, de mélancolie et d’espérance. Dans cet exercice si difficile de l’homme seul en scène, Troy parvient encore une fois à nous faire voyager avec lui dans son univers musical et poétique. (Christophe B. - avril 2013)

GALLON DRUNK + MAMA ROSIN + KING DUDE (samedi 9 février 2013 au 6par4 - Laval)

Un samedi soir sous la pluie. Les portes de la Nuit de l’Alligator (festival étant à sa huitième édition) vont bientôt s’ouvrir. Manquerait plus qu’un air lourd, poisseux, et une odeur forte remontant du bayou pour renommer la rue du Vieux Saint-Louis en Saint-Louis-iane. En bon américain, KING DUDE a planté le Stars And Stripes dans son jardin. Sauf que le drapeau tendu sur scène, en plus d’être déchiré, est ici noir charbon. Le ton est donné. Noir c’est noir. Le trio a choisi sa couleur pour son dark folk mâtiné de rock 60’s, de rockab et de blues. Après avoir joué dans un groupe de metal (BOOK OF BLACK EARTH) et une formation hardcore (TEEN CTHULHU), TJ ‘The King’ Cowgill, s’est assagi. Ce soir, il pourrait avoir l’allure d’un Mitchum sans son chapeau dans La Nuit du Chasseur. Entre deux rasades de vin rouge, il converse avec l’esprit du malin. Il prêche d’une voix rauque pour les morceaux les plus habités et sombres. Son timbre s’éclaircit pour des titres un peu plus enlevés. Le set est si varié, si plaisant et cohérent qu’il donne franchement l’envie de pousser les portes de la chapelle de Burning Daylight, son dernier album en date.

      

Pas du genre fils à papa, les MAMA ROSIN prennent place. Les cheveux dans les yeux, le groupe va pourtant nous en faire voir de toutes les couleurs. Qu’est-ce qui a bien pu motiver ces trois genevois à jouer ce blues cajun des plus enthousiasmants ? Dès le premier morceau, c’est la grosse surprise. D’un côté, une guitare au son directement influencé par le BLUES EXPLOSION. Brûlante, bavarde et libre. De l’autre, un bandonéon qui participe autant à l’ensemble rythmique que mélodique ; le tout porté par une batterie assez dansante. Les morceaux chantés dans un français et/ou un anglais espiègle quand ce n’est pas une langue antillaise arrangée, nous transportent au cœur du Delta du Mississippi. Portés par un esprit festif de bon aloi, ils transpirent de fraîcheur et de bonne humeur. Les gars nous apprennent que leur Bye Bye Bayou a été produit à New York par un certain Jon Spencer…on nous en dira tant… Titre après titre, ce concert se transforme en un instant de bonheur simple. Quand le guitariste troque sa six cordes pour son banjo, on atteint un sommet. Les suisses y mettent le feeling, mais aussi la spontanéité et la complicité qu’il faut pour parfaitement communiquer et communier avec le public qui, lui, ne peut que danser. Un groupe au charme instantané et aux sons flamboyants. Révélation ! Concert de la Nuit !

L’Alligator a décidément du mordant et ses mâchoires vont à nouveau se crisper devant le blues rock intense des GALLON DRUNK. James Johnston, leader charismatique, et sa troupe attaquent pied au plancher. La rythmique matraquée par la frappe sèche de Ian White et le son d’une basse implacable, impressionne. Souvent mise au pas par ces instruments, la guitare de Johnston se bat comme un lion. Tel l’Iguane, le chanteur assure aussi le show au micro. En un peu moins crasseux et décadent, GALLON DRUNK me fait penser à leurs compatriotes de PENTHOUSE. A l’image du ‘tube’ ‘You Made Me’, titre introductif de leur album The Road Gets Darker From Here sorti l’année dernière, leur rock est toujours sur le mode offensif. Il est chaud. Epidermique. Dangereusement sensuel. Inquiétant comme certaines ruelles londoniennes après 19 heures. Après vingt ans de carrière, GALLON DRUNK affiche une forme éblouissante. A la fois punk, blues, rock’n’roll et jazzy, leur musique contraste avec leur côté dandy british sur le retour. Imperturbable et impénétrable, Terry Edwards apporte beaucoup avec son sax ténor et ses maracas. Ils rehaussent les ambiances déjà louches. Chaque titre, dans l’écriture comme dans l’exécution fera preuve de puissance, de passion et de sincérité…manquait peut-être juste un peu d’originalité d’où un concert assez linéaire mais assurément tranchant et convaincant. Super soirée. Cette Nuit a tenu plus que jamais ses promesses. Vivement la prochaine dans un an. (chRisA – fév2013)

CONVERGE + TOUCHE AMORE + A STORM OF LIGHT + THE SECRET (dimanche 2 décembre à L'Astrolabe - Orléans)

Une semaine avant la date unique de CONVERGE sur cette tournée européenne, j'apprends que j'ai gagné ma place grâce au concours organisé par le site MOWNO. Orléans, ce n'est pas la porte à côté mais il est bien connu que lorsqu'on aime on ne compte pas...les kilomètres (encore plus quand la réponse au jeu était le groupe PNEU).

 Quand j'arrive dans la salle, THE SECRET, le combo italien de black metal, joue déjà. Les premières impressions (metal banal peu captivant) me donnent l'envie d'aller jeter un oeil du côté du merchandising mais surtout mon esprit se met à vagabonder au gré des quelques souvenirs de concerts (THE YOUNG GODS, BURNING HEADS, CHOKEBORE) appréciés dans cette salle que je n'ai pas fréquentée depuis longtemps. Je regarde Josh Graham (sixième membre s'occupant du visuel de NEUROSIS) s'installer avec son groupe A STORM OF LIGHT. Malgré ses trois albums déjà sortis, la formation new-yorkaise m'est musicalement inconnue. Je m'attends à du metal post-rock façon RED SPAROWES (groupe dans lequel Graham officiait) mais c'est un doom d'excellente facture qui me tombe sur les épaules. Sur fond d'images de manifs, d'incendies et d'apocalypse, les riffs de Josh et d'Andrea Black envahissent tout l'espace. Les morceaux d'une noirceur pénétrante s'étirent en invitant les nuques à se réchauffer pour une bonne séance de musculation. Précise, la rythmique pèse de tout son poids tandis que le chant agressif de Josh colle parfaitement à l'ambiance. En cinq chansons assez similaires, le groupe me séduit et me donne l'envie de mieux faire connaissance avec lui via leur dernier album As The Valley Of Death Becomes Us... sur lequel Kim Thayil (SOUNDGARDEN) fait deux apparitions. En attendant, place au punk 'emocore' moderne de TOUCHE AMORE. Signés sur Deathwish Records (le label de Jacob Bannon faut-il le rappeler), les californiens jouent la carte mélo sur une musique appuyée et dynamique. Pourtant plébiscité par le public et la presse, le groupe ne m'a jamais convaincu. Après les quatre premiers titres pourtant intenses dérouillant les jambes et les bras des pogoteurs, la messe me semble dite. Avec des arguments musicaux assez faibles et des compositions en 'copier-coller', le groupe ne touche pas là où il devrait.

Je ne sais pas si c'est votre cas mais j'adore voir un groupe s'installer sur scène. Alors que tout le monde préfère être au bar en attendant d'être rameuté aux premières notes lâchées, c'est mon plaisir d'observer les musiciens à quinze minutes du coup d'envoi. Il y a peut-être cette part d'intimité. J'ai parfois l'impression d'en apprendre plus sur un groupe durant ces instants précieux de préparation. Cette mise en scène permet aussi de rentrer progressivement dans le concert, de palper déjà l'humain avant que le show ne commence. Les CONVERGE sont là. Sourire aux lèvres, gestes non-chalants, Nate Newton, le bassiste, a l'air détendu tandis que Jacob Bannon, le chanteur, s'échauffe à la manière d'un sportif professionnel. Jogging en petites foulées, étirements et assouplissements multiples, l'homme, tel un fauve en cage, est très concentré. CONVERGE ne se la raconte pas. Dans cette préparation, toute cette simplicité couplée à un sérieux visible me touchent déjà. Tiens, à côté de moi, parmi les spectateurs, il y a le bassiste des BURNING HEADS. CONVERGE attaque pied au plancher avec l'inoxydable 'Concubine' et le galopant 'Dark Horse'. Les premiers rangs réagissent au quart de tour. Je me recule. La machine bostonienne est lancée dans un marathon metal-hardcore de première catégorie. Je sais déjà que j'assiste à un grand moment. 'Aimless Arrow', 'Trespasses', 'All We Love We Leave Behind' et 'Sadness Comes Home'...mettent en avant toutes les qualités de leur dernier album. Conçus avec une énergie directe, les morceaux ont un très bon rendu en live comme en témoigne l'excellent 'Glacial Pace'. Avec cette sexion d'assaut implacable et impeccable (la paire Ben Koller + Nate Newton étant certainement l'une des meilleures dans le style) au derrière, Bannon s'en donne à coeur joie et tripes à l'air. Quant à Kurt Ballou, il faut le voir sortir ses riffs. Par son aisance et sa précision, son jeu metal-punk-thrash m'impressionne. C'est LUI, le maître artificier! Sur 'Worms Will Feed/Rats Will Feast', il s'empare dignement du micro et impose toute sa puissance naturelle. Ce morceau lent, ultra-heavy et répétitif marque une cassure dans le set...comme si un premier acte venait de se jouer. Dans la seconde phase, le groupe repart à l'attaque avec 'Tender Abuse', 'Axe To Fall' et 'Empty On The Inside'. Piochant fréquemment dans les albums Jane Doe, You Fail me et Axe To Fall, je suis très surpris qu'aucun titre de No Heroes n'ait trouvé de place sur la setlist. Après une heure de matraquage et de plaisirs intenses, CONVERGE conclut sur le magistral 'You Fail Me'. Epuisé, et non sans avoir remercié vingt fois les spectateurs d'avoir fait le déplacement, le combo se retire en toute humilité.

                       

Je ne m'attends pas à un rappel tellement les gars ont tout donné et pourtant le quatuor revient. Kurt Ballou a au bout des doigts les lignes mélodiques de 'First Light'. Dans la foulée, bien sûr, le groupe joue 'Last Light', un titre qui m'est si cher. Les lumières vont bientôt s'éteindre sur cette fin en apothéose avec ces mots scandés comme un défi à la vie et à la mort: "This is for the hearts still beating!!! Beaaaating!"

C'était la première fois que je voyais ce groupe mythique. La presse musicale aime souvent glorifier avec nostalgie les grands groupes du passé. Depuis près de huit ans, je ne cesse de dire, d'écrire que ce groupe est une légende vivante au même titre que des groupes comme BLACK FLAG et FUGAZI l'ont été. Les conditions n'avaient jamais été réunies pour que je puisse la voir. Ce soir, alors que Kurt et Ben sont déjà backstage, je m'approche de Jacob Bannon. Les lumières sont allumées dans la salle, ce dernier, pissant la sueur comme un triathlète, est accroupi au bord de la scène. Il prend réellement le temps de serrer des mains, d'échanger quelques mots avec les fans, de poser avec eux pour une photo. Il a le sourire. Il est dans un état second mais sans doute heureux de ce concert, d'avoir tant donné et reçu. Cette musique, il la vit intensément, ça se voit dans ses yeux tout pendant que je les fixe et que je lui dis, en empoignant sa main, combien CONVERGE a de l'importance dans ma vie. Je n'aurai sans doute jamais la chance d'interviewer ce groupe mais cette heure et demie passée avec lui vaut tous les mots et les échanges d'idées. CONVERGE RULE! Et si vous n'avez pas encore acheté leur dernier album, réparez vite cette énorme erreur! (chRisA - déc2012)